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Municipales – La bataille de Barcelone est lancée

independance catalogne

Ada Colau tentera de décrocher un second mandat face aux indépendantistes. Un scrutin auquel peuvent participer les Français de Barcelone.

Après les tsunamis politiques du référendum, de la déclaration d’indépendance et de l’élection catalane du 21 décembre, dans quelques mois va se jouer une élection offrant une pièce de choix : la Mairie de Barcelone. Un scrutin en forme de revanche pour les Français de Barcelone qui ont cette fois-ci le droit de vote et un enjeu majeur pour les indépendantistes qui veulent récupérer la capitale de la Catalogne.

Un second mandat pour l’activiste de gauche radicale Ada Colau n’est pas exclu mais reste compliqué. Le ni-ni de la première magistrate de la ville pendant la crise indépendantiste a déconcerté les deux camps. Ada Colau a refusé d’aider Carles  Puigdemont à organiser le référendum en ouvrant les bureaux électoraux de la ville, mais est allée voter lors du scrutin… pour déposer un bulletin blanc. Difficile de suivre Colau dans son louvoiement permanent. Les indépendantistes ne la trouvent pas à la hauteur de l’enjeu souverainiste, tandis que les unionistes la considèrent comme un rempart trop bas face au séparatisme.

République

Le plus sérieux concurrent face à Ada Colau réside en la personne d’Alfred Bosch, républicain indépendantiste de gauche (ERC). Cet historien et écrivain souhaite que Barcelone soit reconnue à l’international comme la capitale de la Catalogne. Pour une ville cosmopolite comme Barcelone, Bosch offre un profil d’ouverture en maîtrisant parfaitement le français, l’anglais, le portugais, l’allemand et l’italien en plus de l’espagnol et du catalan. Un profil très éloigné d’Ada Colau qui a un sérieux problème avec les langues étrangères, ce qui a constitué un certain barrage durant son mandat avec les nombreuses communautés européennes qui donnent à Barcelone son visage actuel.

Alfred Bosch durant une interview lors des 5 ans d’Equinox Radio

En bon parti de gauche, ERC va organiser des primaires ce samedi. Devant l’hécatombe  qui a suivi la déclaration d’indépendance, il n’y a plus de candidature alternative à celle de Bosch au sein d’ERC. Les poids lourds du parti qui visaient la mairie ne sont plus dans la course.

L’ancien ministre de la justice Carles Mundo a quitté la vie politique après un mois de détention dans la prison madrilène de Soto del Real, tandis que son collègue gouvernemental qui tenait le portefeuille de la Santé a suivi Carles Puigdemont dans son exil en Belgique. “Nous ne parlerons pas que d’indépendance, car le focus sera mis sur Barcelone et sur des politiques de progrès social” nuance un membre de l’équipe de Bosch.

Puigdemont

Le parti de Carles Puigdemont, le PdeCat, est en crise. Tiraillé entre la direction locale du mouvement qui veut calmer le jeu indépendantiste et les positions jusqu’au-boutistes de l’ancien président, le PdeCat n’a toujours pas de candidat. Les amis de Puigdemont dirigeaient la mairie entre 2011 et 2015 en la personne de Xavier Trias, vieux routard éternel de politique catalane. Trias avait trouvé son dauphin : Joaquin Forn, qui a laissé un excellent souvenir à la Guardia Urbana en tant qu’adjoint à la sécurité.

Le destin de Forn a basculé lorsqu’après avoir pris les rênes du ministère de l’Intérieur catalan en juillet dernier, il a fini en prison suite à la déclaration d’indépendance. Il ne sortira pas avant des mois, si ce n’est des années. Le flamboyant Santi Vila avait le profil idéal pour être le candidat du centre-droit du PdeCat. Gay assumé, business-friendly, ouvert sur les nouvelles technologies. Cependant Vila semble s’être grillé les bases souverainistes en démissionnant de son poste de ministre des Entreprises quelques jours avant la déclaration d’indépendance.

En ce moment dans les cercles de la droite catalane, le nom de Neus Munté semble prendre du poids. Ancienne ministre successivement d’Artur Mas et de Carles Puigdemont, elle aussi a démissionné avant l’été, par précaution avant la tempête indépendantiste.

Neus Munté

Mais comme elle a abandonné le navire plus tôt que son collègue Vila, elle a pu se permettre de lui faire un cours de morale et de le qualifier de traître. La personnalité de Neus Munté, barcelonaise BCBG au passé syndicaliste, peut cependant manquer de charisme face à l’exigeante campagne barcelonaise.

Cuitadans

Après avoir obtenu un bon score lors des élections catalanes le 21 décembre sur Barcelone, le parti Ciutadans se voit déjà occuper le siège de la présidence du Saló de Cent. Attention aux erreurs de lecture électorale. Ciutadans a fait une poussée dans les quartiers populaires où justement Ada Colau avait cartonné aux municipales. Il y a eu un basculement de Podemos vers Ciutadans. Ce transfert s’explique du fait que l’élection du 21 décembre était uniquement tournée vers l’indépendance ou non de la Catalogne.

Les classes populaires, souvent dépolitisées et abstentionnistes, ont déposé un bulletin Ciutadans dans l’urne uniquement pour faire barrage au séparatisme. Carina Mejías, la candidate de Ciutadans, bourgeoise old school ne fidélisera probablement pas ce vote, qui reviendrait vers Ada Colau et ses accents très sociaux.

Carina Mejías

Cependant, Ciutadans pourrait obtenir un meilleur score qu’en 2015 en aspirant les voix du Partido Popular de Mariano Rajoy, comme l’a fait Arrimadas aux élections catalanes. Il est fort à parier que le PP catalan ne sera pas remis de sa crise l’an prochain et pourrait disparaître du conseil municipal. 

Socialistes

Enfin, les socialistes ne sont pas dans une position confortable. Ils ont durant le mandat de Colau passé une alliance avec la maire afin de rentrer aux commandes de la Mairie. Ils se feront expulser quelques mois plus tard pour avoir soutenu au Sénat Espagnol le vote de l’article 155 de la Constitution suspendant les compétences de la Generalitat. Les socialistes devront assumer le bilan de Colau pour y avoir participé, sans bénéficier de l’avantage d’être encore aux affaires.

Un scrutin à fort suspense, renforcé par le projet d’une réforme électorale : la liste arrivée en tête bénéficierait d’un bonus de sièges au conseil municipal. Les sondages annoncent une quasi égalité entre Alfred Bosch et Ada Colau. Chaque voix comptera.

Bonus Track : comment s’inscrire pour voter

Le scrutin aura lieu le 9 juin 2019, en même temps que les élections européennes. Pour voter à Barcelone lors de ces deux scrutins, il faut dès maintenant effectuer des démarches administratives afin de pouvoir exercer ses droits. Logiquement, il faut posséder les documents basiques des résidents européens à Barcelone: le padrón et le NIE. Il suffit de vous rendre dans le bureau de la mairie correspondant à votre domicile avec ces documents pour vous faire inscrire sur les listes électorales.

Voici les adresses et horaires d’ouvertures des bureaux correspondant à votre quartier :