Dans la dèche de Paris à Barcelone : pourquoi sommes-nous pauvres ?

Jeune homme faisant la sieste sur un banc dans un parc ensoleillé, illustrant la tradition espagnole de la sieste.
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De Paris à Barcelone en passant par Lisbonne et Madrid, on retrouve la même précarité. Celle qui consiste à avoir un travail, un toit, un pass pour les transports en commun, et malgré tout la sensation d’être toujours plus pauvre.

Car être pauvre dans une métropole européenne ne signifie pas forcément dormir dans la rue ou ne pas avoir de quoi manger. Cela peut aussi vouloir dire travailler à temps plein et vivre en colocation à 35 ans, ne pas pouvoir épargner, renoncer aux soins dentaires ou calculer si l’on peut se permettre un verre après le travail.

Or dans un pays qui caracole en tête des classements européens (avec une hausse du PIB de 2,6% cette année), cette réalité peut sembler paradoxale.

Le loyer avant tout

Une étude réalisée par Infojobs et Fotocasa, révèle une tendance préoccupante : la part du salaire consacrée au loyer est passée de 38 % en 2019 à 50 % en 2025, atteignant un niveau historique. Par communauté autonome, Madrid arrive ainsi en tête du classement de avec 71 % du salaire brut, suivie de très près par la Catalogne, où ce pourcentage atteint 70 %.  Une hausse qui a largement dépassé l’évolution des salaires puisque les rémunérations n’ont augmenté que de 1 % sur un an.

Le logement devient alors la dépense autour de laquelle toutes les autres doivent s’organiser.

À Barcelone, une personne seule au SMIC (qui tourne autour de 1200 euros par mois) peut donc parfaitement avoir un emploi stable et ne jamais réussir à vivre seule. La solution la plus évidente est alors de partager. Puis de partager davantage. Une chambre plutôt qu’un appartement, un appartement à trois plutôt qu’à deux, parfois un salon transformé en chambre parce que chaque mètre carré peut désormais être monétisé.

Le paradoxe est assez brutal : pour rester dans une ville où les emplois sont concentrés, il faut parfois accepter des conditions de logement que l’on aurait considérées comme temporaires quelques années plus tôt.

Le rêve espagnol : quand la misère semble moins pénible au soleil

À Barcelone, la situation est d’autant plus contradictoire que la ville continue d’attirer. En vingt-cinq ans, la population née à l’étranger a été multipliée par huit et le nombre d’expatriés a été multiplié par quatre selon les données de la mairie.

Le cliché de l’expatrié à Barcelone reste solidement installé : ordinateur sur une terrasse, café à deux euros, plage après le travail et appartement avec balcon.

Sauf que la réalité de l’expatriation ne colle plus à celle du cadre supérieur envoyé par son entreprise avec un salaire confortable, une aide au logement et une école internationale pour ses enfants.

Pour une partie des nouveaux arrivants, Barcelone est plutôt une ville où l’on vient tenter sa chance.

Le billet d’avion à 30 euros et le télétravail ont rendu ce départ presque banal. On peut décider de quitter sa ville après un week-end, envoyer quelques CV, trouver une chambre sur Idealista et arriver avec deux valises. Le phénomène des « Easyjetsetters » a rendu la mobilité internationale plus accessible que jamais. Mais derrière les palmiers et les bières pas chères, le nouvel arrivant découvre aussi une autre réalité : salaires souvent inférieurs à ceux de son pays d’origine, loyer à la hausse, démarches administratives, contrats précaires et surtout absence de réseau familial en cas de coup dur.

Pour un travailleur local comme pour un Français fraîchement débarqué, le problème est finalement le même : combien reste-t-il une fois les dépenses incompressibles payées ? À cela s’ajoute le dépit de certains locaux qui, à tâche égale, sont parfois parfois payés moins, et voient d’un mauvais œil cet afflux d’arrivées dans une ville ou le parc immobilier est déjà saturé.

Être pauvre sans en avoir l’air

C’est peut-être cette nouvelle forme de pauvreté qui est la plus difficile à identifier. Celle de ces invisibles mal-logés, qui ont un compte Netflix, un abonnement à la salle de sport et un smartphone payé en 4 fois.

Celle d’une génération à qui on a asséné qu’il suffisait de faire des études pour garantir son futur. Une génération qui n’a pas accès à la propriété, reporte ses rendez-vous médicaux et parfois même son désir d’enfants.

Car le fond du problème n’est pas uniquement d’être précaire aujourd’hui, mais bien de ne plus réussir à imaginer de quoi sera fait demain.

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Image de Lou Antonoff

Lou Antonoff

Lou Antonoff est rédactrice indépendante basée à Barcelone. Diplômée d’un Master en écriture créative à la Scuola Holden de Turin et d’une licence en Arts du spectacle à l’Université Paris Nanterre, elle explore l’actualité locale, la culture catalane et les traditions espagnoles avec une écriture exigeante et un regard affûté.
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Lou Antonoff

Lou Antonoff est rédactrice indépendante basée à Barcelone. Diplômée d’un Master en écriture créative à la Scuola Holden de Turin et d’une licence en Arts du spectacle à l’Université Paris Nanterre, elle explore l’actualité locale, la culture catalane et les traditions espagnoles avec une écriture exigeante et un regard affûté.
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