Nouvel appel à saccager Barcelone

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Après les violentes émeutes qui ont secoué Barcelone samedi, de nouveaux appels à manifester et à piller des commerces se multiplient sur les réseaux sociaux. Près de 70 comptes TikTok participent à la mobilisation, qui vise notamment Madrid, Barcelone et plusieurs autres villes espagnoles. Les autorités redoutent de nouveaux débordements pour Halloween, le 31 octobre.

Le phénomène prend de l’ampleur en Espagne. Selon une enquête publiée ce lundi par nos confrées de OkDiario, près de 70 comptes TikTok diffusent des appels à de nouveaux rassemblements, dont certains encouragent explicitement les violences et les pillages. Les publications visent jusqu’à douze grandes villes espagnoles, avec Madrid et Barcelone comme principales cibles. Les dates du 30 et surtout du 31 octobre, jour d’Halloween, concentrent désormais les inquiétudes.

Ces appels interviennent deux jours après les violences qui ont éclaté samedi 24 octobre dans le centre de Barcelone. Une mobilisation organisée sur les réseaux sociaux avait dégénéré en affrontements avec la police, en dégradations et en pillages de magasins. Une vingtaine de comptes TikTok avaient participé à la diffusion des premiers appels, selon les investigations réalisées avant les événements.

Les autorités espagnoles cherchent désormais à identifier les personnes qui se cachent derrière ces profils, soupçonnés de chercher à reproduire les scènes de chaos observées ces dernières semaines en France.

Des dizaines de comptes TikTok pour organiser les rassemblements

Le fonctionnement de ces mobilisations repose sur une organisation numérique. Les appels sont d’abord diffusés sur TikTok, avant de rediriger les internautes vers des groupes privés WhatsApp et Telegram. Ces espaces servent ensuite à échanger des informations sur les rassemblements, les lieux de rendez-vous et, dans certains cas, les commerces visés par des projets de pillage.

Une première enquête de Newtral, menée avec l’analyste spécialisé dans les réseaux sociaux Marcelino Madrigal, avait identifié plus d’une vingtaine de profils participant à cette mobilisation dès les 18 et 19 octobre. Deux groupes WhatsApp, consacrés respectivement à Madrid et Barcelone, rassemblaient chacun environ 700 participants. Certains comptes se montraient particulièrement actifs, l’un d’entre eux ayant publié 59 vidéos en seulement 48 heures.

Le phénomène s’est depuis amplifié. Dans une nouvelle enquête actualisée le 26 octobre, Newtral identifie environ 70 profils TikTok relayant les appels pour Halloween. Près de la moitié ont été créés en 2026, dont dix au cours du seul mois d’octobre. Au moins 29 comptes ont également changé de nom récemment pour adopter des références au mouvement. D’autres profils existaient depuis plusieurs années, certains depuis 2018.

Cette multiplication des comptes ne signifie cependant pas qu’ils sont tous pilotés par une organisation unique. Les enquêteurs ont notamment relevé des contradictions entre les différentes convocations, aussi bien sur les horaires que sur les lieux de rassemblement.

« Blocus », un mouvement inspiré des manifestations françaises

Le mot qui revient dans ces appels est « Blocus », en référence aux mobilisations étudiantes françaises. En France, ce terme désigne notamment le blocage d’établissements scolaires, à l’origine de manifestations qui ont parfois dégénéré en affrontements et en dégradations.

En Espagne, les profils reprennent une esthétique similaire, avec des images de barricades, d’incendies et de manifestations. Certains encouragent les participants à s’habiller en noir, à porter des gants ou à dissimuler leur visage. La proximité d’Halloween est également utilisée par plusieurs comptes pour inviter les jeunes à venir déguisés.

Mais les revendications affichées changent considérablement d’une publication à l’autre. Certains messages dénoncent la précarité de l’emploi, les difficultés d’accès au logement, la touristification ou les expulsions locatives. D’autres appellent à manifester contre les partis de droite Partido Popular et Vox.

Aucun parti politique, syndicat ou association ne revendique officiellement l’organisation de ces rassemblements. Et si certains messages se présentent comme des appels à manifester pacifiquement, d’autres encouragent directement les actes de vandalisme. À Madrid, des publications invitaient notamment à cibler les grandes enseignes commerciales tout en épargnant les petits commerces.

Madrid, Barcelone, Séville, Bilbao : les appels se multiplient

Les appels ne concernent plus seulement la Catalogne et la capitale espagnole. Des convocations circulent également pour Séville, Saragosse, Bilbao, Algésiras, en Andalousie, et à San Pedro de Alcántara, près de Marbella.

À Madrid, plusieurs publications évoquent la Plaza de España et la Puerta del Sol, mais avec des indications contradictoires. À Barcelone, différents comptes mentionnent la Plaça Catalunya et le Passeig de Gràcia. Les mobilisations sont principalement annoncées pour le samedi 31 octobre, même si certains profils évoquent également les 26, 27, 29 et 30 octobre.

Les Mossos enquêtent sur de possibles connexions internationales

L’identité des organisateurs reste la principale inconnue. La commissaire en chef des Mossos d’Esquadra, Sílvia Catà, a confirmé que la police catalane surveillait déjà des profils associés à « Blocus Barcelona » avant les incidents de samedi. Les enquêteurs travaillent désormais avec d’autres services de police européens pour identifier les auteurs des appels. Les autorités examinent également l’hypothèse de connexions avec des groupes étrangers. Aucune ingérence étrangère n’a toutefois été officiellement démontrée à ce stade.

Selon les premières analyses policières, les violences de Barcelone ne seraient pas le fait d’une grande organisation criminelle structurée. Elles auraient principalement été commises par de petits groupes de trois à dix individus, se réunissant pour provoquer des affrontements ou saccager des commerces. Le caractère anonyme des organisateurs et la rapidité avec laquelle leurs messages se propagent compliquent le travail des forces de l’ordre.

À Barcelone, 128 arrestations et une majorité de mineurs

Les violences survenues samedi dans le centre de Barcelone illustrent les conséquences possibles de ces appels sur les réseaux sociaux. Selon le bilan des Mossos d’Esquadra, 128 personnes ont été arrêtées, dont 72 mineurs, soit 56 % des interpellés. Parmi les personnes arrêtées figurent 122 hommes et six femmes. Les émeutiers ont vandalisé 23 établissements commerciaux, dont plusieurs ont été pillés. Les pompiers ont dû intervenir sur 33 départs de feu. Quinze policiers ont été blessés, dont quatre grièvement, selon le bilan relayé par l’agence EFE. Les personnes interpellées sont essentiellement de jeunes adultes et adolescents.

Le maire de Barcelone, Jaume Collboni, a annoncé que la municipalité engagerait des poursuites pour obtenir réparation des dégâts causés. Les parents des mineurs impliqués pourraient également être tenus financièrement responsables des dégradations commises par leurs enfants.

Après ce premier épisode de violences, les autorités espagnoles se préparent désormais à un nouveau week-end sous surveillance. La multiplication des appels sur TikTok, WhatsApp et Telegram laisse craindre une répétition des événements de Barcelone dans d’autres villes, même si l’ampleur réelle des mobilisations prévues pour Halloween demeure inconnue.

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Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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