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Portrait de femme à Barcelone: Ada Colau

C’est un fait, les grandes villes mégapoles sont dirigées par la gauche progressiste. Anne Hidalgo à Paris, Sadiq Khan à Londres, Manuela Carmena à Madrid. Barcelone ne fait pas exception à la règle avec Ada Colau.

À la tête de la capitale catalane: l’ancienne activiste, proche de Podemos, Ada Colau. Les grandes villes, interconnectées, sont les grandes vainqueurs de la mondialisation. Métissées, plurielles, ouvertes, il semble logique que l’électorat soit tourné vers le progressisme et la social-démocratie. Revers de la médaille, ces grandes cités vivent confortablement car les secteurs du monde des affaires y est roi. L’Union européenne raffole de ces villes-monde où le libéralisme, chéri par le Conseil européen, est comme chez lui. Élus bien souvent avec des discours très sociaux, les maires des grandes villes, une fois au pouvoir, se retrouvent coincés pour faire appliquer leur programme.

Paroles et promesses

En 2015, Ada Colau avait promis de “dégager” les “mafias” de Barcelone. La future maire avait annoncé mettre un frein au circuit de Formule 1 et expulser les croisières de luxes du port de Barcelone, deux mesures au nom de l’environnement, il n’en fut rien. Les voitures de sport tournent toujours autour de Barcelone et les croisières déposent plus de deux millions de touristes chaque année dans la capitale catalane.

Pendant la campagne, Ada Colau ne trouvait pas de mots assez sévères contre le Mobile World Congress, symbole selon elle du capitalisme et de l’exploitation de la main d’oeuvre des pays pauvres. Après quelques menaces des dirigeants du congrès d’étudier la possibilité de choisir Dubaï comme nouvelle ville d’accueil, Ada Colau n’a eu que des mots doux pour les géants de la téléphonie.

Ruptures

Les ruptures des promesses de campagne d’Ada Colau se sont traduites également par des séparations personnelles. Ada Colau doit sa célébrité préélectorale au porte-parolat qu’elle exerçait au sein de la Plateforme des Expulsés Hypothécaires d’Espagne. Une entité qui a violemment divorcé avec la maire de Barcelone, à travers une lettre ouverte qui dénonçait le non-respect des promesses en lien avec les politiques de logements.

Le jour le plus noir où Ada est réellement entrée en conflit avec Colau fut à la fin du mois de février 2016. Avant d’être première édile de la capitale catalane,  Ada fut de toutes les luttes, de tous les combats. Elle a brandi toutes les pancartes, elle a tweeté sans relâche afin de soutenir toutes les grèves, tous les conflits, tous les mouvements sociaux. Depuis qu’elle est apparue dans la sphère médiatique en 2006 pour protester contre la guerre d’Irak, Ada fut une combattante. Jusqu’à ce dimanche 21 février 2016, où Colau du haut de sa mairie de Barcelone lutta contre … la grève du métro de Barcelone qu’elle jugea “disproportionnée”. Le ciel politique et médiatique lui tomba cette nuit-là sur la tête.

Le sociétal

Les politiques progressistes sont compliquées à mettre en place à Paris, Londres, Madrid et Barcelone. Pour palier aux besoins de reconnaissance du peuple de gauche, tous les maires cités en début d’article utilisent la même recette: mettre en avant les politique sociétales symboliques.

À Barcelone, comme dans toutes les villes-monde, le paquet est mis sur la reconnaissance indispensable des minorités et la défense des diversités. Souvent symbolique, ces mesures ne mangent pas de pain. La différence entre les autres édiles et Ada Colau réside dans le fait que la maire de Barcelone soit une enfant des réseaux sociaux. Avec son parcours d’activiste, elle alla jusqu’à se déguiser en un personnage “mi-mouche mi-femme” pour perturber les campagnes électorales des années 2000. Colau maîtrise l’art du buzz.

Alors que la campagne électorale commence à s’ouvrir pour le scrutin de mai 2019, où Ada Colau briguera probablement un second mandat, la chef de Barcelone s’est rendu dans l’une des pires émissions de la téléréalité. Le show s’appelle Sábado Deluxe et est connu pour recevoir toutes les starlettes de la téléréalité et autres midinettes à scandale. Ada Colau est venue dans se show douteux pour faire une confession: elle a eu une relation lesbienne avant de se marier et d’avoir deux enfants. Un bel exemple de buzz sur lequel a surfé Ada Colau pendant quelques jours, la ficelle est tellement grosse que la maire s’est sentie obligée de rajouter que ce ne sont pas ses conseillers de communication qui lui ont soufflé cette idée.

Les voitures

C’est à mettre au crédit de la maire de Barcelone, comme ses collègues des grandes villes, Colau tente de faire la chasse aux véhicules. Les mégapoles sont devenues des serres géantes de pollution. La ville est irrespirable et la sortie des voitures est indispensable. Comme à Madrid où Carmena tente de mettre en place la circulation alternée, comme à Paris où Hidalgo essaie de rendre piétonnes les berges de la Seine, Ada Colau tente d’augmenter le nombre de rues sans voiture et de les remplacer par des vélos. Comme à Madrid où le lobby des voitures est hystérique, comme à Paris où le tribunal constitutionnel exige la réouverture aux véhicules des berges de la Seine, à Barcelone les opposants à la politique d’une ville verte sont légions et compliquent les plans municipaux.

Bonus: l’indépendantisme

Gérer une grande ville c’est difficile, mais en plus Barcelone a cette spécificité d’être au coeur de la bataille de l’indépendantisme catalan. Durant les événements de septembre et octobre 2017, Ada Colau a été très sollicitée par les souverainistes, notamment pour céder les écoles et collèges afin d’y installer les bureaux de vote. Peut-être, plus que jamais, Ada Colau a louvoyé en refusant de mettre à disposition les locaux municipaux pour organiser le scrutin.

Dans un saisissant contraste, la maire s’est quand même déplacée le 1er octobre pour voter, en mettant un bulletin blanc dans l’urne. Lors des répressions de l’Etat espagnol contre les séparatistes, Ada Colau a essayé de garder une totale neutralité en disant “ni DIU (déclaration unilatérale d’indépendance) ni 155 (article de la Constitution suspendant les institutions catalanes)”.

Une équidistance qui, sur le long terme, a usé Ada Colau, étant qualifiée d’unioniste par les indépendantistes et de séparatiste par les votants attachés à l’unité de l’Espagne. Un “ni-ni” qui devrait continuer lors de la prochaine campagne municipale. Sans aucun doute Ada Colau, à qui on prête volontiers un grand destin national, tentera de regagner sa place de maire pour un second mandat.