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Le parlement commence la procédure de destitution de Mariano Rajoy

La gauche va essayer de renverser Mariano Rajoy et son gouvernement afin de prendre le pouvoir en Espagne.

L’Espagne s’apprête à vivre deux journées historiques. L’instabilité est poussée à son paroxysme. Ce jeudi 31 mai, le parlement espagnol débat de la possibilité de destituer le Premier ministre Mariano Rajoy. Vendredi, le parlement votera pour renverser ou non le chef du gouvernement.

L’Espagne en est arrivée à cette situation extrême après qu’une sentence accablante pour le parti de Mariano Rajoy ait été rendue jeudi dernier. D’anciens ténors du Partido Popular (PP) ont été condamnés à des dizaines d’années de prison pour avoir monté un réseau de corruption qui fonctionnait dans les régions où le parti conservateur était au pouvoir dans les années 2000. L’ancien trésorier du PP Luis Bárcenas a créé une comptabilité occulte du parti pendant que Mariano Rajoy le présidait. Coup final, le tribunal a condamné le PP à une amende de 250.000 euros pour avoir institutionnalisé la corruption.

Incendie

Avec son parti qui prend feu, Mariano Rajoy a vu apparaître le pompier pyromane de service en la personne du chef des socialistes espagnols Pedro Sanchez. Les socialistes ont enclenché le mécanisme parlementaire de la motion de censure. La loi oblige le groupe parlementaire qui dépose la motion de censure à proposer simultanément un candidat pour remplacer le président déchu. C’est Pedro Sanchez lui-même qui deviendra premier ministre si la motion prospère.

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Si Mariano Rajoy est si fragile, c’est qu’il gouverne en minorité. Suite aux dernières législatives, le parlement est éclaté. La répartition des sièges s’effectue de manière proportionnelle aux résultats obtenus lors des élections. En tant que liste ayant reçu le plus grand nombre de suffrages, le PP possède le groupe le plus important avec 137 députés. Depuis deux ans, Mariano Rajoy gouverne avec le soutien laborieux de la droite libérale de Ciutadans et ses 32 parlementaires.

Dopé par les sondages annonçant une forte montée de Ciutadans qui tient un discours de fermeté depuis la crise catalane, le parti orange a retiré son soutien à Rajoy dans le but de voir de nouvelles élections convoquées et de récupérer l’électorat conservateur déçu par la gestion du conflit catalan.

La gauche en embuscade

Les socialistes sont en embuscade avec 84 sièges, auxquels s’ajoutent les 67 sièges de la gauche radicale Podemos qui soutient Pedro Sanchez dans sa motion de censure. Donc un bloc de 151 députés qui sont favorables au renversement de Mariano Rajoy. Pour arriver à bon port, la motion de censure doit impérativement être adoptée par la majorité absolue soit 175 votes.

La semaine dernière, Pedro Sanchez expliquait que le président de la Catalogne Quim Torra était le « Le Pen » espagnol. Demain, le même Pedro Sanchez acceptera les 17 votes des parlementaires indépendantistes. « On ne négocie rien avec les indépendantistes, ils votent pour nous avec rien en échange » se défend-on dans le camp socialiste.

A Barcelone, le débat a enflammé les réseaux souverainistes. Carles Puigdemont était contre l’appui à Pedro Sanchez, privilégiant toujours le choc frontal avec l’Etat espagnol dans son ensemble. Finalement ce sont les plus pragmatiques qui ont gagné, préférant mettre Mariano Rajoy hors jeu et voir si l’herbe socialiste est plus verte. Avec le renfort indépendantiste, il y a 173 députés favorables à la chute de Rajoy.

A priori, Ciutadans ne votera pas la motion, ne voulant pas se mettre à dos l’électorat conservateur en donnant le pouvoir à la gauche. Cependant, les négociations continueraient et le parti d’Albert Rivera pourrait, au dernier moment, ne pas vouloir s’afficher comme le dernier soutien de Rajoy. Il s’inclinerait alors en faveur de la motion, à condition que Pedro Sanchez convoque le plus rapidement possible des élections, une fois à la Moncloa.

Tensions

Dans une journée qui s’annonce ultra-tendue les regards se tournent vers les cinq députés indépendantistes modérés du Pays Basque. C’est grâce à ces cinq parlementaires que Mariano Rajoy a réussi à faire adopter la semaine dernière le budget général de l’État espagnol. Avec ce vote crucial, Rajoy pensait avoir sauvé la législature et rester au pouvoir jusqu’en décembre 2019. Le lendemain tombait la sentence Gurtel. Ce sont de nouveau les cinq parlementaires du Partido Nacionalista Vasco (PNV) qui vont décider de l’avenir de Mariano Rajoy. La frange la plus indépendantiste du PNV demande de dégager Rajoy du pouvoir afin de négocier le futur politique de l’État basque avec les socialistes. Les milieux d’affaires proches de la bourgeoise PNV demandent de la stabilité et préfèrent sauver le leader du PP.

Combien de temps Pedro Sanchez restera-t-il au pouvoir si finalement il parvient à renverser Mariano Rajoy? Théoriquement il peut rester aux commandes jusqu’à la fin prévue du mandat de Mariano Rajoy, à savoir jusqu’à fin 2019. Cependant Cuitadans et toute l’intelligentsia de  Madrid réclament des élections pour stabiliser la situation. Dans un coup de théâtre, il n’est pas à exclure que Mariano Rajoy démissionne vendredi avant le vote, ce qui lui permettrait de bloquer la motion de censure et rester président par intérim avant que le parlement  ne réussisse à investir un nouveau premier ministre, ce qui peut prendre plusieurs semaines.

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