Essence et diesel : l’Espagne peut-elle à son tour manquer de carburant ?

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Alors que les prix à la pompe flambent en Espagne et que les pénuries touchent certaines stations-service françaises, le risque d’une rupture d’approvisionnement inquiète. Mais la situation espagnole est, pour l’instant, très différente de celle de son voisin français. Decryptage.

Les automobilistes espagnols voient de nouveau la facture grimper. Le prix moyen de l’essence a atteint 2 euro le litre la semaine dernière, soit une hausse de 2,88 % en seulement sept jours. Le diesel s’établit désormais lui aussi à 2 euros le litre, après une progression hebdomadaire de 2,17 %, selon les données du Bulletin pétrolier de l’Union européenne L’essence enchaîne ainsi une onzième semaine consécutive de hausse et vient d’atteindre un nouveau sommet annuel. Quant au diesel, son augmentation a déjà absorbé une grande partie de la baisse fiscale mise en place en septembre.

Cette flambée intervient alors que le baril de Brent évolue autour de la barre symbolique des 100 dollars : il cotait 97,86 dollars mardi, dans un contexte international marqué par la guerre en Iran.

L’Espagne moins exposée au risque de pénurie

Malgré cette envolée des prix, l’Espagne apparaît relativement protégée contre une pénurie de carburants.Selon une analyse de la plateforme d’investissement XTB , le pays dispose de huit raffineries, dont cinq appartenant à Repsol, et dépend beaucoup moins du pétrole provenant du Moyen-Orient que d’autres pays européens. D’après les données de la Corporation des réserves stratégiques de produits pétroliers (Cores), les importations provenant du Moyen-Orient ne représentent que 5,5 % de l’approvisionnement espagnol.

L’Espagne dépend également relativement peu des importations de produits déjà raffinés. En juillet, seulement 18,7 % du diesel consommé dans le pays était importé. Sur les sept premiers mois de 2026, cette proportion atteignait 23,3 %. La dépendance est encore plus faible pour l’essence : les importations représentaient 8,5 % de la consommation en juillet et 14,2 % depuis le début de l’année. Le kérosène constitue le point plus sensible, avec une dépendance aux importations de 34,1 %, selon les chiffres cités par XTB.

Les prix inquiètent davantage que les stocks

Si une pénurie ne constitue donc pas, à ce stade, le principal scénario redouté en Espagne, l’envolée des prix devient un problème économique et politique. Depuis le 1er septembre, le mécanisme fiscal espagnol a porté à 20 centimes par litre la baisse appliquée au diesel, en réponse à la forte hausse enregistrée en juillet. Pour l’essence, en revanche, la réduction est passée de 10 à 5 centimes par litre. Mais pour le diesel, une grande partie de ce coup de pouce fiscal a déjà été absorbée par la hausse des prix à la pompe. Le ministre espagnol des Transports et de la Mobilité durable, Óscar Puente, a demandé lundi davantage de flexibilité à l’Union européenne afin d’empêcher que la flambée du carburant ne soit intégralement répercutée sur les consommateurs et ne provoque, selon ses termes rapportés par Europa Press, la « destruction » de secteurs importants liés au transport.

La colère gagne également le monde agricole. Les organisations Asaja, COAG et UPA ont annoncé des mobilisations urgentes dans toute l’Espagne contre une hausse du carburant qu’elles qualifient d’« insoutenable », estimant que le secteur se trouve dans une « situation limite ».

En France, une station sur sept rencontre des difficultés

De l’autre côté des Pyrénées, le problème ne concerne plus seulement les prix mais également la disponibilité du carburant.

Selon les données du gouvernement français citées par Europa Press, 14 % des stations-service françaises connaissaient, le 22 septembre à 9 heures, des difficultés d’approvisionnement pour au moins un carburant. Deux jours auparavant, cette proportion atteignait 17 %, soit environ une station sur six.

Ces chiffres ne signifient toutefois pas que toutes ces stations sont totalement à sec : les autorités françaises considèrent une station en difficulté dès lors qu’au moins l’un des carburants suivis, essence ou diesel, est indisponible.

Selon XTB, 86 % des stations affectées appartiendraient au réseau TotalEnergies. Les plafonds de prix pratiqués par le groupe auraient concentré une partie de la demande vers ses stations dans un contexte de flambée générale des cours.

Mais le problème serait également structurel. La France ne dispose que de six raffineries et doit importer environ la moitié du diesel qu’elle consomme, dont 20 à 30 % proviendrait du Moyen-Orient. Sa dépendance serait encore plus forte pour le kérosène : environ 70 % des besoins seraient importés.

Emmanuel Macron a demandé à Bruxelles d’étudier un assouplissement temporaire de certaines normes européennes sur les carburants, afin de permettre aux raffineries françaises d’accroître leur production.

Pour l’heure, la comparaison avec la France suggère donc que le principal risque immédiat pour les automobilistes espagnols reste davantage le prix du plein que la pénurie de carburant.

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Image de Nico Salvado

Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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