Les réseaux sociaux et les livres sur la parentalité regorgent de conseils destinés aux jeunes parents : comment prendre soin de leur précieux nouveau-né, comment se comporter avec ce petit être tant attendu, comment le nourrir et l’aider à développer les compétences dont il aura besoin dans la vie. On trouve également énormément d’informations sur la période post-partum, ainsi que des méthodes scientifiques pour aider la mère à traverser cette étape — et c’est tout à fait légitime. Mais cet article sera consacré au lien que les pères construisent avec leur nouveau-né.
De nombreux pères ont l’impression que leur rôle ne commence réellement qu’après les nuits sans sommeil, l’allaitement et les couches, ou que leur mission principale consiste à « aider » la mère. D’après mon expérience, aucune de ces deux idées n’est tout à fait juste. Oui, le circuit émotionnel père-mère-bébé est irremplaçable — prendre soin de la mère pour qu’elle puisse prendre soin du bébé —, mais le lien direct entre le père et le bébé l’est tout autant, avec, au bout du chemin, une relation profonde et solide. Les pères ne sont pas de simples assistants.
Cela signifie que, pendant la période néonatale, le bien-être du bébé dépend fortement du niveau de stress de la mère, de sa récupération, de son sommeil, de la charge liée à l’alimentation et de sa disponibilité émotionnelle. La présence constante du père bénéficie donc souvent deux fois au bébé : directement, grâce à sa propre relation avec lui, et indirectement, parce qu’elle stabilise l’environnement de soins autour de la mère. Un père présent transforme tout le climat émotionnel du bébé.
Passons à la science
Il existe des preuves solides et anciennes de l’effet direct du père sur le bébé. Une étude publiée en 2016 dans BMC Pediatrics, menée auprès de 255 mères et de nourrissons âgés de trois à quatre mois, a précisément analysé les deux mécanismes dont nous venons de parler : l’effet direct et l’effet indirect.
Le développement neurologique du nourrisson n’est pas une question secondaire. Les deux parents jouent donc un rôle essentiel. Fait important, le stress maternel n’expliquait que partiellement le lien observé, ce qui signifie que l’implication du père restait directement associée au développement du nourrisson, même après prise en compte du stress de la mère. En termes simples, la présence du père avait un effet direct sur le bébé, mais elle comptait aussi parce qu’elle réduisait le stress maternel. Vous voyez, les pères ont parfois cette capacité presque magique à faire fondre le stress dans la maison. Quand ils le veulent bien.
L’UNICEF va d’ailleurs dans le même sens. Ses recherches indiquent que les pères sont bien plus que des « aidants secondaires » ou une paire de mains supplémentaire qui agirait sans véritable implication émotionnelle ou cognitive. L’UNICEF les décrit comme une ressource sous-utilisée dans le développement de l’enfant, ce qui sonne plutôt impressionnant, vous ne trouvez pas ?
Voici l’idée essentielle. Selon l’approche de l’UNICEF concernant la petite enfance, l’amour, la protection, le jeu, le soutien nutritionnel et la stimulation au cours des 1 000 premiers jours contribuent à créer des connexions neuronales liées à l’apprentissage, à la santé, à la régulation du stress et aux relations humaines. Pour un bébé, la présence régulière de son père peut prendre la forme d’une familiarité sensorielle répétée : la même voix, la même poitrine, le même rythme lorsqu’il le porte, les mêmes mains, la même façon de répondre à ses besoins. C’est grâce à cette répétition que le bébé apprend ce qu’est la sécurité. Il l’apprend profondément et peut conserver ce sentiment tout au long de sa vie.
Laissez-moi ajouter autre chose : les familles accordent aujourd’hui beaucoup d’importance à la documentation de leur quotidien. Heureusement, davantage de pères — et de parents en général — filment désormais la vie de famille, particulièrement avec leur premier enfant. Vous avez déjà remarqué que le troisième bébé n’a presque aucune photo ?
