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NOTRE AVIS – L’expo polémique sur Franco et sa symbolique dans l’espace urbain

Depuis lundi et jusqu’au 8 janvier 2017, le musée du Born de Barcelone accueille une exposition sur la symbolique franquiste: “Franco, Victòria, República. Impunidad y espacio urbano”. Des statues emblématiques du pouvoir de Franco ont été placées à l’entrée du Centre de Culture et de Mémoire déclenchant polémiques et actes de vandalisme.

Photos : CM/Equinox

“Españoles, Franco ha muerto” c’est par ces mots en pleurs que le président du gouvernement espagnol Carlos Arias Navarro annonçait le 20 de novembre 1975 le décès du dictateur en direct sur la télévision espagnole. S’en est suivie la lecture publique du testament de Franco qui demandait entre autres de “maintenir l’unité des terres de l’Espagne exaltant la richesse multiple des régions du pays”. Quarante ans plus tard, une partie du peuple de Catalogne a répondu symboliquement à la demande testamentaire de Franco en faisant chuter une statue du dictateur, que la mairie d’Ada Colau avait jugé bon de ressortir sur la voie publique pour une exposition culturelle.

Le dictateur Franco est mort une seconde fois

Drôle d’ambiance ce vendredi midi devant le Born, Centre de Culture et de Mémoire de Barcelone. Une trentaine de personnes et une dizaine de médias sont venus assister à l’enlèvement de la Victòria, statue de bronze symbole du franquisme exposée à l’entrée du musée, à côté de celle du général Franco à cheval, à l’occasion de l’exposition “Franco, Victòria, República. Impunidad y espacio urbano”.

Le projet faisait déjà grincer des dents politiques et citoyens en août dernier lors de son annonce. Il n’a fallu que trois jours d’exposition pour que les deux statues soient retirées de la Plaça Comercial. Celle de Franco a été enlevée après avoir été à plusieurs fois la cible d’actes de vandalisme (voir vidéo plus haut). La mairie a donc choisi de retirer la statue de la Victòria avant qu’elle ne soit également impactée. Ambiance de manifestation, ou presque. Il est 13h30, des grands harnais jaunes sont enroulés avec soin autour de la femme de bronze. Sous les applaudissements, quelques minutes plus tard, la statue s’élève du sol. Elle finit sa course sur la remorque d’un camion qui ne tarde pas à démarrer. “Visca Catalunya ! Visca!” Les Catalans viennent de gagner une nouvelle bataille contre Franco.

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La banalisation du franquisme remise en question

C’est précisément à ce moment-là qu’on se rend compte que cette exposition est toujours d’actualité. Les années sont passées mais n’ont pas atténué les polémiques quant aux statues de Franco et leur occupation dans l’espace urbain. Car là est bien le thème de l’exposition. Axée autour de trois statues emblématiques du franquisme (La República, L’eqüestre de Franco et La Victòria) et de ses deux sculpteurs, Marès et Viladomat, elle vise à ouvrir la réflexion sur la banalisation de la dictature franquiste durant la démocratie. “Il y a des monuments indissociables d’un régime et de ses valeurs” peut-on lire sur le premier panneau de la salle d’exposition. Quelques lignes plus bas ces valeurs sont précisées: “Soumission, misère, destruction et unitarisme correspondent au franquisme, une dictature criminelle qui a imposé la force des armes”.

L’exposition ne fait à aucun moment l’apologie du franquisme comme nous avons pu l’entendre devant l’entrée du musée. Le souvenir de Barcelone occupée par les troupes de Franco en 1939 reste encore un traumatisme dans les mémoires catalanes. “Pourquoi remuer le passé? Nous voulons sortir le fascisme de l’espace public, pas l’y remettre” nous rapportait un homme indigné par l’exposition de statues honorifiques de l’icône de la dictature espagnole. “J’aurais aimé voir la statue de Franco à cheval mais pas dans la rue c’est un manque de respect” poursuivait un autre passant.

L’exposition dans la salle du Born retrace les mutations des places et monuments dédiés à Franco au fil des années avec en toile de fonds les mouvements politiques et protestataires qui se sont élevés contre le franquisme. Plusieurs fois les statues de Franco ont été déplacées, retirées de l’espace public voir vandalisées à l’image de l’Eqüestre de Franco dont la tête a été décapitée.

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Faut-il voir l’expo ?

Avec cette exposition, le musée du Born répond à sa fonction de Centre de Mémoire. Il raconte le franquisme sous un regard différent. Malheureusement l’exposition -très bien documentée- n’est pas accessible à tous. Il faut bien connaître le passé de la Catalogne sous la dictature de Franco pour bien comprendre les enjeux autour des monuments symboliques. Elle ne se destine donc pas à un jeune public. De même, la petite taille les panneaux indicatifs placés sous chaque archive désole certains visiteurs ayant oublié leurs lunettes de vue à la maison.

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Infos pratiques

Site officiel ici 

Horaires : du mardi au samedi de 10h à 19h, dimanches et jours fériés de 10h à 20h

Prix : gratuit jusqu’au 31 octobre puis 2,20€

Adresse : Born Centre Cultural, Plaça comercial 12, Barcelone