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“La rébellion interminable”: l’indépendance de la Catalogne vue par El País

Le directeur du journal El País en Catalogne publie un livre sur le processus indépendantiste : la rébellion interminable.  

Depuis l’an dernier, il n’est pas facile en Catalogne d’être journaliste pour un média qui défend par tous les moyens l’unité de l’Espagne. Lluis Bassets, directeur du journal El País en Catalogne, est l’une des nombreuses bêtes noires des réseaux indépendantistes. Régulièrement clashé sur les réseaux sociaux, il est un jour pris à partie par le député indépendantiste Joan Tarda, une autre fois par l’actrice Sílvia Bel, ou par le philosophe inclassable Bernat Dedeu. Ce dernier avait copieusement insulté le journaliste sur son blog, l’histoire s’est finie au tribunal qui a donné raison au directeur d’El Pais.

Du coup, Lluis Bassets s’est réfugié dans un nouveau cercle, celui de Manuel Valls. Ancien correspondant à Paris pour El Pais, Bassets est devenu l’une des personnalités les plus proches de l’ancien Premier ministre, avec qui il a publié en septembre dernier un ouvrage sur la politique catalane.

Aux éditions Catarata, Lluis Bassets sort ce mois-ci La rébellion interminable un ouvrage racontant “l’année de la sécession catalane” si l’on en croit la couverture. Au final pas de révélations , ni de détails croustillants. Le livre de Bassets n’est pas un voyage dans les coulisses du processus indépendantiste tel que l’ont brillamment narré la directrice adjointe de la Vanguardia Lola Garcia dans Le naufrage catalan (Planeta) ou le journaliste de Nacio Digital Oriol March dans Los entresijos del Procés (Catarata).

Journal de bord

Dans La rébellion interminable, Lluis Bassets, qui n’a pas souhaité répondre aux questions d’Equinox pour la rédaction cet article, donne son avis sur les événements de l’automne dernier. Le livre est d’ailleurs une compilation que le journaliste avait publié façon journal de bord du 13 janvier au 31 décembre 2017. Écrits au jour le jour sur son blog, les arguments se répètent lorsque l’on lit les 235 pages du livre d’un seul trait.

Certaines remarques de Lluis Bassets sont toutefois pertinentes dans le débat. L’anecdote d’Artur Mas se comparant à Rosa Parks trouve une lecture intéressante dans le libre : “Rosa Parks désobéit à la démocratie ségrégationniste du gouvernement d’Alabama et reçoit le soutien de la constitution américaine, tandis qu’Artur Mas obéit au gouvernement catalan contre le tribunal constitutionnel espagnol”. 

Lluis Bassets est un homme en colère : contre le clan Pujol, Mas, Puigdemont. Contre la présidence parlementaire de Carme Fordadell, particulièrement les 5 et 6 septembre 2017, quand les indépendantistes ont voté dans des conditions singulières les lois du référendum et de déconnexion. Contre le ministre de l’Intérieur de l’époque Joaquim Forn et le chef des Mossos qui avaient attaqué nominalement le directeur du très unioniste El Periódico. Bassets, avec une certaine raison, met en relief l’absence de critiques du syndicat des journalistes catalans -majoritairement indépendantistes- qui n’avaient pas soutenu un organe de presse face à une attaque gouvernementale ad nominem contre un directeur de publication.

Surdité

Le côté frustrant des thèses de Bassets est qu’il se refuse éperdument d’écouter le moindre argument indépendantiste empêchant tout dialogue. Seul obsède Bassets le fait que Puigdemont puisse faire perdre l’auto-gouvernance catalane. A un moment, Bassets note pourtant qu’une certaine frange de l’indépendantisme est prêt à faire sauter le système quitte à perdre définitivement TV3 et la gestion des Mossos en forçant l’Espagne à prendre une mesure qui friserait la dictature. Bassets ferme les yeux tout au long du livre sur le fait qu’une partie de l’élite catalane n’est plus intéressée par des compétences limitées par l’Etat central. Ces mêmes opinent que certes la Catalogne dispose d’une police, mais avec un parlement régional qui ne peut pas légiférer sur la sécurité; que la Catalogne n’a pas un budget assez conséquent pour mener une politique différente de celle de l’Espagne. D’une certaine manière Bassets est le reflet de cette époque manichéenne et peu encline aux nuances.

Dans ce récit très noir, le livre s’achève cependant sur une note optimiste pour le camp unioniste : le pire est déjà passé selon Luis Bassets.