Le premier bâillement, le premier bain, les premiers pas hésitants du bébé dans la cuisine alors qu’il est encore à moitié endormi, la première fois que papa réussit à calmer un bébé qui hurle sans afficher cette expression de panique disant : « Oh mon Dieu. » Pour les pères, filmer la mère avec le bébé est également une excellente idée, car cela lui donnera, dix ans plus tard, l’occasion de revivre ces moments. Il ne s’agit pas de réaliser un film familial digne du cinéma. Une courte vidéo simple peut déjà montrer toute la force du lien familial. Elle peut être répétitive, maladroite et silencieuse. Elle est souvent mal éclairée et presque toujours filmée en pantalon de survêtement.
Les pères peuvent aussi se rendre utiles au montage. Ils peuvent utiliser Clideo comme outil simple pour de nombreuses tâches. Ce logiciel de montage vidéo permet d’assembler quelques courts moments, d’ajouter des dates ou des sous-titres discrets, voire de supprimer le bruit chaotique en arrière-plan. Parfois, les pères ne ressentent pas immédiatement le lien en train de se créer, car les premières semaines avec un nouveau-né peuvent ressembler à un cycle répétitif de gestes et de routines. Mais lorsqu’ils revoient ces mêmes bras, cette même démarche, ce même bébé endormi dans ces mêmes bras, contre cette même poitrine… Ah. Bien sûr, la vidéo ne crée pas le lien, ne soyons pas ridicules. Elle aide simplement la famille à le voir.
Tous les effets indirects passent par la mère
L’effet indirect passant par la mère est particulièrement important et joue très probablement un rôle majeur pendant les premiers mois. Les besoins physiques et psychologiques liés aux soins d’un nouveau-né sont asymétriques, notamment lorsque la mère se remet de l’accouchement ou qu’elle allaite. Lorsque le père s’implique régulièrement, la mère risque moins d’être le seul système nerveux fonctionnel de la maison.
Dans l’étude de 2016 sur le développement neurologique des nourrissons, l’implication paternelle était associée à une diminution du stress parental maternel, tandis qu’un niveau plus faible de stress chez la mère était lié à un meilleur développement neurologique du bébé. Une méta-analyse publiée en 2023 a également montré l’existence de liens entre la détresse psychologique maternelle et les difficultés d’attachement entre la mère et le nourrisson. Ces deux facteurs étaient associés à des conséquences moins favorables pour l’enfant, ce qui soutient l’idée que protéger l’état psychologique de la mère constitue aussi une manière de protéger le bébé.
Il existe également un effet lié au système familial dans son ensemble : la santé mentale du père compte elle aussi. Dans une revue publiée en 2024, les auteurs soulignent le lien entre une mauvaise santé mentale paternelle et la dépression post-partum maternelle, ainsi qu’avec des comportements sociaux et émotionnels moins favorables et des difficultés de développement chez l’enfant plus tard dans la vie. L’attention récente portée à la dépression post-partum paternelle a mis en évidence qu’environ un nouveau père sur dix souffrirait d’anxiété ou de dépression au cours de la première année de vie de son bébé. Ce chiffre est loin d’être négligeable, car ces troubles affectent la relation de couple du père ainsi que l’environnement dans lequel le bébé est pris en charge.
Les recherches en matière de politiques publiques vont dans la même direction. En avril 2024, le congé accordé aux pères restait nettement plus court que celui accordé aux mères. Trente-cinq des trente-huit pays de l’OCDE proposaient un congé rémunéré aux pères, avec une moyenne d’environ 2,4 semaines de congé payé pour eux, contre 12,7 semaines pour les mères. Selon l’OCDE, le congé paternel peut avoir des effets positifs sur la relation entre le père et l’enfant, sur le partage des responsabilités parentales et sur la satisfaction de vie des pères, mais aussi et surtout des mères. C’est important, car la « présence » n’est pas seulement une attitude : elle exige du temps, une autorisation institutionnelle et une forme d’acceptation sociale.
La conclusion est donc la suivante :
La présence constante du père est directement bénéfique au bébé. Mais pendant la période néonatale, la véritable force du père peut aussi être écologique : elle contribue à réduire l’isolement et le stress de la mère, l’aide à mieux réguler ses émotions et rend l’ensemble de l’environnement familial plus sûr et plus apaisant pour le bébé.



