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Les indépendantistes catalans se divisent

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A défaut de se séparer de l’Espagne, les indépendantistes catalans commencent à se diviser entre eux et publiquement. Retour sur une semaine folle.

On pensait que la tension était arrivée à son comble dimanche et lundi dernier quand le parti indépendantiste d’extrême gauche la CUP a rendu public son refus d’appuyer l’investiture d’Artur Mas à la présidence de la Catalogne. En réponse, le leader du parti de centre droit CDC a annoncé la probable tenue de nouvelles élections régionales le 6 mars prochain, les indépendantistes n’ayant, sans la CUP, pas de majorité au parlement pour gouverner.

Les alliés d’Artur Mas de la gauche indépendantiste (ERC) avaient demandé au président en fonction d’attendre lundi prochain pour signer le décret convoquant des élections. La loi permet en effet que les négociations pour investir un président continuent jusqu’à cette date . On pensait donc que cette semaine serait assez calme, en attendant la date butoir pour convoquer les élections. C’était sans compter les rivalités qui ont éclaté au grand jour lors de cette semaine d’attente. Que ce soit à CDC ou à ERC, tout le monde a bien compris qu’avec de nouvelles élections  le processus indépendantiste allait être fortement freiné et risquait de perdre sa fragile majorité dans les urnes. Chacun cherche donc à défendre sa place avec des stratégies plus ou moins réfléchies.

Le croche-pied de la gauche à Artur Mas

Ce jeudi, c’est la petite association indépendantiste “Súmate”, proche d’Artur Mas, qui ouvre les hostilités. Elle demande à la CUP d’investir un autre président et qu’Artur Mas devienne le numéro 2 du gouvernement.  La CUP accepte et propose Neus Munté, l’actuelle vice-présidente du gouvernement. Cette dernière, très proche d’Artur Mas, rejette vertement l’idée en affirmant sur Twitter qu’elle ne serait pas “la monnaie d’échange pour trahir la volonté des électeurs” , rappelant que le candidat naturel des indépendantistes, c’est Artur Mas.


Du coup, cette proposition a mis le feu aux poudres chez les indépendantistes. Súmate, qui faisait partie lors des dernières élections de la coalition séparatiste “Junts Pel Si” aux côtés d’Artur Mas et d’Oriol Junqueras (ERC), a subi les représailles du clan de Mas. L’Assemblée Nationale Catalane (ANC), méga-association indépendantiste à l’origine des grandes manifestations des dernières années,  a ainsi violemment critiqué le collectif dans les médias, lequel  s’est également plaint d’être interdit d’accès à la Generalitat (siège du gouvernement catalan).

La fausse bonne idée d’Artur Mas

Artur Mas se retrouve pris au piège de la gauche qui, en proposant Neus Munté à la présidence et lui numéro 2 du gouvernement, renforce son image d’homme politique accroché au pouvoir à tout prix. Pour s’en sortir, Artur Mas a sorti ce même jeudi une idée rocambolesque. Alors que les élections auront lieu en mars, il propose de nommer cette semaine un nouveau gouvernement avec des membres d’ERC. Un concept assez bancal quand on sait que l’actuel gouvernement est en fonction, c’est-à-dire qu’il ne gère que les affaires courantes en attendant que les prochaines élections permettent de dégager une majorité au parlement. Artur Mas propose tout simplement de nommer des membres du gouvernement “en fonction”,  sans pouvoir et sans majorité sortie des urnes.

Le soir-même, sur la chaîne de télévision catalane publique TV3, Artur Mas expliquait que nommer un gouvernement avant les élections permettait de montrer aux électeurs à quoi ressemblerait ce gouvernement, qu’il validerait ensuite par les urnes. Il ajoutait que la route vers l’indépendance obligeait les gouvernements à faire des “choses spéciales”, qui n’auraient plus lieu quand le pays serait indépendant et donc normalisé.

La gauche clashe Artur Mas

Oriol Junqueras le leader d’ERC, invité par Artur Mas à intégrer ce nouveau gouvernement a violemment répondu que c’était une “fraude démocratique”. O. Junqueras, qui a toujours soutenu publiquement Artur Mas, était soupçonné par certains journalistes et personnalités politiques de comploter en coulisses depuis des mois pour prendre la place du président.

Dans ces conditions, on peut imaginer qu’au mois de mars, la grande coalition indépendantiste “Junts Pel Si” sera difficilement viable. La gauche d’ERC serait tentée de se présenter en solo afin d’être la liste indépendantiste la plus votée, devant celle de CDC et ainsi tenter de composer son propre gouvernement. Artur Mas de son côté tente de former à nouveau la coalition Junts Pel Si avec ERC, sachant qu’en se présentant seul, il risque d’être balayé dans les urnes suite aux différents scandales de corruption ayant éclaboussé son parti.

Le renoncement à “l’indépendance express”

Pendant ce temps-là, les militants indépendantistes s’alarment, s’exaspèrent et s’impatientent. Jeudi soir, un millier de personnes ont manifesté pour exiger un accord de dernière minute entre la CUP et Junts Pel Sí. Beaucoup demandent à Artur Mas de se retirer. Il serait le seul obstacle selon eux à un accord entre indépendantistes et à la formation d’un gouvernement.

Artur Mas peut-il encore compter sur les voix des séparatistes les plus convaincus? Est-il encore crédible pour mener la région vers une indépendance en 18 mois, “indépendance express” comme appelées par plusieurs médias locaux? Lors de son interview sur TV3, le leader catalan est apparu plus nuancé qu’à son habitude. « Nous ne devons pas abandonner le projet [d’indépendance], mais pour la proclamation d’un État catalan, il faut plus de 50 % des suffrages », a-t-il affirmé, reconnaissant ensuite : « le rythme a été très accéléré. Si le pays n’est pas prêt à plus, il faut peut-être tout simplement accommoder les rythmes ».

Le 27 septembre dernier, les deux listes indépendantistes avaient obtenu la majorité absolue en sièges au Parlement de Catalogne, mais avait réuni un peu moins de 48% des voix. Après l’annonce officielle des nouvelles élections en Catalogne, attendue lundi prochain, les partis auront une quinzaine de jours pour déposer officiellement leurs listes.