Essence Espagne : en pleine crise, le Maroc coupe ses livraisons de diesel

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Alors que les relations entre Madrid et Rabat traversent une nouvelle période de tensions après la crise migratoire de Ceuta, les échanges énergétiques entre les deux pays révèlent une situation paradoxale. Le Maroc a totalement interrompu ses livraisons de diesel à l’Espagne, tout en continuant à recevoir d’importantes quantités de gaz naturel via les infrastructures espagnoles.

Plus une goutte de diesel marocain en Espagne. Au mois d’août, les importations espagnoles de gazole en provenance du Maroc sont tombées à zéro, selon les données de la Corporation espagnole des réserves stratégiques de produits pétroliers (Cores), relayées ce mercredi 14 octobre par la presse espagnole. Une rupture brutale après plusieurs mois d’échanges particulièrement soutenus. Entre mars et juin 2026, les importations espagnoles de diesel marocain avaient atteint des niveaux records. Elles avaient commencé à diminuer en juillet, avant de disparaître totalement le mois suivant.

Ce changement intervient dans un contexte diplomatique particulièrement sensible. Les 30 et 31 juillet, plus de 70 000 migrants ont franchi la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta, provoquant une crise sans précédent entre les deux voisins. Depuis, les tensions se multiplient, notamment après la révélation d’incursions de navires militaires marocains dans les eaux espagnoles. Si la coïncidence des dates interroge, rien ne permet à ce stade d’affirmer que l’interruption des livraisons de diesel constitue une mesure de rétorsion décidée par Rabat.

Le Maroc continue de recevoir du gaz depuis l’Espagne

Car dans l’autre sens, les échanges énergétiques n’ont pas cessé. Bien au contraire. Au cours du seul mois d’août, le Maroc a reçu 785 gigawattheures (GWh) de gaz naturel via l’Espagne, soit 26 % de l’ensemble des exportations espagnoles de gaz enregistrées sur cette période. Depuis le début de l’année 2026, les volumes acheminés vers le royaume chérifien atteignent déjà 5 735 GWh. Ces livraisons passent par le gazoduc Maghreb-Europe, une infrastructure qui reliait historiquement l’Algérie à l’Espagne en traversant le Maroc. Mais depuis octobre 2021, Alger a interrompu cette liaison en raison de ses tensions diplomatiques avec Rabat.

L’Espagne utilise désormais cette canalisation dans le sens inverse, permettant au Maroc de s’approvisionner en gaz naturel à partir du réseau espagnol. Une précision importante : ce gaz n’est pas nécessairement acheté par l’Espagne puis revendu au Maroc. Rabat peut acheter son propre gaz sur les marchés internationaux, avant de le faire transiter par les terminaux de regazéification et les infrastructures espagnoles. Madrid joue donc un rôle essentiel dans l’approvisionnement énergétique de son voisin, même en période de crise diplomatique.

Malgré ses ambitions dans les énergies renouvelables, le Maroc reste fortement dépendant des importations de combustibles. Depuis la fermeture de la raffinerie Samir de Mohammédia, en 2015, le pays ne dispose plus d’une capacité de raffinage suffisante pour couvrir ses besoins. Il doit donc importer une grande partie des produits pétroliers utilisés par les automobilistes, les entreprises et les industries.

L’Espagne figure parmi ses fournisseurs. Depuis janvier, elle a ainsi exporté 1,66 million de tonnes de produits pétroliers vers le Maroc, selon les chiffres rapportés par la presse espagnole. Cette interdépendance explique pourquoi les échanges énergétiques peuvent se poursuivre malgré les désaccords politiques entre Madrid et Rabat.

Des relations toujours tendues après la crise de Ceuta

Ces nouvelles données apparaissent alors que les relations entre les deux pays restent fragiles. Lundi 12 octobre, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a confirmé que des navires militaires marocains avaient pénétré sans autorisation dans les eaux espagnoles pendant la crise migratoire de juillet. L’incident avait nécessité l’intervention de la marine espagnole ainsi que des échanges diplomatiques de haut niveau.

Malgré cet épisode, Pedro Sánchez continue de défendre le maintien de bonnes relations avec Rabat, considéré comme un partenaire stratégique dans la lutte contre l’immigration irrégulière, le terrorisme et le trafic de drogue. La situation énergétique du mois d’août illustre ainsi la complexité de cette relation : les échanges commerciaux peuvent être affectés par les tensions, tandis que les infrastructures reliant les deux pays continuent de fonctionner.

 

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Image de Sébastien Barnès

Sébastien Barnès

Journaliste à Barcelone.
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