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La Mairie de Barcelone part en guerre contre les fleuristes

Les services municipaux ont entrepris ces derniers mois une série de vérifications auprès des fleuristes de la ville. Tous les établissements ne disposant pas de licence appropriée pour exposer leurs fleurs sur le trottoir reçoivent des amendes et sont priés de rentrer leurs plantes. 

Dans sa minuscule boutique de fleurs à l’angle de la rue Còrsega et de la Rambla Catalunya, Maria Ponsà n’arrête pas. Des Barcelonais venus des quatre coins de la ville se pressent pour l’encourager dans sa lutte et signer sa pétition. “Cela fait plaisir de voir que toutes ces années à sortir mes plantes, à embellir le trottoir, a été remarqué par les passants, certains m’ont dit que lorsqu’ils venaient dans le quartier, ils faisaient exprès le petit détour pour passer sous mon bougainvillier” confie-t-elle, visiblement émue.

L’établissement de Maria est le plus ancien magasin de fleurs d’Espagne, transmis de parents à enfants depuis quatre générations. Il y a quelques années, la fleuriste a décidé de planter à côté de l’arbre en face de sa boutique un bougainvillier qui ne se vendait pas. Depuis, l’arbuste a grandi et forme une élégante arche au-dessus de la boutique. Mais il y a quelques semaines, Maria a reçu de la mairie l’injonction de retirer toutes ses plantes extérieures, dont le bougainvillier, ainsi qu’une amende de 1800 euros pour “occupation illégale de l’espace public”. Maria ne dispose par de la licence lui permettant d’utiliser le trottoir face à son établissement.

Mais la dynamique Barcelonaise n’est pas la seule à avoir été épinglée par les services municipaux. Plusieurs autres fleuristes ont reçu une amende, après parfois des décennies à avoir exposé leurs plantes à l’extérieur. Le célèbre Flores Navarro, connu pour ses jolis trottoirs fleuris près du Marché de la Conception et de la librairie française Jaimes, en fait partie. “Un beau jour, un inspecteur de la mairie est venu en nous disant qu’on ne pouvait pas mettre de fleurs devant la porte, mais ce qui est surprenant c’est qu’on ne nous avait jamais prévenus depuis notre ouverture en 1996, raconte la gérante Eva Navarro, on a eu une amende et nous avons dû faire les démarches pour demander une licence auprès de la mairie, que nous n’avions pas avant, et tout cela pour mettre deux plantes devant la porte”.

Incompréhension des fleuristes

Pour l’entreprise, au-delà de l’argent et du temps perdus, c’est surtout l’incompréhension qui domine, face à une municipalité assurant favoriser les espaces verts et les îlots de nature dans la ville. “J’ai le sentiment que la mairie s’attaque aux petites entreprises et non aux grandes qui ont plus de pouvoir pour ne pas payer des amendes, explique-t-elle, on se maintient grâce aux plantes qu’on expose à l’extérieur et qui attirent le client, car notre métier se perd. De plus, certaines plantes faites pour l’extérieur ne survivraient pas à l’intérieur de la boutique. Tous les fleuristes mettent les plantes dehors et cela permet aussi de donner de la vie et de la couleur aux rues de Barcelone”.

Contactée par Equinox, la Mairie de Barcelone n’est pas vraiment sensible à l’argument écologique des fleuristes. Elle assure pourtant sur son site web tout mettre en oeuvre afin que “la nature soit plus présente dans la ville” pour “la santé, la qualité de vie des habitants et la lutte contre le changement climatique”. Le service de communication municipal insiste: “les fleuristes, tout comme les autres commerçants, ont le droit de mettre leurs plantes sur le trottoir, mais ils doivent avoir la licence adaptée pour pouvoir le faire”. La mairie assure d’ailleurs avoir entrepris toute cette série de vérifications des licences à la demande du Syndicat des Fleuristes de Catalogne

Joan Guillén, président du syndicat, s’en défend. “Cela fait deux ans que nous luttons contre le fait que des établissements qui ne sont pas fleuristes, comme les bazars chinois, puissent mettre leurs plantes sur le trottoir, et à chaque fois nous avons dû déposer une plainte, établissement par établissement, raconte-t-il, et d’un coup la mairie s’est mise à faire une inspection massive et très active des fleuristes, alors que personne n’avait déposé de plainte”. Le syndicat s’est rapidement mobilisé pour que les sanctions, qu’il juge disproportionnées, soient revues à la baisse et surtout pour que le système de licence change.

Le barème des licences pour occupation de l’espace public est aujourd’hui le même pour tout type d’établissement, qu’il s’agisse d’un bar ou d’un fleuriste. Cette licence “terrasse” est calculée au mètre carré et représente un coût impossible à rentabiliser pour les plus petits vendeurs de fleurs. Et surtout injustifiable pour Maria Ponsa. “Ils devraient nous payer pour notre travail, au moins nous donner des aides, je refuse de payer alors que j’embellis la ville, jour après jour, je prends soin de plantes, j’arrange le trottoir devant ma boutique tous les matins, je rentre tout chaque soir, cela fait du bien à l’environnement mais aussi aux habitants” s’agace-t-elle.

Sauver le bougainvillier

Mais ce qui inquiète le plus Maria, c’est que la mairie vienne couper son joli bougainvillier. Il est spécifiquement cité dans la notification détaillant les plantes à retirer de l’espace public. “J’ai peur qu’un beau jour, ces gens qui n’ont aucun sensibilité écologique viennent tout simplement l’enlever” glisse-t-elle.

La boutique a mis en place une pétition pour sauver le bougainvillier. Plus de 5000 signatures auraient déjà été recueillies et les soutiens ne cessent d’affluer.

L’interview vidéo de Maria Ponsa pour Equinox


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