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Alain Minc à Barcelone : “Ça fait 30 ans que je suis bluffé par l’Espagne”

Le conseiller politique et économiste Alain Minc s’exprimait jeudi matin devant une cinquantaine de cadres et chefs d’entreprises français et espagnols, sur l’invitation de la Chambre de Commerce française de Barcelone.

De passage dans la capitale catalane, Alain Minc a présidé un petit déjeuner organisé pour le comité de patronage de la Chambre de Commerce française dans un bel hôtel à deux pas du Passeig de Gràcia. Rendez-vous est donné un peu avant 8h, horaire inhabituel pour les cadres et dirigeants barcelonais qui ont dû s’adapter à l’agenda très chargé du Français. Alain Minc est aussi conseiller de CaixaBank et du groupe de presse Prisa (El País, Cadena Ser, etc). “Avec l’Europe, on doit commencer sa journée sur un horaire allemand et le terminer sur un horaire espagnol !” plaisante-t-il.

L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy débute sa présentation par un état des lieux du monde post-Trump. “Avec Trump, tout change, assure-t-il, les Etats-Unis ont été une puissance stabilisatrice à l’échelle du monde, à une ou deux erreurs près comme le Vietnam ou l’Irak”. Il évoque notamment les négociations avec l’Iran sur le nucléaire, le conflit entre sunnites et chiites au Moyen-Orient, l’impérialisme chinois. L’Europe? “Je crois que l’Europe ne va pas si mal, et il y a des chances qu’elle aille de mieux en mieux, affirme-t-il, elle doit se renforcer et elle va se renforcer face aux trois rois mages que sont Trump, Poutine et Erdogan”. Pour l’énarque, le Brexit a été un “choc désolant” qui a toutefois le mérite inattendu de créer “une solidarité entre pays de l’euro à laquelle on ne s’attendait pas”.

Soutien de Macron

Et pour une Europe plus efficace, après avoir soutenu Alain Juppé jusqu’à sa défaite aux primaires, Alain Minc mise sur Emmanuel Macron, qu’il connaît depuis de nombreuses années.<i “La meilleure hypothèse […] c’est un couple Macron-Shultz, assure-t-il, Macron parce c’est le plus européen de tous, c’est un gosse de la génération Erasmus, même s’il n’a pas fait Erasmus”.

Il estime que Les Républicains rejoindront son poulain après le premier tour, et lui apporteront une stabilité à l’Assemblée nationale : “ce ne sera donc pas une cohabitation, mais une cogestion”.

L’Espagne et la question catalane

Alain Minc s’étend ensuite sur la situation espagnole. “Cela fait 30 ans que je suis bluffé par l’Espagne, le succès de la transition, l’entrée dans l’OTAN, l’Union européenne, la création d’un dynamisme économique, débute-t-il, mais aussi la manière dont le pays s’est serré les coudes et a accepté des politiques d’austérité, des plans sociaux, sans accident majeur […] de ce point de vue, l’Espagne est très allemande”.

Sur la Catalogne, le conseiller, qui n’a jamais caché sa ferme opposition au mouvement séparatiste, estime qu’il n’y aura “pas d’indépendance et pas de référendum”. Pour lui, “la Catalogne, c’est très différent de l’Ecosse, le Brexit pose un problème majeur aux Écossais, ici on paie le prix d’un engrenage qui a commencé avec cette folie de faire du catalan la langue d’enseignement. Les bourgeois ont envoyé leurs enfants dans d’autres écoles, et on a enfermé le reste ensemble”. Le rejet du statut d’autonomie constituerait la seconde erreur majeure selon Alain Minc qui trouve par ailleurs “l’opinion publique très conditionnée par les médias et les réseaux sociaux”, mais concède à son auditoire qu’il “n’y a pas de classe politique aujourd’hui à Madrid d’une qualité telle que l’on puisse envisager une voie de sortie”.  Quelle solution donc? “Il n’y a pas de problème qu’une absence de solution ne puisse résoudre” conclut-il sur un sourire, citant l’ancien président du Conseil Henri Queuille.

Il est 9h. Deux, trois questions du public, et Alain Minc s’éclipse. L’assistance se retrouve dans le patio de l’hôtel, globalement conquise par l’éloquence du Français. Avec toutefois un bémol sur l’analyse catalane. “Il n’est pas très impartial”, “la situation est malheureusement plus complexe” échangent quelques invités.