Entre prison et tribunal: le rythme épuisant des indépendantistes incarcérés

par Nico Salvado

Les prisonniers indépendantistes sont de nouveau incarcérés à Madrid dans l’attente de leur procès qui commencera le 12 février prochain. Un rythme frénétique attend ces hommes et femmes. 

Les prisonniers indépendantistes masculins résident depuis hier à Soto del Real, dans la banlieue de Madrid. Une des prisons les plus dangereuses du pays avec 113 agressions de gardiens entre 2011 et 2017, bien que les responsables politiques seront confinés dans un quartier dit VIP.  Les responsables associatifs Jordi Sànchez et Jordi Cuixart ont passé leurs premiers mois d’incarcération dans cet établissement pénitentiaire. Sànchez a d’ailleurs été témoin d’une violente agression au couteau entre détenus rivaux.

Ils sont rejoints par les anciens ministres du gouvernement catalan Oriol Junqueras, Joaquim Forn, Raül Romeva, Jordi Turull et Josep Rull. Avant d’être rapprochés de leur famille en Catalogne, ces détenus étaient à Estremera (Madrid), dans des conditions assez difficiles si l’on en croit Forn qui a publié un livre pour raconter sa vie derrière les barreaux. Carme Forcadell et Dolors Bassa sont à Meco dans la banlieue madrilène.

Conditions difficiles

Une détention pendant le procès, dénoncée par les avocats de la défense. Selon eux, les accusés ne pourront pas être dans des conditions physiques et intellectuelles optimales pour répondre aux questions de la partie adverse. Le Tribunal suprême a refusé la mise en liberté des accusés en raison, selon les juges, du fort risque de fuite. La chambre juridique a pris en exemple Carles Puigdemont qui continue sa carrière politique depuis Bruxelles et pourrait inciter ses anciens ministres à le rejoindre.

Il est vrai que les conditions quotidiennes du procès, qui se tiendra pendant de longues semaines, seront lourdes. Même si, craignant pour son image internationale, l’institution juridique a allégé au maximum les procédures.

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Les audiences se tiendront du mardi au jeudi, à partir du 12 février. Chaque matin d’audience à 7h, les inculpés devront avoir rangé et nettoyé leurs cellules. Ensuite, pour gagner du temps, le groupe indépendantiste ne passera pas au réfectoire pour le petit-déjeuner, mais le prendra directement au département “entrées et libertés” de la prison, qui gère les transferts vers le palais de justice.

Le Tribunal suprême se trouve à une trentaine de kilomètres du centre pénitentiaire. Aléatoirement, les prisonniers seront conduits menottés dans un fourgon ou dans une voiture de la Guardia Civil. Le transfert dans un véhicule dit de tourisme est forcément le plus confortable. Dans les fourgons et camionnettes, lors de précédents transferts pour l’audience préliminaire, les anciens ministres s’étaient plaints de vertiges et nausées.

Le choc des images

La grande priorité pour le Tribunal suprême est qu’il n’y ait aucune image choc des anciens ministres arrivant menottés à l’audience. Les prévenus seront démenottés avant le passage devant les caméras. Dans le même ordre d’idée, le tribunal a demandé aux juges, greffiers et personnel juridique de ne pas prendre les repas du midi en extérieur, afin d’éviter les allées et venues devant les caméras qui camperont devant l’entrée.

Les pauses du midi étaient une des grandes angoisses des accusés, de leurs familles et des avocats. Normalement quand un prévenu arrive pour passer devant les juges, il est directement placé dans les geôles de l’Audience Nationale, qui se trouve à quelques pas du Tribunal suprême. Un lieu où les détenus écrivent des messages sur les murs avec leurs propres excréments raconte dans son livre l’ancien ministre Joaquim Forn. Ensuite, les prévenus passent devant l’audience, retournent en geôle pour manger un sandwich en guise de déjeuner, et repassent devant les juges l’après-midi.

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Des conditions très rudes auxquelles échapperont les responsables catalans. Le Tribunal suprême a préféré aménager une salle spéciale pour les inculpés dans l’enceinte de ses propres locaux pour les pauses et repas du midi. Le soir, selon l’heure à laquelle s’achèveront les audiences, les mis en examen mangeront dans cette fameuse salle ou directement dans leur prison après y avoir été conduits par la Guardia Civil.

Le plus grand procès de l’histoire de l’Espagne

Les jours sans audience, les lundis, vendredis, samedis et dimanches, les Catalans seront soumis au même régime que les autres prisonniers. Le temps libre sera utilisé pour préparer les futures sessions avec les avocats de la défense.

L’ouverture du procès est une étape cruciale qui s’ouvre pour ces hommes et ces femmes incarcérés préventivement depuis maintenant plus d’un an. La majorité d’entre eux sont persuadés que le procès est déjà joué d’avance et veulent transformer le banc des accusés en tribune médiatique. Les deux ou trois mois de procès seront télévisés et retransmis en direct sur la chaîne catalane publique TV3. L’objectif sera de dénoncer publiquement les supposées failles de l’État démocratique espagnol et de réussir à obtenir un écho le plus international possible. En plus des ministres poursuivis, le tribunal convoque en qualité de témoin l’ancien Premier ministre Mariano Rajoy, l’ex président Artur Mas et la maire de Barcelone Ada Colau.

Equinox met en place un dispositif exceptionnel afin de suivre, en français, les résumés du plus grand procès de l’histoire espagnole.

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