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L’Espagne, hantée par le dictateur Franco

Il y a 43 ans, jour pour jour, le général Franco mourait. Les restes de la dictature espagnole tentent de survivre à son fondateur. 

“Españoles, Franco ha muerto” Les quatre mots prononcés à la télévision par Carlos Arias Navarro, alors président du gouvernement, pour informer les citoyens de la mort du dictateur résonnent encore 43 ans plus tard dans l’Espagne démocratique. “Españoles, el articulo 155 ha muerto” lançait, bravache, Elsa Artadi lors de la soirée électorale des parlementaires catalanes du 21 décembre dernier. Avec son jeu de mots, Artadi qui allait devenir par la suite ministre catalane, signalait que la victoire électorale de Carles Puigdemont allait mettre un terme à l’application de l’article 155, de nature forcément franquiste pour les indépendantistes.

Cette anecdote démontre à quel point le franquisme demeure une obsession dans le débat public catalan et espagnol.

Alors oui, les 40 ans de régime dictatorial ont laissé des traces dans le paysage actuel. Surtout que le franquisme s’est développé dans l’après-guerre où l’Europe se reconstruisait. Le franquisme a posé les fondations dans beaucoup de secteurs espagnols alors en jachère. Beaucoup de marques, de grandes entreprises du service public sont nées sous Franco ainsi que le système judiciaire et policier moderne.

Forcément, 40 ans de régime de fer ont cimenté certains comportements, des réflexes en Espagne qui sont encore aujourd’hui singuliers au sein de l’Europe démocratique. Une façon de faire de la politique, une manière d’informer, des comportements de la justice, une certaine dérégulation économique et sociale en Espagne peuvent surprendre et rappellent que le pays est une jeune démocratie qui a failli retomber dans la dictature avec un coup d’État militaire en 1981.

Symboliquement aussi, il n’est pas aisé pour la démocratie espagnole de se défaire des symboles de l’ancien régime. Malgré la volonté affichée du gouvernement socialiste de retirer la dépouille de l’ancien dictateur du domaine public, les complications juridiques et l’obstination de la famille Franco pourraient faire capoter l’opération. Le premier ministre socialiste Pedro Sanchez, avec le soutien officiel de l’Union Européenne, annonce qu’il va demander la fermeture de la fondation Francisco Franco, qui a pour but selon ses statuts de “diffuser et promouvoir l’étude et la connaissance sur la vie, la pensée, l’héritage et le travail de Francisco Franco Bahamonde, dans ses dimensions humaine, militaire et politique, ainsi que sur les réalisations des années de son mandat à la tête de l’État espagnol, Capitaine général et général officier des armées.” Une fondation de cette nature est un cas unique en Europe, et rien n’indique que Pedro Sánchez et sa ministre de la Justice réussiront à en fermer les portes.

Mémoire historique

Il y a 12 ans, le progressiste chef du gouvernement Jose-Luis Zapatero faisait adopter la loi ayant pour titre la mémoire historique. Le but principal du texte était de retirer toutes les symboles exaltant Franco et la dictature de l’espace public. Si la grande majorité des statues, écussons et noms de rues franquistes ont été rangés au placard, il reste encore 43 ans après la mort du dictateur des vestiges symboliquement importants. Les forces progressistes dirigent la Mairie de Barcelone depuis 25 ans, pourtant le conseil municipal va débattre au mois de janvier prochain du retrait de la médaille de la paix que possède encore Francisco Franco.  

Tortosa a fait les gros titres des journaux catalans il y a deux ans. Un des monuments phares de cette ville à une heure au sud de Barcelone est une tour avec un aigle inauguré en 1964 par le régime franquiste pour célébrer la bataille du fleuve de l’Ebre. Cinquante ans plus tard, le monument est toujours là et n’a pas changé de signification officielle. Le maire de la ville, pourtant un indépendantiste catalan proche d’Artur Mas, n’a pas voulu prendre la décision de démonter le monument ou changer sa signification. Il a organisé un référendum sur le thème pour savoir ce que Tortosa devait faire de son aigle. Résultat : 68,36% des habitants de la ville ont voté en faveur du maintien du monument, avec toutefois la demande de changer son interprétation d’origine.

Fonte difficile

Dans le mille-feuille politique espagnol, sous le soleil démocratique, la couche du franquisme résiduel a du mal à totalement fondre. Cette lenteur du retrait total des vestiges de la dictature est probablement le prix à payer pour le processus de transition que les élites et le peuple espagnol ont choisi à partir de 1975 pour passer de la post-dictature à la pré-démocratie. La transition a permis de sortir de la dictature sans effusion de sang, un cas d’école salué par les démocraties du monde entier. Le revers de la médaille passait par fermer les yeux sur les délits du franquisme et tolérer une certaine présence des forces de l’ancien régime dans le nouveau système.

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Cette résistance du néo-franquisme dans certains secteurs a poussé certains partis politiques et certains mouvements socio-politiques comme l’indépendantisme catalan à sombrer dans l’outrance verbale. Expliquer à longueurs de discours, conférences, articles, interviews que l’Espagne de 2018 est une dictature pire que la Turquie ou l’Iran semble un manque de respect évident pour les citoyens victimes de ces régimes tyranniques.