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Oriol Junqueras, cet indépendantiste prudent qui finit en prison

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Prudence, c’est le mot qui caractérise le mieux Oriol Junqueras. Patience aussi, pour ce quadragénaire qui a toujours pris son temps pour gravir les échelons de sa carrière politique. La déclaration d’indépendance l’a envoyé en prison.

Oriol Junqueras est né dans le quartier de Sant Andreu de Barcelone en 1969. Fils d’un universitaire et d’une infirmière, Oriol Junqueras a déménagé à l’âge de deux ans avec sa famille à Sant Vicenç dels Horts, une ville proche de Barcelone dont il deviendra maire entre 2011 et 2015.

Adolescent, Junqueras a suivi ses études au lycée italien de Barcelone. Il se dit influencé par cette culture et se sent plus italien que catalan. Une ouverture au monde qui contraste avec les propos polémiques qu’il a écrit dans une revue en 2008 en croyant savoir “que les Catalans possèdent un système génétique plus proche des Français que des Espagnols”.

Oriol Junqueras, qui parle 5 langues, se défend de tout nationalisme. La valeur qui le définit, selon lui, n’est pas le patriotisme mais le progressisme. Interrogé par une famille andalouse dans une émission de la chaîne La Sexta, Junqueras expliquait que l’indépendantisme n’était pas une idéologie. A la limite de la lapalissade, il expliquait à cette famille qu’une fois “la Catalogne devenue indépendante, il ne serait plus indépendantiste”. Il serait simplement de gauche pour que selon sa vision de la vie les gens vivent plus heureux en Catalogne.

Prudent, patient, négociateur, Junqueras a toujours vu la politique comme une histoire d’alliances. Sa carrière politique, il l’a commencée au parlement européen, en qualité de parlementaire de la Gauche Républicaine Indépendantiste (ERC). Au cœur des institutions européennes, il a créé le triangle catalan avec les députés Ramon Tremosa (encore aujourd’hui au PdeCat, le parti de Mas et Puigdemont) et Raül Romeva, à l’époque écologiste (au sein d’ICV), qui deviendra par la suite ministre des Affaires étrangères et qui aujourd’hui est également incarcéré.


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Une triple alliance ERC – Ecologiste – PDeCAT qui permettra à son tour de mettre un terme à la domination historique du parti socialiste dans la ville de Sant Vicenç dels Horts que ravira en 2011 Junqueras. Un accord électoral qui portait le nom de “Junts per Sant Vicenç”, quatre ans avant l’union de la liste indépendantiste Junts pel Sí qui conduira la Catalogne à sa déclaration d’indépendance unilatérale. Pendant que Junqueras était en phase ascendante, son parti lui étaient en chute. Joan Puigcercós lors des élections catalanes s’est écrasé contre les urnes en n’obtenant que 10 sièges.

Toujours dans le rythme qui caractérise Junqueras et consiste à attendre, il a choisi le moment où le leader d’ERC Joan Puigcercós était au plus bas pour récupérer la tête du parti sans faire couler le sang. Il a réussi à se faire élire président du parti sans avoir aucun candidat face à lui. Ce qui ne l’a pas empêché de placer “ses personnes de confiance” aux postes clés. Le très médiatique Alfred Bosch récupéra la puissante fédération de Barcelone et Marta Rovira devint la numéro du parti.

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Lorsqu’Artur Mas convertit son parti Convergencia Democratica de Catalunya (CDC) en un mouvement indépendantiste (qui n’était jusque là que timidement catalaniste), il fit sans le savoir un cadeau à ERC et Junqueras. Les deux grandes familles du catalanisme CDC (droite) et ERC (gauche) ont depuis le rétablissement de la démocratie toujours été en concurrence électorale. En tenant un récent discours indépendantiste, Artur Mas a involontairement fait monter ERC, l’électeur préfèrant généralement l’original à la copie.

Stratège et prudent

En convoquant des élections catalanes en 2012, Artur Mas espérait obtenir la majorité absolue, c’est l’exact contraire qui se passa : CDC perdit 12 sièges, tandis que ERC en gagna 11. Du coup, la présidence d’Artur Mas se retrouva prise en otage par Oriol Junqueras, qui soutenait l’exécutif sans entrer dans le gouvernement, ce qui assura au leader d’ERC une certaine popularité.

Une situation qui a dû cesser après l’organisation de la consultation populaire du 9 novembre 2014. Les négociations n’avançant pas avec l’État Espagnol pour organiser un référendum légal, pour la première fois CDC et ERC s’unirent au sein d’une coalition afin de faire une liste unique Junts Pel Si.


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Le but officiel était de mener la Catalogne à une déclaration d’indépendance unilatérale. Officieusement Mas et Junqueras voulaient utiliser cette élection pour mettre une nouvelle fois l’Espagne sous pression afin d’obtenir un référendum accordé. Les stratèges proches du président Mas pensaient également que le président Mariano Rajoy allait perdre les élections législatives en Espagne et serait remplacé par une coalition Socialistes/Podemos. Majorité absolue indépendantiste en Catalogne face à une fragile union des gauches espagnoles : l’autorisation légale d’un référendum indépendantiste était en vue.

Rien ne se passa comme prévu, Junts Pel Si n’obtint pas la majorité absolue et dut pactiser avec l’extrême-gauche indépendantiste pour former un gouvernement sacrifiant Artur Mas. Pendant ce temps à Madrid, Mariano Rajoy se faisait réinvestir pour un nouveau mandat à la surprise générale. Pour garder le pouvoir, Artur Mas crut placer à la tête de la Generalitat un homme de paille : l’inconnu maire de Gérone Carles Puigdemont. Ce dernier s’émancipa rapidement avec ses nouveaux amis de la Cup, largement plus radicaux que CDC et ERC.

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Oriol Junqueras, devenu ministre de l’Économie et vice-président, a dû faire le grand écart. Ne pas décevoir les bases de ERC et de la Cup en menant un processus indépendantiste à un rythme infernal tout en gardant la prudence qui lui est sienne. Devant le très conservateur “Círculo de Economía” rempli de chef d’entreprises, il réussit à se faire applaudir en se présentant comme un David Cameron catalan.

La suite est connue. C’est l’aile radicale de l’indépendantisme qui donna le “la”. Loi sur le référendum, texte de transition juridique, déclaration d’indépendance. La trinité séparatiste a conduit le catholique pratiquant Junqueras dans un purgatoire où jusqu’au dernier moment l’ancien vice-président tenta de garder une position qui ne le mette pas dans une situation de non-retour. Lors de toutes les réunions du conseil des ministres catalan, Junqueras ne s’exprimait jamais sur la question de la déclarations unilatérale d’indépendance. Dans la dernière ligne droite, il perdit sa prudence, appuya à fond sur accélérateur pour emmener le train gouvernemental vers la frontière de l’état catalan indépendant. Pour l’instant, le convoi est coincé en prison, dans l’attente de jours meilleurs.