Élections en Espagne le 29 novembre : Pedro Sánchez dissout le Parlement

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Clap de fin pour la 15e législature espagnole. Le Premier ministre Pedro Sánchez a anoncé ce lundi à 9h la dissolution du parlement et la convocation d’élections législatives anticipées le dimanche 29 novembre. Cette démarche radicale intervient après une union des droites qui s’est traduite par le rejet au Parlement des décrets contre la crise du logement en Espagne. 

Les éléments se sont enchaînés à grande vitesse en Espagne et ont conduit à la proclamation d’un scrutin législatif anticipé programmé au dimanche 29 novembre 2026.

Mercredi 23 septembre, MariCarmen Abascal, 87 ans, est expulsée de son logement madrilène après 70 ans de location. L’entreprise qui a racheté son immeuble a fait passer son loyer de 500 euros à 2 650 euros dans le quartier du Retiro. MariCarmen est devenue le symbole de toute une génération de locataires ne pouvant plus assumer les hausses sauvages de loyer lors du renouvellement des baux. À Madrid, les quittances ont littéralement doublé en l’espace de dix ans.

Face à l’émotion collective, le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez a voulu légiférer en publiant deux décrets très ambitieux. Trop ambitieux pour la droite, qui a réussi à faire tomber les textes au Parlement. Une grande union conservatrice regroupant la droite traditionnelle du Partido Popular, les nationalistes de Vox et les indépendantistes catalans de Junts. Exit donc les mesures phares comme l’encadrement des loyers, la limitation des baux à usage touristique, le durcissement des conditions d’expulsion ou l’interdiction de louer chaque chambre à un prix qui, cumulé, dépasserait celui de l’appartement entier.

Le Premier ministre socialiste est apparu sans majorité parlementaire.

Le Premier ministre socialiste est apparu tel qu’il est : sans majorité parlementaire. De surcroît, Pedro Sánchez s’est montré incapable de produire un texte suffisamment consensuel pour composer avec la réalité de la représentation parlementaire.

Difficile de croire, cependant, que la droite a gagné la bataille. Même si 80 % des Espagnols sont propriétaires, le récit et le schéma émotionnel comptent beaucoup dans les processus politiques. Or, ici, les droites apparaissent comme très dures et totalement insensibles aux difficultés des locataires. De plus, l’union des droites pour rejeter ce texte, du centre catalan à la radicalité de Vox, peut provoquer un sentiment de rejet chez certains électeurs.

Pedro Sánchez compte profiter de cette fenêtre de tir en dissolvant le Parlement et en convoquant des élections anticipées. Pour relever la tête, alors qu’il est donné largement perdant dans les sondages, le Premier ministre sortant va devoir résoudre cette équation : comment capitaliser sur le fait que la droite s’est opposée à sa politique du logement tout en expliquant avoir mis plus de huit ans à tenter de légiférer dans ce domaine ?

Car, dans les rues, la colère gronde. La gauche radicale campe littéralement sur les grandes places du pays. Des jeunes dorment sous des tentes sur la Puerta del Sol, à Madrid, et sur la plaça de Catalunya, à Barcelone. De grandes manifestations sont prévues et des appels à la grève générale ont été lancés. Pour décrocher le meilleur score possible, Sánchez devra attirer les électeurs de la gauche radicale afin de renforcer sa base socialiste.

Une base mise à mal par huit ans d’actualités chaotiques, durant lesquels la gestion gouvernementale a été largement critiquée : inondations meurtrières à Valence qui ont mis en avant les manquements dans l’aménagement du territoire ; incendies de forêt incontrôlables dans tout le pays et manque de moyens ; black-out électrique dû à une imprudence dans la gestion des énergies renouvelables ; crise migratoire de Ceuta malgré les avertissements des services de renseignement, sans compter les innombrables cas de corruption frappant l’entourage politique et familial de Pedro Sánchez.

Pour autant, tout est-il déjà perdu pour Sánchez ?

Pour autant, tout est-il déjà perdu pour le Premier ministre ? La réponse tient dans un quadruple non.

Tout d’abord, l’économie espagnole se porte bien. Pedro Sánchez l’a souligné dans son allocution ce matin. Les chiffres sont dans le vert, faisant de l’Espagne l’une des économies affichant la meilleure croissance en Europe. Ensuite, l’OPA de Sánchez sur l’ensemble du spectre de gauche est un travail de longue haleine. Sánchez est populaire au sein de l’électorat de gauche radicale pour ses prises de position répétées contre Israël, Donald Trump et ce que le Premier ministre appelle « l’internationale réactionnaire », à laquelle s’ajoutera très bientôt Marine Le Pen. Les campagnes électorales en France et en Espagne se télescopent.

C’est ici que l’on trouve le troisième point : la droite du Partido Popular ne pourra pas gouverner seule. Elle aura besoin de s’allier avec les radicaux de Vox. Pedro Sánchez répétera quotidiennement : « C’est moi ou l’extrême droite. »

Enfin, la qualité de candidat de Sánchez est largement supérieure à celle d’Alberto Núñez Feijóo, du Partido Popular, ou de Santiago Abascal, de Vox. Ce qui peut faire la différence au moment du scrutin.

Cependant, le retard de Sánchez dans les sondages parait trop important pour envisager un nouveau mandat. Mais avec un score honorable, le socialiste veut miser sur son avenir. Au-delà de 30 %, il restera le chef de la gauche et mènera une opposition très dure face aux droites. En attendant des jours meilleurs.

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Image de Nico Salvado

Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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