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[REPORTAGE] Le ras-le-bol face à la hausse de loyers: “Barcelone n’est pas à vendre”

Des loyers qui doublent d’une année sur l’autre, des prix historiquement élevés, et un niveau de vie qui stagne, le syndicat des locataires organise une grande manifestation samedi 12 mai pour dire “basta”. 

Photo:AC/Equinox

“Ce ne sera pas une marche silencieuse, on va faire du bruit, prévient le syndicat des locataires de Barcelone, préparez vos sifflets et vos pancartes!”. Après des mois d’une hausse vertigineuse des loyers, cette association créée il y a tout juste un an organise un grand rassemblement samedi dès 18h sur le Passeig de Gràcia sous le slogan “Barcelone n’est pas à vendre”.

Se loger est devenu un véritable casse-tête pour les Barcelonais. Les prix ont augmenté en moyenne de 100 euros en un an et battent les records de la bulle immobilière de 2007. Mais les pires situations surviennent quand il faut renouveler le bail de location. Le propriétaire peut en effet décider de doubler le prix du loyer s’il le souhaite, au terme du contrat.

C’est ce qui est arrivé à Bea et Michel, un couple de Chiliens installés à Barcelone depuis une quinzaine d’années. Leur appartement situé dans le quartier populaire mais central du Raval est passé de 872 à 1580 euros. “Notre bail s’achevait, et un jour nous avons reçu un sms nous indiquant le nouveau prix, mais comme nous avions été de bons locataires, il nous l’a réduit à 1480!” explique Bea, aussi excédée par l’augmentation sauvage que par le comportement de son propriétaire, payé rubis sur l’ongle depuis 5 ans. Le couple commence à visiter des appartements mais se décourage vite du désastreux rapport qualité-prix des locations. Les prix à l’achat ne sont guère plus attractifs. Alors ces Barcelonais d’adoption prennent une décision drastique. Et décident de déménager dans un village du sud de la France, Michel pouvant garder son emploi en télé-travail avec quelques allers-retours mensuels à Barcelone, et Bea parlant déjà français, anglais et italien, en plus de l’espagnol. “On ne peut plus vivre correctement ici” lâche la dynamique quadra entre deux cartons de déménagement.

“Personne ne voudrait d’une Barcelone sans Barcelonais”

L’attractivité de Barcelone, une loi favorable aux propriétaires, l’explosion des logements touristiques d’une meilleure rentabilité que les baux de location de longue durée, de nombreux appartements saisis par les banques durant la crise immobilière et restés vides depuis faute d’acheteurs, sont autant de facteurs qui réduisent l’offre de location et favorisent un envol des prix totalement hors de contrôle. Le syndicat des locataires réclame une meilleure protection des locataires avec notamment une durée légale des baux de 6 ans pour les petits propriétaires et de 12 ans pour les grandes sociétés immobilières (au lieu de 3 actuellement), un indice de référence qui empêcherait d’augmenter les loyers au-delà des revenus moyens du quartier et des amendes pour les propriétaires de logements vides afin de les inciter à les mettre sur le marché de la location.

“Si les propriétaires sont organisés, c’est maintenant au tour des locataires de le faire. À Barcelone nous sommes 200.000 familles locataires et si nous nous organisons, nous pouvons faire un changement historique” expliquait Jaime Palomera le porte-parole du syndicat des locataires en mai dernier à Equinox.

Du côté de la mairie de Barcelone, on affirme ne pas avoir les compétences nécessaires pour freiner cette augmentation démesurée. “Nous développons le parc de logements sociaux et nous traquons les appartements touristiques illégaux, mais nous demandons aussi aux institutions compétentes, à la Catalogne et à l’Espagne, de mettre en place un encadrement des loyers, ce qui se fait déjà dans de nombreuses grandes villes européennes, assure Agusti Colom, adjoint au maire en charge du tourisme et des entreprises, personne ne voudrait d’une Barcelone uniquement peuplée par des touristes, d’une Barcelone sans Barcelonais”.