Faut-il désormais éviter le train en Espagne ?

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Après les accidents mortels d’Adamuz, de Gélida et de Tolède, la sécurité ferroviaire suscite une inquiétude grandissante en Espagne. Le train reste-t-il plus sûr que la voiture ? Les chiffres européens permettent de mesurer les risques réels, tout en révélant les faiblesses que les enquêtes devront éclaircir.

Les catastrophes ferroviaires qui ont frappé l’Espagne en 2026 ont profondément ébranlé la confiance des voyageurs. Après les drames d’Adamuz, en Andalousie, de Gélida, près de Barcelone, et d’Urda, dans la région de Tolède, une question revient : prendre le train est-il devenu plus dangereux ? Dans une analyse, les données scientifiques permettent de replacer ces accidents dans leur contexte. Et les conclusions sont plus nuancées que ne pourraient le laisser penser les images spectaculaires des dernières catastrophes.

En Espagne, 57 accidents ferroviaires en 2024

Selon les dernières données disponibles de l’Agence de l’Union européenne pour les chemins de fer, l’Espagne a enregistré 57 accidents ferroviaires significatifs en 2024, contre 77 en 2023. Ces chiffres nécessitent toutefois une précision importante : un accident ferroviaire notable ne correspond pas nécessairement à une collision entre trains ou à un déraillement. Cette catégorie comprend également les accidents sur les passages à niveau et ceux impliquant des personnes présentes sur les voies.

Pour comprendre l’évolution réelle de la sécurité ferroviaire, il faut pareillement tenir compte du nombre de kilomètres parcourus par les trains. En 2024, l’Espagne enregistrait environ 0,28 accident notable par million de trains kilomètres, un taux inférieur à celui de 2023. Si plusieurs années précédentes avaient montré une augmentation des accidents, y compris en tenant compte du trafic, les dernières statistiques ne permettent pas d’affirmer que le risque augmente continuellement. Les catastrophes de 2026 imposent néanmoins une nouvelle analyse de la situation.

Prendre sa voiture reste environ 30 fois plus dangereux

C’est probablement le chiffre le plus surprenant de cette étude. Selon les données européennes portant sur la période 2012-2021, le risque de mourir comme passager d’un train était de 0,077 décès par milliard de voyageurs kilomètres. À distance équivalente, le risque de décès pour un occupant d’une voiture était approximativement trente fois plus élevé. Autrement dit, malgré les récents accidents, les statistiques historiques continuent de placer le train parmi les moyens de transport les plus sûr

Autre élément important : selon Eurostat, seulement 2,1 % des personnes tuées dans des accidents ferroviaires dans l’Union européenne en 2024 étaient des passagers. La majorité des victimes étaient des personnes ayant pénétré sur les voies sans autorisation ou des usagers de passages à niveau.

Ces statistiques montrent qu’il faut distinguer les risques encourus par les voyageurs à bord des trains de ceux auxquels sont exposées les personnes présentes sur les infrastructures ferroviaires. Elles ne permettent toutefois pas de prévoir le risque exact associé à un trajet particulier.

Comment un train peut-il entrer en collision avec un autre ?

Les accidents de 2026 ont également relancé les interrogations sur le fonctionnement des dispositifs de sécurité. En Espagne, plusieurs systèmes doivent normalement empêcher les collisions et les déraillements. Les enclenchements ferroviaires empêchent notamment les mouvements incompatibles sur une même infrastructure. Le système ASFA Digital contrôle certaines limitations de vitesse et informations de signalisation, tandis que l’ETCS peut superviser la circulation et déclencher automatiquement un freinage.

Le dispositif LZB, utilisé surtout sur la ligne à grande vitesse Madrid-Séville, contrôle en permanence les autorisations de circulation et les vitesses. Lors de l’accident d’Urda, l’interruption du système LZB a initialement entraîné l’arrêt automatique des trains. Mais, les mesures de protection prises ensuite n’ont pas permis d’éviter la collision. Pourquoi ? C’est précisément l’une des questions auxquelles l’enquête devra répondre. Car la sécurité ferroviaire repose sur une succession de dispositifs techniques et humains. Lorsqu’un système rencontre une défaillance, d’autres protections doivent normalement limiter les conséquences.

Des rails qui vieillissent et nécessitent des inspections

La sécurité ne dépend pas uniquement des systèmes informatiques. Les rails et leurs soudures sont constamment soumis aux contraintes mécaniques provoquées par le passage des trains. Avec le temps, de minuscules défauts peuvent apparaître et se développer, parfois sans être visibles à l’œil nu. Les gestionnaires d’infrastructures utilisent notamment des appareils à ultrasons pour détecter ces anomalies à l’intérieur du métal. D’autres instruments contrôlent la géométrie des voies, leur surface ou les vibrations.

L’intelligence artificielle peut également aider à repérer des anomalies. Détecter un problème ne suffit pas. Encore faut-il vérifier les alertes, procéder aux inspections, réaliser les réparations et, lorsque cela s’impose, ralentir ou interrompre la circulation. La technologie ne remplace donc ni la maintenance ni la prise de décision humaine.

Les accidents les plus graves peuvent faire basculer brutalement les statistiques d’une année. Une seule collision provoquant plusieurs dizaines de morts peut profondément modifier le bilan national, sans nécessairement démontrer une augmentation équivalente du risque pour chaque voyageur. Pour déterminer si les trains sont réellement devenus plus dangereux, il faudra examiner les données sur plusieurs années et les rapporter au volume du trafic ferroviaire.

Le train conserve pareillement un avantage environnemental important. Selon les analyses de l’Agence européenne pour l’environnement, ses émissions moyennes par voyageur-kilomètre restent sensiblement inférieures à celles de la voiture et de l’avion. Les catastrophes de 2026 ne doivent donc conduire ni à minimiser les défaillances constatées, ni à conclure trop rapidement que le train serait dorénavant moins sûr que les autres moyens de transport.

Le véritable enjeu est de comprendre pourquoi plusieurs dispositifs de sécurité n’ont pas empêché ces accidents et comment éviter qu’ils se reproduisent. Car si les statistiques montrent que le train reste historiquement très sûr, elles ne dispensent pas les autorités ferroviaires espagnoles d’identifier les failles, d’améliorer les contrôles et de tirer toutes les conséquences des enquêtes.

 

 

 

 

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Image de Sébastien Barnès

Sébastien Barnès

Journaliste à Barcelone.
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Sébastien Barnès

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