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[REPORTAGE] “Barcelone, je t’ai aimée mais je te quitte”

Adéu Barcelona. Si chaque année des milliers d’Européns s’installent à Barcelone, d’autres au contraire choisissent de quitter la capitale catalane. Entre déception ou envie de nouveaux horizons, les Français témoignent. Reportage.

“J’ai presque détesté vivre à Barcelone, trop de bruit, de pollution, de stress, pas assez de parcs” explique Jean-Baptiste Chicouène. Licence en poche et quatre ans après son arrivée, cet étudiant en musique s’apprête à quitter la ville pour poursuivre ses études dans un autre pays. Pour lui, le bilan est mitigé. Si la capitale catalane n’a pas su correspondre à ses attentes, il décrit toutefois une expérience extraordinaire. “Les habitants ici sont grandioses, catalans ou pas. Le fait d’apprendre deux langues, l’espagnol et le catalan, m’a permis de constater un super niveau d’intégration et ce fut un vrai enrichissement personnel. Côté sorties, rien à redire, j’en garderai une sacré nostalgie, on se fait vite à cette culture” confie le jeune homme de 25 ans.

En apparence, la ville réunit tous les atouts pour un quotidien agréable: soleil, plage, qualité de vie et proximité avec la France. Mais entre diplôme obtenu, Erasmus qui s’achève, CDD ou VIE terminé, un certain nombre de Français repartent en ce début d’été après leur parenthèse barcelonaise.

Anne-Laure Gandara oriente et accompagne les francophones en quête de reconversion professionnelle ou désireux de créer et développer leur activité professionnelle à Barcelone. Des expatriés, cette coach certifiée en côtoie toute la journée. Et parmi eux, beaucoup font leurs valises. “Les raisons sont multiples mais la première cause de départ est liée à l’aspect professionnel. Au bout de deux ou trois ans, des contrats de travail se terminent. Certains partent dans un autre pays, tant ils ont apprécié l’expérience de leur première expatriation à Barcelone. D’un autre côté, il existe les raisons familiales, comme une séparation ou un divorce qui induisent parfois une mobilité ou un retour en France. D’autres familles souhaitent aussi rentrer afin que les enfants continuent leur scolarité en France” explique-t-elle.

Outre ces motivations personnelles, le contexte politique de ces derniers mois n’a pas été rassurant. “Lors de la crise catalane en octobre, beaucoup de mes clients évoquaient l’idée de  partir car ils ne supportaient plus ce contexte pesant. Finalement les choses se sont calmées, et peu ont finalement validé cette intention” ajoute-t-elle.

Une longue réflexion

Avant de passer à l’acte, les expatriés prennent le temps de peser le pour et le contre. “Cette année, je n’ai pas vu de départs sur un coup de tête. Les départs précipités étaient plus fréquents lors de la crise économique de 2008” poursuit la coach. Plusieurs mois de réflexion, c’est ce qu’il aura fallu à Julien Péneau et sa famille avant de se décider à partir. Pourtant, tout avait bien commencé pour cet ingénieur du son. “Je suis arrivé à Barcelone il y a trois ans pour changer de vie, je suis tombé amoureux de la ville tout de suite” raconte-t-il.

Plusieurs facteurs sont entrés en jeu. “La hausse des loyers considérable depuis trois ans, des agences immobilières frauduleuses, le besoin de payer un avocat pour la moindre démarche, la vie est beaucoup plus chère qu’en France, et puis, nous sommes écœurés par la mentalité catalane, beaucoup trop raciste à notre goût” ajoute le Français originaire du bassin parisien. Pour sa femme et lui, le coup de grâce fut porté par une agence immobilière qui a gardé les 1.000 euros qu’elle leur devait “prétextant une clause illégale dans le contrat”. Actuellement en procès avec cette entreprise, ils préfèrent rentrer en France. “Malgré beaucoup de démarches et d’efforts, nous avons compris que nous ne révérerions pas notre argent, d’un coup nous nous sommes crus en Afrique, sans loi sans justice. Nous sommes très déçus, même si nous adorons toujours cette ville. Les Catalans veulent l’indépendance et être européens, mais je ne suis pas sûr qu’ils en soient dignes ou qu’ils aient compris les règles que ça implique” confie Julien, entre colère et déception.

Solitude

D’autres fois, ce sont les couples qui ne survivent pas à l’expatriation. À 27 ans, Estelle quitte Barcelone sans regrets. “Je suis arrivée en décembre 2016. Je vivais à Paris mais j’avais rencontré quelqu’un qui faisait ses études ici. A force d’allers-retours, nous avons décidé que je viendrais vivre à Barcelone car en travaillant dans la restauration je pouvais trouver un emploi facilement” raconte la jeune femme. Son histoire d’amour s’arrête moins d’un an après son installation. “Je me suis retrouvée très seule car j’avais tout construit autour de ma relation. Barcelone est une ville de passage, beaucoup de gens sont là pour les études et je trouve que les relations sociales sont très superficielles” confie-t-elle.

Voyant qu’ici tout la rattache à son histoire d’amour, elle se décide au bout de quelques mois: Estelle part s’installer en Australie, un rêve qu’elle nourrit depuis des années.

Mais si Barcelone déçoit, il n’est pas si facile pour les Français d’en repartir. Pour Jean-Baptiste, l’étudiant en musique, “les longues réflexions sont plutôt des coups de tête qu’on cherche à justifier, mon arrivée à Barcelone s’est faite de cette façon, mon départ aussi.”

Au 1er janvier 2018, selon le registre officiel de la mairie, 15.260 Français vivaient à Barcelone, soit 543 de plus qu’en janvier 2017. Ils pourraient toutefois être beaucoup plus nombreux selon les estimations du consulat. Et cet été encore, des centaines de Français viendront s’installer dans la capitale catalane, tandis que presque autant entreprendront le chemin inverse.