L’Espagne prélève moins que la France, mais avant de faire ses cartons en emportant son dernier avis d’imposition, mieux vaut regarder les petites lignes. Revenus, enfants, patrimoine : on vous explique ce qui fait réellement pencher la balance.
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On connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui paie beaucoup moins d’impôts depuis qu’il vit en Espagne. Généralement, la conversation s’arrête là, entre deux considérations sur la météo, et personne ne demande combien gagne ce quelqu’un, s’il a trois enfants ou s’il possède quatre appartements. C’est dommage, parce que le fisc, lui, s’intéresse assez peu au soleil.
Alors, où paie-t-on vraiment le moins d’impôts ? À l’échelle des deux économies, l’Espagne l’emporte. Selon les statistiques de l’OCDE, les recettes fiscales, cotisations sociales comprises, représentaient 36,7 % du PIB espagnol en 2024, contre 43,5 % en France. Soit un écart de 6,8 points. La France se situait au deuxième rang de l’organisation, derrière le Danemark. L’Espagne restait toutefois au-dessus de la moyenne de l’OCDE, à 34,1 %. Moins imposée que sa voisine, donc, sans être un paradis fiscal qui aurait simplement ajouté des olives à l’apéritif.
Cet indicateur, appelé « pression fiscale », rapporte les impôts et cotisations collectés à la richesse produite dans le pays. Il donne une vue d’ensemble, nous explique José María Durán Cabré, professeur à l’Université de Barcelone et chercheur à l’Institut d’économie de Barcelone (IEB). Mais il ne donne pas le montant qui figurera en bas de votre déclaration. « L’impôt sur le revenu dépend de nombreux éléments, parce qu’il dépend du barème et des circonstances personnelles », rappelle-t-il.
Sur le travail, la France prélève davantage
La différence se retrouve dans le coût du travail. Pour un célibataire sans enfant percevant le salaire moyen de son pays, les impôts sur le revenu et les cotisations sociales salariales et patronales absorbent 47,2 % du coût total employeur en France, contre 41,4 % en Espagne en 2025, selon l’OCDE.
Attention à ce que l’on met dans la calculatrice : cela ne signifie pas qu’un salarié français voit disparaître 47,2 % de son salaire brut. Le calcul inclut ce que verse l’employeur en cotisations, en plus du brut. Et il compare deux salaires moyens nationaux, pas deux rémunérations identiques.
« En général, l’Espagne est plus favorable à de nombreux travailleurs et entreprises, surtout en raison des cotisations patronales plus faibles », explique Oriol Amat, professeur d’économie financière et de comptabilité à l’Université Pompeu Fabra. Pour les indépendants, en revanche, les revenus et l’activité exercée peuvent changer la réponse. La seule mention « autónomo » ne suffit pas à faire le calcul.
Même réserve pour les retraités : un coût de la vie généralement inférieur peut rendre l’Espagne attrayante, souligne l’économiste, mais cela ne constitue pas, en soi, un avantage fiscal. Payer moins cher ses courses et payer moins d’impôts sont deux plaisirs distincts.
Avec des enfants, la comparaison se complique
Une famille ne fera pas nécessairement les mêmes comptes qu’un célibataire. José María Durán Cabré insiste sur une particularité française : « En France, il existe le système du quotient familial pour l’impôt sur le revenu, qui est très avantageux pour les familles avec enfants. L’Espagne ne l’a pas. »
Le dispositif français tient compte de la composition du foyer en divisant son revenu imposable par un nombre de parts avant d’appliquer le barème. L’avantage procuré par les parts supplémentaires est toutefois plafonné : avoir des enfants ne donne pas un accès illimité aux promotions de Bercy.
Oriol Amat évoque également des aides familiales plus généreuses en France, susceptibles d’avantager certains ménages. « Il n’y a donc pas de gagnant pour tous les profils », résume-t-il. Un pays peut prélever davantage au total et se révéler plus favorable à une famille donnée. Les deux constats ne se contredisent pas.

La TVA et le patrimoine peuvent changer la facture
L’impôt sur le revenu attire beaucoup l’attention. Il faut dire qu’il sait se faire remarquer. Mais une comparaison complète doit aussi regarder ce que l’on paie en consommant, en détenant du patrimoine ou en héritant.
Premier détail qui bouscule les idées reçues : le taux normal de TVA est plus élevé en Espagne, à 21 %, qu’en France métropolitaine, à 20 %. Cela n’empêche pas les impôts indirects de peser moins dans l’économie espagnole, souligne José María Durán Cabré. Le taux affiché sur l’étiquette ne raconte donc pas, à lui seul, tout ce qui entre dans les caisses.
Le patrimoine réserve une autre différence importante. « L’Espagne a aussi un impôt sur le patrimoine plus large, tandis que la France taxe spécifiquement les grandes fortunes immobilières », relève Oriol Amat. L’impôt espagnol peut notamment concerner des actifs financiers, sous réserve des exonérations et règles applicables, alors que l’IFI français vise le patrimoine immobilier net taxable supérieur à 1,3 million d’euros.
Enfin, parler de « fiscalité espagnole » suppose d’accepter quelques variations à l’intérieur du pays. Les communautés autonomes disposent de pouvoirs sur plusieurs impôts. « Il y a des différences, et elles s’accentuent », constate José María Durán Cabré. Les barèmes comptent, mais aussi les déductions : regarder uniquement le taux maximal de l’IRPF, que la majorité des contribuables n’atteint pas, peut induire en erreur.
Cela vaut également pour les successions, insiste Oriol Amat. Une même comparaison avec la France peut donc aboutir à des résultats différents selon le lieu de résidence espagnol.
Et qu’est-ce qu’on reçoit en échange ?
Reste une question qui arrive souvent après avoir longuement commenté ce qui sort du compte : qu’est-ce qui revient, sous forme de prestations et de services publics ?
« En général, nous avons tous le sentiment de payer davantage que ce que nous recevons », observe José María Durán Cabré, un peu comme un sentiment très humain presque universel. Mais le bilan dépend de l’âge, de la situation familiale, d’une période de chômage ou des besoins de santé. L’économiste plaide pour davantage de transparence sur ce que les administrations fournissent en contrepartie.
La France dépense effectivement davantage : ses dépenses publiques représentaient 57,3 % du PIB en 2025, selon l’Insee. Ce total comprend notamment les prestations sociales, et pas seulement le fonctionnement des services publics. Oriol Amat souligne une protection sociale française plus large, particulièrement pour les retraites et les aides familiales, tout en posant la question de son financement à long terme.
« La question fondamentale n’est pas seulement de savoir combien on paie d’impôts, mais quels services on reçoit en échange et, surtout, si le système pourra être maintenu à l’avenir sans laisser une facture excessive aux prochaines générations », estime-t-il. Cette dernière question, c’est un peu le coeur du débat qui agite actuellement la France, mais on garde ce sujet-là pour une autre fois.
Pour l’heure, si vous cherchez surtout à savoir ce que le fisc espagnol laisserait dans votre portefeuille, la moyenne nationale ne fera pas le calcul à votre place. Il faudra sortir les revenus, les enfants, les placements et les éventuelles propriétés. Le fameux quelqu’un qui connaît quelqu’un paie peut-être effectivement moins d’impôts en Espagne. Reste à savoir si vous avez sa vie.
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