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Ocaña, l’icône controversée de la Barcelone des années 70

Peintre et activiste, José Pérez Ocaña était une figure de la Barcelone alternative des années 70 et 80. Décédé en 1983, il a laissé son nom à l’un des lieux les plus célèbres de la ville.

Ocaña. Pour les Barcelonais, ce nom évoque un restaurant bar de la mythique plaça Reial ouvert depuis 2009. Un lieu qui se distingue des autres, où les touristes et locaux se mêlent dans une atmosphère à la fois “romantique, canaille et underground” selon l’établissement, où des travestis en tenues de flamenco accueillent les clients à l’entrée certains soirs. Mais derrière Ocaña se cache un homme: José Pérez Ocaña. Décédé en 1983, il a incarné à lui seul la Barcelone alternative des années 70-80. Retour en arrière.

José Pérez Ocaña est né en 1947 à Cantillana, un village andalou près de Séville. En 1971, il décide de quitter le sud de l’Espagne pour s’installer à Barcelone. Le pays est encore sous le régime franquiste. Il a alors 24 ans quand il fait ses valises. Homosexuel et fier de l’être, il ne supportait plus l’intolérance et la discrimination dont il se sentait victime. La capitale catalane paraît être la ville idéale pour exprimer son art et ses idées.

Artiste engagé

Lors de son arrivée, il devient rapidement peintre en bâtiment pour gagner sa vie. En parallèle, il deviendra également l’une des figures clés de la Barcelone créative des années 70-80. À cette époque, plusieurs mouvements alternatifs se développent dans la capitale catalane, de la culture libertaire au théâtre expérimental, en passant par la libération sexuelle. José Pérez Ocaña trouve sa place dans cette Barcelone qui s’émancipe et devient ami avec des artistes de l’époque comme Nazario, Copi ou Lluis Llach.

“Ils me demandent si je suis un travesti. Je ne suis pas un travesti, je suis un théâtre et ma scène est la Rambla” avait déclaré l’artiste à cette époque. Citation qui restera célèbre pour parler de lui. Ocaña apparaissait sous différents jours sur la Rambla. Il pouvait se travestir avec des robes et des accessoires rappelant ses racines andalouses, comme des châles et éventails. Il ne cachait pas son goût pour les fêtes populaires et la liberté.

Engagé sur le thème de l’homosexualité, il a notamment joué dans l’un des seuls films de l’époque qui parlait de ce sujet: Ocaña, retrato intermitente, réalisé par Ventura Pons et sorti en juin 1978. Beaucoup témoignent qui’il a voulu faire avancer les mentalités, dans une époque de transformation politique et sociale, qui ne rimait pas toujours avec la tolérance sur le sujet. Le 24 juillet 1978, Ocaña a même été arrêté sur la Rambla pour outrage à agent public avec d’autres personnes. Il fut incarcéré dans la prison “Modelo” de Barcelone. Une “brutale agression et arrestation injustifiée” avait déclaré le collectif FAGC dans la presse à l’époque.

Sa vie Plaça Reial

En 1982, Ocaña achète un appartement au 10 de la plaça Reial. Ce lieu aux sept balcons accueille désormais la Fundació Setba qui effectue un travail de mémoire sur le mythique place barcelonaise. Actuellement et jusqu’au 24 mars 2018, les visiteurs peuvent découvrir des clichés de l’artiste et ses oeuvres étonnantes, comme les vierges en papier mâché. Lorsque le peintre y vivait, le lieu était un véritable labyrinthe de chambres, remplies de ses peintures, autels et châles. Ses balcons fleuris étaient devenus célèbres. L’exposition permet d’en savoir plus sur cet homme non conventionnel. Quelques clichés retiennent l’attention, comme ceux d’un dîner au sein même de l’appartement. Des artistes de l’époque se mêlent autour de la table, mais aussi un vendeur ambulant précise la légende, où une atmosphère festive semble régner.

Photo:LS/Equinox

L’artiste ne vivra qu’un an seulement dans cet appartement. Il décède le 18 septembre 1983 d’une hépatite, dans un hôpital de Séville. Il passait de longs séjours dans son village natal, dans la maison de sa mère et sa soeur. Le 23 août 1983, Ocaña organise une fête de la jeunesse à Cantillana, durant laquelle il se déguise en soleil. La torche qu’il tenait lui a causé des brûlures qui ont aggravé son hépatite. Il avait 36 ans.

Au lendemain de sa mort, le journaliste Antonio Álvarez Solís écrivait dans le journal El Periódico que c’était “un personnage qui donnait de la couleur, dimension et du sens à Barcelone”. Quant à l’acteur catalan Enric Majó, il avait déclaré qu’avec Ocaña disparaissait “l’esprit de 75 qui a transformé las Ramblas de Barcelone en un espace de liberté”.