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Pablo Iglesias (Podemos) aux portes du pouvoir en Espagne

pablo iglesias podemos

Le phénomène des Indignés secoue l’Espagne depuis cinq ans. La rivière devient une marée quand Pablo Iglesias et ses amis se rapprochent de la prise du pouvoir espagnol. 

Si ces élections du 26 juin ont lieu suite au fiasco du 20 décembre dernier, c’est en grande partie à cause de Podemos qui a refusé au candidat socialiste les voix nécessaires pour accéder à la présidence de l’Espagne. Les socialistes ont développé une animosité contre Podemos qui est soupçonné de vouloir devenir le parti de gauche majoritaire en Espagne et d’accéder ainsi au pouvoir. Un pari qui semble de plus en plus réaliste.

Les sondages donnent Podemos devant les socialistes, grâce notamment à leur alliance avec les néo-communistes d’Izquierda Unida, qui forme la coalition Unidos Podemos. Le Brexit pourrait également motiver les électeurs de Podemos qui veulent lutter contre une Europe trop libérale. Une forte participation bénéficierait mécaniquement au parti issu des Indignés et pénaliserait le PP, dont l’électorat se mobilise avec plus de constance, ainsi que, dans une moindre mesure, les socialistes.

1. Du vert, du vert, du vert

L’environnement prend une place importante dans le programme de Unidos Podemos. Dans le cadre d’un Plan national de transition énergétique, le parti prône une politique plus propre : une réforme du quotidien en privilégiant le vélo comme mode de transport urbain accessible, et une garantie d’accès aux transports publics. De manière plus globale, Pablo Iglesias propose la récupération des centrales hydrauliques par l’Etat, ainsi qu’une adoption progressive d’une énergie 100% renouvelable pour toutes les dépendances de l’Administration Publique. En plus d’une loi sur les usages du sol et plusieurs promesses très localisées (pas de fracking à Cantabria, par exemple), il s’engage à mobiliser un investissement public/privé en matière d’énergies et d’énergies vertes égal à 1,5% annuels du PIB pendant 20 ans, ainsi qu’à établir une “fiscalité verte” pour décourager l’usage de sources d’énergies polluantes.

Notre analyse : Les politiques pro-environnementales mises en place par les mairies proches de Podemos , Ada Colau à Barcelone et Manuela Carmena à Madrid, n’ont pas encore prouvé leur efficacité. A Madrid, Carmena souhaite interdire les voitures de circuler durant quelques heures par mois, tandis qu’à Barcelone, Ada Colau veut limiter le nombre de bateaux de croisières accostant dans le port de Barcelone, grande source de pollution.

2. La négociation salariale au coeur du débat entrepreneurial

Du point de vue de l’emploi, Podemos se focalise sur la création d’embauches et sur le droit au travail. Le parti de gauche radicale entend aussi élever le salaire minimum interprofessionnel (SMI, équivalent à notre SMIC français) à 950 euros d’ici la fin de la législature. Il est aujourd’hui de 648,60 €. Parmi ses objectifs, le parti prévoit aussi de rétablir l’équilibre dans les négociations collectives : les heures supplémentaires seraient régulées pour éviter qu’elles ne deviennent un instrument de distribution irrégulier de la journée. L’écart salarial entre les hommes et les femmes serait une de leur préoccupation, comme toute autre sorte de discriminations genrées. La retraite serait, à terme, instaurée à 65 ans en restaurant son indexation sur l’indice des prix à la consommation.

Notre analyse :Ces mesures au regard des comptes de l’Espagne et de la fragilité du marché du travail et de la faible croissance paraissent difficilement finançables.

3. Une réforme de l’imposition

Car la plupart des propositions du parti coûte de l’argent, et beaucoup d’argent, ses partisans proposent un tas de réformes fiscales. Une réforme de l’imposition, plus juste, réévaluée en direction des personnes les plus favorisées : des impôts sur le patrimoine et sur les successions/donations seront récupérés par exemple. La lutte contre la fraude sera une priorité, notamment à travers l’établissement d’une liste noire des paradis fiscaux. Podemos promet un impôt sur les sociétés “plus simple et transparent”. En cause : une homogénéité sur tout le territoire espagnol et une évaluation du montant en fonction de la taille et de l’ancienneté de l’entreprise. La TVA serait aussi réformée, particulièrement en ce qui s’agit de la culture – les livres, par exemple, ne connaissent actuellement pas de réduction, et sont donc taxés à près de 20%.

Un “impôt à la solidarité” serait prélevé aux entités financières privées à caractère extraordinaire dans le but de récupérer les aides publiques touchées par les banques après la crise.

Notre analyse : A contrario des conservateurs du Partido Popular qui souhaitent une baisse générale de l’imposition, Podemos fidèle à l’esprit de gauche propose de nouveaux impôts au nom de la redistribution. Une imposition qui toucherait les plus riches mais aussi les classes moyennes. Dans le cas d’un accord de gouvernement avec les socialistes, certaines mesures de Podemos pourraient être appliquées, le PSOE de Pedro Sanchez n’ayant pas fermé la porte à une hausse de la fiscalité.

4. La politique progressiste de Podemos

Contrairement aux autres partis politiques en lice pour ces élections, Podemos regroupe un ensemble d’idées en rupture avec le conventionnalisme espagnol. Les membres de la gauche radicale opte pour “une maternité libre et choisie”, la reconnaissance des langues régionales comme co-officielles et la dépénalisation du cannabis. L’entourage de Pablo Iglesias prône aussi un droit à la circulation pour toute personne, et pas seulement européennes, en rendant légales et sûres les voies d’entrée dans le pays, en favorisant le regroupement familial pour les immigrés, en éliminant le test de nationalité et en réduisant le temps nécessaire à son obtention et au droit à résider.

En matière d’indépendance, le parti opte pour une “Espagne plurielle”. L’entrée du catalan en tant que langue co-officielle serait un des points d’entente avec les indépendantistes pour garder la région dans le pays. Pablo Iglesias se déclare également en faveur d’un référendum sur la question de l’indépendance de la Catalogne.

Dans tous les points clés de son programme, Podemos rappelle combien la solidarité avec l’Union Européenne est importante : ils font référence 10 fois au recours à l’Union pour trouver des solutions justes et solidaires (une proposition de stratégie écologique alternative adressée en Commission Européenne, la création d’une agence de qualification indépendante et publique pour protéger le marché, et une réforme de la Banque centrale européenne par exemple).

Notre analyse :  On retrouve dans le programme de Podemos les grandes thèses classiques de la gauche alternative. Cependant, cherchant à créer une grande alliance à gauche avec les socialistes et les nationalistes basques, Podemos a mis de l’eau dans son vin. Exit la mise en place d’un Revenu Minimum d’Insertion par exemple. Si Podemos et le PSOE ne peuvent actuellement conclure d’alliance c’est à cause du souhait de Pablo Iglesias et surtout de son alliée en Catalogne Ada Colau d’autoriser un référendum indépendantiste, une proposition qui donne des frissons aux socialistes.