LOGEMENT – Encadrement des loyers, une solution pour Barcelone?

par Aurélie Chamerois
se loger a Barcelone

Face à la hausse vertigineuse du prix des loyers à Barcelone, la maire Ada Colau et plusieurs associations prônent un encadrement public des prix. Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez a donné son feu vert à la mesure le mois dernier. 

Depuis plus d’un an, les locataires barcelonais arrivant au terme de leur bail doivent faire face à d’importantes augmentations, forçant la plupart au déménagement. Après cinq ans dans un appartement de l’Eixample, Sébastien et Marine ont reçu sans aucune autre forme d’avertissement le recommandé du propriétaire leur annonçant une hausse de 70% de leur loyer. Leurs ressources n’ayant évidemment pas augmenté d’une telle proportion et pouvant travailler à distance, ils se préparent à déménager dans la petite ville de Vilanova i La Geltru, au sud de Barcelone.


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Chaque mois, nombreux sont désormais les Barcelonais qui se voient forcés de quitter la ville, faute de logements accessibles. “Personne ne voudrait d’une Barcelone sans Barcelonais” assurait pourtant en mai dernier l’adjoint au maire Agusti Colom. Pour stopper l’hémorragie, la maire Ada Colau, appuyée par Podemos, prône l’encadrement des loyers. Cette mesure consiste à limiter l’évolution du prix d’un loyer lors de sa mise en location et du renouvellement du bail. Déjà appliquée dans plusieurs villes européennes, comme Paris ou Berlin, elle ne fait toutefois pas l’unanimité.

Selon l’Observatoire des Loyers de la région parisienne, l’encadrement des loyers a permis de limiter les abus et de contenir l’augmentation des prix du marchés, mais a également entraîné une baisse de l’offre locative. “Si la rentabilité baisse, les investisseurs auront moins d’intérêt à mettre leur bien en location et préféreront le vendre, assure l’économiste Oscar Gorgues, président de l’association de propriétaires Cambra de la Propietat Urbana de Barcelona, et s’il y a moins de biens en location, pour une demande toujours plus forte, les propriétaires choisiront les locataires ayant le plus de ressources et le problème sera toujours le même pour les foyers plus modestes”.

La solution? “Il n’y a pas de solution miracle, répond l’ex-agent immobilier, il n’y a plus de terrain disponible à Barcelone, on ne peut donc pas non plus construire beaucoup de logements sociaux, ce qui ne serait d’ailleurs pas une solution absolue vue la très forte demande”. La migration des foyers les plus modestes vers les communes limitrophes est une conséquence naturelle, selon Oscar Gorgues, du succès de la capitale catalane et de sa bonne santé économique.

Le droit basique au logement

Du côté du Syndicat des Locataires de Barcelone en revanche, un index des prix basé sur pouvoir d’achat local permettrait de réguler le marché et constitue une mesure urgente pour stopper la surenchère actuelle. Le logement ne peut pas être un commerce comme un autre, martèle la jeune association née du ras-le-bol des locataires barcelonais. “L’article 47 de la Constitution dit que les pouvoirs publics doivent empêcher la spéculation et établir des normes pertinentes pour appliquer le droit au logement” ajoute le porte-parole Jaime Palomera.

“Il faut limiter le prix du logement pour protéger les consommateurs et le marché, et cette mesure peut être bénéfique pour tous si elle est bien réalisée” déclare pour sa part Javier Burón, en charge de la question pour la mairie de Barcelone. Ada Colau, ancienne activiste pour le droit au logement, assure avoir obtenu de Pedro Sanchez un accord de principe sur la possibilité pour les municipalités d’encadrer elles-mêmes les loyers, avec pour l’instant la création d’une commission pour étudier la proposition. La mesure fait aussi partie des demandes de Podemos pour voter le budget espagnol de Pedro Sanchez.

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