Les violences qui secouent la France pourraient-elles gagner l’Espagne ? Sur TikTok, une vingtaine de comptes appellent les jeunes à descendre dans les rues de Barcelone, Madrid et plusieurs autres villes espagnoles ce samedi 24 octobre. Certains messages encouragent explicitement les dégradations et les pillages. Les forces de l’ordre espagnoles enquêtent sur ces mobilisations.
La contagion des émeutes françaises inquiète désormais l’Espagne. Alors que la France traverse une vague de manifestations marquées par de violents affrontements, des appels à reproduire ces événements se multiplient sur les réseaux sociaux espagnols. Selon une enquête publiée ce vendredi 23 octobre par le média espagnol Newtral, plus d’une vingtaine de comptes TikTok tentent de mobiliser des jeunes pour ce samedi 24 octobre dans plusieurs grandes villes du pays, notamment Barcelone, Madrid, Valence, Alicante et Bilbao.

Ces profils reprennent le nom de « Blocus », en référence aux blocages d’établissements scolaires qui ont marqué le début du mouvement de contestation en France. Les messages diffusés invitent les participants à rejoindre des rassemblements, parfois accompagnés d’incitations à commettre des dégradations.
À Barcelone, un groupe WhatsApp rassemble déjà 700 personnes
L’organisation de ces mobilisations ne se limite pas à TikTok. Les comptes identifiés redirigent les internautes vers des groupes privés sur WhatsApp et Telegram, où circulent des consignes destinées aux participants. À Barcelone comme à Madrid, les principaux groupes WhatsApp repérés par Newtral réunissent chacun environ 700 membres. Un chiffre qui témoigne de la circulation de ces appels, sans pour autant permettre de connaître le nombre de personnes qui descendront réellement dans la rue.
Dans ces conversations, certains messages encouragent les participants à dissimuler leur visage et à adopter une tenue sombre. Des consignes qui rappellent les images des affrontements récemment observés dans plusieurs villes françaises. À Madrid, les appels vont encore plus loin. Des publications évoquent explicitement des dégradations de commerces, avec pour objectif affiché de viser les grandes enseignes plutôt que les petits magasins.
Une vingtaine de comptes TikTok créés en quelques jours
L’enquête de Newtral révèle également la rapidité avec laquelle ces réseaux se sont constitués. Les premiers appels ont été repérés les 18 et 19 octobre, au lendemain des importantes violences survenues en France. Plusieurs comptes ont été créés à ces mêmes dates, avec des noms et des contenus similaires.
Certains affichent un nombre limité d’abonnés, mais leurs vidéos atteignent parfois plusieurs dizaines de milliers de vues. L’un des profils analysés a même publié 59 vidéos en seulement 48 heures, un rythme de diffusion particulièrement élevé. Cette activité soulève des interrogations sur l’existence d’une éventuelle coordination entre les différents comptes. Pour l’heure, l’identité des personnes à l’origine de ces appels et leurs motivations exactes ne sont pas établies.
La police espagnole enquête sur de possibles connexions étrangères
Face à ces appels, les forces de sécurité espagnoles ont ouvert des investigations, rapporte Newtral. Elles cherchent notamment à déterminer si ces mobilisations sont liées à des groupes étrangers. Le phénomène intervient alors que les réseaux sociaux ont joué un rôle déterminant dans la propagation des manifestations françaises. Selon une analyse de RTVE, TikTok a notamment servi de caisse de résonance aux appels à manifester du 17 octobre en France, avec la diffusion de nombreuses vidéos et affiches, parfois générées par intelligence artificielle.

Les manifestations françaises, initialement portées par des lycéens, se sont progressivement élargies à d’autres secteurs de la société, sur fond de mécontentement concernant le coût de la vie et les services publics. Plusieurs rassemblements ont dégénéré en affrontements, incendies et pillages.
Barcelone connaîtra-t-elle des violences ce samedi ?
À ce stade, rien ne permet d’affirmer que les appels diffusés sur TikTok déboucheront effectivement sur des émeutes à Barcelone ou ailleurs en Espagne. Le nombre de membres des groupes WhatsApp ne constitue pas une indication fiable de la participation réelle aux rassemblements. De même, l’existence d’incitations à la violence ne signifie pas que celles-ci seront suivies d’effet.
Les autorités cherchent désormais à identifier les organisateurs et à évaluer la réalité de la menace. Une chose est certaine : après avoir joué un rôle majeur dans la mobilisation des jeunes Français, les réseaux sociaux servent aujourd’hui à diffuser des appels similaires de l’autre côté des Pyrénées.
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