[REPORTAGE] A Barcelone, l’amour est une appli comme les autres

par Mona Anne

Bars ouverts toute la semaine, groupes facebook, soirées expats, les occasions de se rencontrer ne manquent pas à Barcelone. Pourtant, dans cet environnement bouillonnant, les Barcelonais d’adoption sont nombreux à privilégier les applis pour se créer un réseau.

“Si tu as envie d’aller boire un verre ou voir une expo mais que tu ne veux pas y aller tout seul, comment tu fais ?” Sonia, 33 ans, a la réponse à sa question. Elle va sur des sites de rencontre. Son terrain de chasse favori : Tinder. À la base, comme beaucoup, elle s’y est inscrite pour décrocher des rendez-vous romantiques. C’était il y a trois ans, elle redécouvrait le célibat. Arrivée à Barcelone il y a un mois et demi, elle a réactivé son compte mais son approche a évolué. “Si l’alchimie opère tant mieux, mais je cherche souvent des gens juste pour boire un verre et discuter”, témoigne-t-elle.

“Quand on est nouveau dans une ville, c’est difficile”

La Péruvienne n’est pas la seule à avoir opté pour cette solution. Jeune trentenaire elle aussi, Jessica a quitté l’Andalousie et sa ville de Grenade il y a trois semaines. Si elle pensait faire des rencontres rapidement dans la deuxième plus grande ville d’Espagne, force est de constater que dans sa ville natale “au moins c’était plus facile, car je connaissais déjà des gens”. C’est donc sa venue dans la capitale catalane qui l’a poussée à franchir les portes de Tinder malgré sa vision des choses : “rencontrer quelqu’un dans un bar où sur la plage est beaucoup mieux. Mais quand on est nouveau dans une ville, c’est difficile, que ce soit sur une appli ou dans la vie de tous les jours.”

Alors, est-il indispensable de s’inscrire sur un site de rencontre à Barcelone ? En tout cas, Sonia observe une différence appréciable avec le dernier pays où elle a vécu. “Au Chili, hormis les gens de passage, la population commence tout juste à utiliser ces applications. Ici, je peux rencontrer des locaux ou des personnes installées depuis un moment.”

Tinder fait gagner des followers Instagram

Mais l’appli des “match” n’a pas le monopole des rencontres et s’est récemment associée à Instagram. Désormais, il est possible de lier ses deux comptes. “Les gens n’ont pas besoin que tu les like en retour pour avoir accès à ton pseudo Instagram, indique Sonia. Du coup, je reçois plein de messages sur mon compte. Mais je les ignore. Par contre, j’ai gagné plein de followers !”, se réjouit-elle. “C’est aussi un moyen de vérifier les photos de certains. Parce que, bon… tout le monde sait que tu vas mettre la plus avantageuse sur ton profil Tinder.”

Pour Nina, 21 ans, la redirection vers Instagram “était un peu une manière de voir à quoi ressemble la vie de l’autre sans se connaitre”. Originaire de Montpellier, la jeune femme s’est vite lassée de l’effet pervers de la passerelle : “ça m’a très vite soûlée de recevoir plus de 10 demandes de message par jour. Si je ne matche pas, c’est que la personne ne me plait pas, j’ai donc supprimé le lien vers mon Instagram.” Elle concède d’ailleurs avoir supprimé toutes les applis de rencontre auxquelles elle était inscrite (Tinder, Happn, Adopteunmec) depuis ses 18 ans et “laisse les choses se faire naturellement”. Comme cela s’est passé lors de son séjour ibérique : “J’ai rencontré du monde à chaque fois que je suis sortie.” Pour elle, “Barcelone est une ville parfaite pour rencontrer du monde”, en grande partie car “les gens sont plus ouverts aux rencontres et à la discussion” qu’en France.

Un marché sectorisé

En proie à une importante multiplicité, le marché des sites de rencontre s’est sectorisé. Il est désormais possible de cibler les profils en fonction de ses goûts, de son bord politique (cf bonus track) ou encore de sa religion. C’est le cas de Saad. À Barcelone depuis six mois, le Marocain de 36 ans privilégie l’application Muslima pour rencontrer des musulmanes. Seule application pour laquelle il a payé. Il est aussi inscrit à l’indétrônable Tinder et d’autres telles Badoo ou Whoshere, mais sur ces dernières, ça n’a pas matché. “Si tu ne payes pas, ça ne sert à rien. Sur Tinder tu ne peux que liker”, regrette-t-il.

Mais malgré ses toutes ces options, Tinder semble encore occuper une place de choix dans le cœur des mobinautes. Et malgré ses nouvelles intentions, Sonia est réaliste sur l’usage de l’appli : “Tinder reste un supermarché, tu fais ton shopping, c’est comme feuilleter un magazine de meubles.” Et avec 20 885 étrangers arrivés en 2016, la ville de Gaudí représente l’équivalent d’un grand centre commercial.


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