Faux policiers, victime arrachée d’une voiture sous les yeux des automobilistes, homme blessé par balle puis enfermé dans un coffre : en l’espace de deux semaines, trois enlèvements particulièrement violents ont été enregistrés en Catalogne. Le dernier épisode spectaculaire, filmé en pleine AP-7 près de Barcelone, remet en lumière les problèmes de sécurité sur cette autoroute stratégique entre la France et l’Espagne.
Les images ressemblent à une scène de film. Samedi 19 septembre vers 19h30, la circulation s’immobilise brutalement sur l’AP-7 entre Montornès del Vallès et Vilanova del Vallès, à une trentaine de kilomètres de Barcelone. Deux véhicules bloquent un troisième. Cinq hommes vêtus de noir, le visage dissimulé et portant des gilets ressemblant à ceux de la police en descendent. Certains sont armés. Sous les yeux des autres conducteurs, ils ouvrent une portière, extraient violemment un homme dont le visage est ensanglanté et le forcent à monter dans leur véhicule. Toute la scène est filmée par des automobilistes bloqués quelques mètres derrière. Trois heures plus tard, la victime est retrouvée vivante à Sant Llorenç Savall, avec plusieurs blessures mais hors de danger. Les cinq hommes ont disparu. Les Mossos d’Esquadra recherchent désormais les auteurs et tentent de reconstituer leur parcours.
L’affaire intrigue d’autant plus que les ravisseurs avaient soigneusement préparé leur mise en scène. Leurs gilets portaient la mention « Policía », donnant pendant quelques instants l’impression d’une véritable intervention des forces de l’ordre. Selon les premiers éléments de l’enquête, la victime possède des antécédents liés au trafic de stupéfiants. La piste d’un règlement de comptes ou d’un conflit entre groupes criminels est privilégiée, même si les Mossos précisent que l’enquête reste ouverte. La presse espagnole évoque notamment le phénomène des « vuelcos », ces opérations lors desquelles des groupes criminels dérobent de la drogue ou de l’argent à d’autres trafiquants. Dans ce milieu, se faire passer pour des policiers permet aux agresseurs de stopper leurs cibles sans immédiatement éveiller leurs soupçons. Techniquement, le droit espagnol parle plutôt de détention illégale lorsque les ravisseurs n’exigent aucune condition ou rançon pour libérer la victime. Le terme « enlèvement » reste toutefois celui couramment employé pour décrire ces affaires.
Trois enlèvements en seulement deux semaines
L’épisode de l’AP-7 n’est surtout pas isolé. Le 7 septembre, à Gavà, au sud de Barcelone, un homme circulant à moto est pris pour cible par les occupants d’une voiture. Les assaillants lui tirent dessus avant de le placer dans le coffre de leur véhicule. Quelques heures plus tard, l’homme est retrouvé vivant à Sabadell, à plus de 30 kilomètres de là, avec une blessure par balle. Là encore, les enquêteurs étudient notamment la piste d’un règlement de comptes lié au trafic de stupéfiants.
Puis, dans la nuit du 21 septembre, un troisième homme est enlevé dans le quartier de Sant Martí de Provençals, à Barcelone. Vers 2 heures du matin, plusieurs individus encapuchonnés forcent un jeune homme de 22 ans à monter dans une voiture alors qu’il appelle à l’aide. Des témoins préviennent immédiatement le 112. Cinq heures plus tard, la victime réapparaît près d’une station-service à Salt, dans la province de Gérone, à une centaine de kilomètres de Barcelone. Blessé mais vivant, le jeune homme raconte avoir été emmené par quatre personnes qui lui réclamaient le paiement d’une dette.
Trois affaires en quatorze jours, toutes caractérisées par une victime embarquée de force puis libérée quelques heures plus tard. À ce stade, les Mossos n’ont toutefois pas établi que les trois dossiers étaient liés entre eux.
L’AP-7 particulièrement surveillée
L’enlèvement du 19 septembre remet aussi sous les projecteurs une autoroute depuis longtemps confrontée aux vols.
L’AP-7 constitue l’un des principaux axes européens reliant la frontière française au reste de l’Espagne. Son trafic considérable et le nombre élevé de touristes qui l’empruntent en font également un terrain privilégié pour certaines bandes spécialisées.
En Catalogne, les vols de ce type sur les routes ont fortement progressé ces dernières années. Selon des données relayées par Antena 3, 1.278 faits avaient été signalés en 2021 contre environ 3.800 en 2025. Dans la seule province de Gérone, environ quatre plaintes par jour étaient enregistrées pour des vols et larcins sur l’AP-7.
Une réponse parlementaire du gouvernement catalan fait état de 9.537 vols et cambriolages dans des véhicules entre 2023 et mars 2026 sur l’ensemble des autoroutes, voies rapides, aires de service et routes interurbaines de Catalogne. Les Mossos ont depuis mis en place le dispositif permanent « Kanpai Pista », destiné notamment à renforcer la surveillance de l’AP-7.
Les techniques utilisées sont généralement beaucoup moins violentes que l’enlèvement filmé samedi : pneu crevé, faux problème mécanique ou conducteur faisant signe à une victime pour la pousser à s’arrêter avant de la distraire et de voler ses affaires.
Douze fusils d’assaut retrouvés sur l’AP-7
Mais plusieurs affaires récentes montrent également que l’autoroute est utilisée par le crime organisé.
En mai dernier, une patrouille des Mossos avait découvert dans une aire de repos de l’AP-7 près de Figueres un Porsche Cayenne contenant douze fusils d’assaut AK-74 dissimulés dans deux sacs.Les armes se sont révélées réelles et fonctionnelles, selon les sources policières. Les occupants avaient réussi à prendre la fuite dans un deuxième véhicule. Les enquêteurs soupçonnaient un trafic d’armes lié au crime organisé et au narcotrafic.
La police catalane observe depuis plusieurs années une présence accrue des armes à feu dans certaines organisations impliquées dans le trafic de marijuana et les règlements de comptes. L’AP-7 constitue un axe stratégique pour ces groupes, notamment en raison de sa connexion directe avec la France.
Pour autant, ces épisodes ne signifient pas une explosion générale de la criminalité en Catalogne. Les données officielles indiquent au contraire une baisse globale des infractions au premier semestre 2026. Le narcotrafic reste cependant identifié par les autorités catalanes comme l’un des principaux facteurs de la circulation croissante d’armes à feu et de certains épisodes de violence grave.
Les trois enlèvements de septembre illustrent ainsi un phénomène plus ciblé : une violence spectaculaire concentrée dans le milieu criminel, qui déborde parfois en plein espace public et, comme sur l’AP-7, sous les yeux de dizaines d’automobilistes.



