Essence en Espagne, pourquoi une telle différence de prix avec la France

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Alors que les prix à la pompe flambent des deux côtés des Pyrénées, les automobilistes espagnols restent nettement mieux lotis que les Français. Le litre de diesel dépasse désormais 2,40 euros en France, contre environ 2,05 euro en Espagne. Une différence qui s’explique notamment par un choix radicalement différent de Madrid : baisser temporairement les taxes sur les carburants.

Passer la frontière franco-espagnole peut désormais faire une sérieuse différence au moment de remplir son réservoir. En France, le litre de gazole a atteint dimanche 20 septembre le niveau record de 2,41 euros en moyenne, tandis que le SP95-E10 dépasse les 2,17 euros. En Espagne, les derniers relevés disponibles placent encore le diesel et le SP95-E10 autour de 2,05 euro le litre.

L’écart approche donc les 50 centimes par litre. Pour un plein de 50 litres, cela peut représenter prés de 20 euros de différence entre les deux pays. Et ce fossé ne doit rien au hasard. Depuis le début de la crise énergétique provoquée par la guerre au Moyen-Orient, le gouvernement espagnol a choisi d’utiliser massivement l’arme fiscale pour amortir la hausse des prix.

L’Espagne a baissé les taxes sur les carburants

Dès le mois de mars, le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez avait décidé de réduire la TVA sur les carburants de 21 % à 10 % et d’abaisser parallèlement la fiscalité sur les hydrocarbures. Lors de l’annonce de ces mesures, Pedro Sánchez avait promis une baisse pouvant atteindre 30 centimes par litre selon le carburant, soit, selon ses calculs, environ 20 euros économisés sur le plein d’une voiture moyenne.

Le dispositif a ensuite évolué avec les cours du pétrole. Depuis juillet, Madrid a rétabli la TVA à 21 %, mais a conservé une réduction directe de la taxe sur les hydrocarbures. Le principe était initialement simple : 15 centimes de réduction par litre en juillet, 10 centimes en août, puis 5 centimes en septembre avant une disparition du dispositif en octobre.

Mais le gouvernement avait prévu un mécanisme d’urgence. Si les prix des carburants repartaient brutalement à la hausse, la réduction fiscale pouvait automatiquement remonter à 20 centimes par litre. C’est précisément ce qui s’est produit pour le diesel.

20 centimes de taxes en moins sur le diesel espagnol

Avec une hausse de 15,7 % du prix du gazole en juillet sur un an, le seuil prévu par le gouvernement a été franchi. Résultat : depuis le 1er septembre, l’Espagne applique de nouveau une réduction de 20 centimes par litre sur la fiscalité du diesel. Pour l’essence, la réduction est actuellement limitée à 5 centimes par litre. Le ministre espagnol de l’Économie, Carlos Cuerpo, avait expliqué dès juin la philosophie du dispositif : « À mesure que les prix baisseront sur les marchés internationaux, nous retirerons progressivement les aides. » . Autrement dit, Madrid entend réduire progressivement son soutien lorsque les marchés se détendent, mais le réactiver lorsque la flambée reprend.

Pedro Sánchez défend pour sa part ce mécanisme comme un véritable « bouclier » destiné à protéger les ménages et les professionnels contre les conséquences économiques du conflit international. Et malgré cette aide, les automobilistes espagnols ont eux aussi vu la facture s’alourdir. Le diesel s’est renchéri de près de 30 % depuis le début de la guerre, malgré les réductions fiscales. Sans taxes, son prix a même progressé de près de 70 %.

En France, pas de baisse générale des taxes

De l’autre côté des Pyrénées, le gouvernement français a pour l’instant fait un choix différent.

Alors que les taxes représentent un peu plus de la moitié du prix payé à la pompe en France, l’exécutif n’a pas opté pour une réduction générale de la fiscalité sur l’essence et le gazole.

Face au record de 2,41 euros atteint par le diesel, Matignon travaille plutôt à de nouvelles aides ciblées, notamment pour les Français qui n’ont pas d’autre choix que d’utiliser leur voiture pour travailler.

Le gouvernement français invoque notamment le coût colossal que représenterait une baisse généralisée des taxes pour les finances publiques. Une ristourne de quelques dizaines de centimes appliquée à l’ensemble des automobilistes se chiffrerait rapidement en milliards d’euros.

Paris privilégie donc pour l’instant les aides aux professions ou aux ménages les plus exposés, quand Madrid a choisi d’agir directement sur le prix du litre.

Pourquoi le diesel flambe particulièrement en France

La fiscalité n’explique cependant pas à elle seule l’écart entre les deux pays. Le diesel est actuellement beaucoup plus exposé que l’essence aux tensions internationales. Les capacités mondiales de raffinage sont sous forte pression et la France importe désormais environ la moitié du gazole qu’elle consomme. La fermeture ou la réduction de nombreuses capacités de raffinage françaises au cours des dernières décennies rend donc le pays particulièrement sensible aux tensions sur les marchés internationaux.

En Espagne également, les professionnels du secteur tirent la sonnette d’alarme. Les prix ont fortement progressé en septembre et les distributeurs redoutent désormais ce qui pourrait se produire après le 30 septembre si les réductions fiscales disparaissent. Car le bouclier espagnol n’est pour l’instant que temporaire. Sans prolongation du dispositif, les professionnels des stations-service espagnoles estiment que le diesel pourrait subir une hausse brutale dès le mois d’octobre. L’avantage espagnol à la pompe est donc spectaculaire actuellement, mais il pourrait rapidement se réduire si Madrid décidait de remettre intégralement les taxes à leur niveau normal.

 

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Image de Nico Salvado

Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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