Aucune des 15 mesures annoncées par le gouvernement pour mettre fin à la spéculation et à l’envolée des loyers en Espagne ne pourra être appliquée. Le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez n’a pas su trouver de majorité pour faire adopter son texte.
Une grande union des droites a fait barrage aux décrets gouvernementaux qui visaient à réguler la crise locative en Espagne. La droite classique du Partido Popular, les nationalistes de Vox et les indépendantistes catalans ont uni leurs forces pour voter contre le texte, certes très à gauche, mais qui avait suscité un vent d’espoir chez les locataires confrontés à une hausse incontrôlable des loyers.
Les arguments avancés pour bloquer le texte sont toutefois nuancés selon les différentes composantes de la droite. Le Partido Popular et Vox ont poussé des cris d’orfraie, dénonçant une atteinte à la propriété privée en Espagne. Les décrets gouvernementaux prévoyaient notamment une reconduction automatique des baux arrivant à échéance, ainsi que le versement d’une indemnité aux locataires en cas de rupture du contrat par le propriétaire.
Si cette mesure était radicale, le gouvernement avait pris soin de présenter un second décret contenant des solutions plus consensuelles. Le texte prévoyait notamment un encadrement des fortes augmentations de loyers une fois le bail arrivé à son terme, ainsi que l’interdiction de louer chaque chambre à un prix qui, cumulé, dépasserait celui de l’appartement entier.
Las, les indépendantistes catalans de centre droit n’ont pas été convaincus par la philosophie du texte et ont uni leurs votes négatifs à ceux des droites espagnoles. La formation de Carles Puigdemont a publié hier soir un communiqué particulièrement sévère pour dénoncer « des mesures qui provoqueront l’effet inverse de celui recherché : elles réduiront l’offre de logements à louer, feront augmenter les prix et rendront encore plus difficile l’accès au logement pour les personnes disposant des revenus les plus modestes ». Le parti ajoute qu’« avec une offre plus réduite, les locataires devront se faire concurrence pour un nombre de logements de plus en plus limité » et estime que ces mesures ne permettront pas de freiner les fonds vautours.
Des élections législatives le 29 novembre prochain ?
Que va-t-il se passer à présent ? De la colère. La gauche radicale campe littéralement sur les grandes places du pays. Des jeunes dorment sous des tentes sur la Puerta del Sol, à Madrid, et sur la plaça de Catalunya, à Barcelone. Une grande manifestation est prévue ce samedi dans la capitale catalane.
Côté politique, les perdants sont nombreux et il est difficile de trouver des bénéficiaires à ce fiasco. Le Premier ministre socialiste apparaît tel qu’il est : sans majorité parlementaire. De surcroît, Pedro Sánchez s’est montré incapable de produire un texte suffisamment consensuel pour composer avec la réalité de la représentation parlementaire.
La droite, elle, apparaît comme très dure et totalement insensible aux difficultés des locataires, qui doivent composer avec des loyers ayant littéralement doublé à Madrid en une décennie.
Pedro Sánchez, donné largement perdant dans les sondages, pourrait profiter de cette fenêtre de tir, et dissoudre le parlement et convoquer des élections anticipées. La date du dimanche 29 novembre pour le scrutin circule dans les bureaux ministériels depuis ce matin. La campagne, de haute voltige avec la possibilité d’une union des droites, avec les radicaux de Vox arrivant dans les ministére portera sur le logement, seconde préocupation des Espagnols aprés le pouvoir d’achat.



