Semaine sainte à Madrid : processions, torrijas… comment la vivre comme un vrai Madrilène

Entre processions de confréries, concerts et spécialités culinaires, Madrid revêt ses habits traditionnels pour la Semaine sainte. Un événement moins touristique qu’à Séville ou Cordoue, mais auquel les Madrilènes restent attachés.

Hier, le vendredi des Douleurs a ouvert le bal de dizaines de processions arpentant les rues de la capitale espagnole, jusqu’au dimanche de Pâques. Les « Gatos », surnom des Madrilènes, reconnaissent volontiers que la ferveur est plus marquée en Andalousie. Elle reste néanmoins bien présente dans la capitale. « L’ambiance est animée, il y a beaucoup de monde », témoigne Beatriz Rochas, 48 ans, Madrilène de « toujours et jusqu’à ma mort », glisse-t-elle dans un sourire. Certaines rues sont bondées, d’autres fermées pour permettre aux processions de circuler. « Les gens font la queue pour accéder aux zones, puis vont dîner ».

Les restaurants sont pleins et pourtant, la période est aussi synonyme de départ pour certains locaux. « Beaucoup de gens posent des congés pour être libres toute la semaine », explique-t-elle. Les rues sont alors prises d’assaut par « des gens qui viennent de l’extérieur de Madrid, parfois de très loin, parce que c’est une tradition bien ancrée », assure Emma Barros, 72 ans.

Les processions emblématiques

Chaque confrérie vénère une figure religieuse liée à une église. Parmi les plus marquantes, Jesús El Pobre, qui sort le Jeudi saint de l’église San Pedro El Viejo. « La porte est très basse, ils doivent presque porter la statue à genoux », décrit Beatriz. Le vendredi, la procession de Jesús Nazareno de Medinaceli rassemble une immense foule près de la Puerta del Sol. Celle du Silencio, le dimanche des Rameaux, marque par son recueillement : « tout le monde est absolument silencieux », raconte la Madrilène.

Pablo Martin del Viejo, 34 ans, y prendra part comme contremaître : « On se prépare toute l’année, avec beaucoup de répétitions et d’entraînement. C’est un moment unique ». Il recommande également la procession des Gitans, le mercredi : « elle apporte un peu de l’esprit de Séville à Madrid ».

Pour Emma, le moment le plus marquant est le Samedi saint, lorsque la Virgen de la Soledad quitte l’église de la Calatrava pour aller à la rencontre du Cristo Yacente. « Ils bougent les chars comme s’ils allaient s’enlacer, témoigne-t-elle. C’est impressionnant, il faut le voir ».

Profiter et respecter

Des processions à vivre, tout en prêtant attention à ne pas les perturber. « Traverser au milieu du cortège ou se faufiler entre les musiciens, c’est une erreur très grave », prévient Pablo. Le silence est également requis à certains instants. « Il y a des moments où il ne faut pas parler, insiste Beatriz, dans le doute, mieux vaut se taire ».

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Peu pratiquante, Emma évoque pourtant la forte dimension émotionnelle d’une « période où l’on vit pleinement la religion ».

Une Semaine sainte aussi gastronomique

La Semaine sainte, c’est aussi l’occasion de découvrir des plats typiquement madrilènes. La tradition de la vigilia exclut la viande, laissant place aux plats à base de poisson comme le potaje de bacalao, les buñuelos (beignets) ou encore les calamars.

Pour le côté sucré, les torrijas (pain perdu façon espagnole) sont incontournables, tout comme les bartolillos, petits chaussons à la crème pâtissière. Dans le centre-ville, entre deux processions, certains Madrilènes enchaînent les pâtisseries, suivant une véritable « route des torrijas ». « Madrid offre une grande variété culinaire », assure avec fierté Emma.

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La comparaison avec l’Andalousie est fréquente. « À Séville ou Malaga, la Semaine sainte a un intérêt touristique national. À Madrid, c’est différent, explique Pablo. Elle est plus liée à la ville elle-même et à sa diversité »: Longtemps, la capitale espagnole se vidait durant cette période. « C’est de moins en moins le cas », observe Beatriz. Elle évoque notamment des raisons économiques.

Si la ferveur est moins forte qu’au sud, la tradition reste bien ancrée. Emma se souvient notamment des Manolas, ces femmes « élégantes vêtues de noir avec mantille et peigne » accompagnant les processions. « C’est l’image que je garde de mon enfance », partage-t-elle.

Derniers conseils

Assister aux processions demande de bien s’organiser en amont : « il faut parfois arriver plusieurs heures à l’avance », prévient Beatriz. Les rues peuvent être fermées et la foule est dense.

Elle recommande donc de cibler « une ou deux processions, celles qui vous touchent le plus ». Malgré la difficulté d’accès, le jeu en vaut la chandelle. « C’est compliqué à voir car il y a beaucoup de monde, mais c’est très beau », assure Emma.

Sans chercher à rivaliser avec les villes andalouses, Madrid propose une Semaine sainte à son image : unique, ancrée dans la tradition, entre ferveur et découverte gastronomique.

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Image de Xavier Trèfle

Xavier Trèfle

Xavier Trèfle est journaliste à Madrid, après un an passé à Barcelone. Diplômé de l’École Supérieure de Journalisme de Montpellier, il a travaillé pour La Montagne, RMC Sport, Canal Plus et Radio France. Il est l’auteur de "Au cœur de la NBA", consacré aux coulisses de la ligue nord-américaine.
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Xavier Trèfle

Xavier Trèfle est journaliste à Madrid, après un an passé à Barcelone. Diplômé de l’École Supérieure de Journalisme de Montpellier, il a travaillé pour La Montagne, RMC Sport, Canal Plus et Radio France. Il est l’auteur de "Au cœur de la NBA", consacré aux coulisses de la ligue nord-américaine.
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