Le dramatique impact du Brexit en Catalogne

par Nico Salvado
consequences du brexit en Catalogne

L’incertitude rode autour du Royaume-Unis et jette un vent glacial chez les partenaires européens de l’Angleterre. Impactée, la Catalogne aussi devrait payer les frais de ce divorce.  

L’Espagne et la Catalogne ne sont pas les zones les plus impactées par le Brexit, surtout s’il se produit dans sa version la plus dure.

Néanmoins, les Britanniques sont le cinquième partenaire commercial de la Catalogne. En 2017, les exportations catalanes s’élevaient à près de 4 milliards d’euros et les investissements étrangers directs du Royaume-Uni en Catalogne pour la période 2013-2017 à 892,8 millions d’euros. 2 200 entreprises catalanes exportent régulièrement au Royaume-Uni.

C’est justement dans le domaine de l’exportation que les craintes sont les plus vives. Un replis protectionniste de l’Angleterre qui pourrait être tenté par une taxe ou une mesure favorisant la production interne frapperait l’industrie automobile et de textile relativement importante en Espagne.  Les exportations automobile vers l’Angleterre représentent chaque année 4 milliard pour l’Espagne.  La Catalogne fabrique historiquement les véhicules de la marque Seat.

Le coût d’une telle mesure, selon le cabinet Oliver Wyman impacterait le coût de l’exportation espagnole vers l’Angleterre de 6% dans le secteur automobile et 22% dans le textile. Sans parler du pouvoir d’achat des anglais qui devrait diminuer et donc compliquer les ventes dans ces domaines.

Le pouvoir d’achat des britanniques, c’est ce qui probablement fait le plus frissonner l’Espagne et la Catalogne qui craignent de voir le nombre de touristes britanniques fondre comme neige au soleil.

Le marché touristique anglais est le plus important en Catalogne après les français. Chaque année près de deux millions de britanniques viennent visiter Barcelone et la Catalogne. Si la livre s’effondre ou si le pouvoir d’achat s’écroule, c’est tout un pan de l’activité économique catalane qui peut être impactée.

Au delà des touristes ce sont  22.000 anglais qui résident en Catalogne. Si la situation dégénère notamment dans le domaine des cotisations retraites, ces citoyens  pourraient rentrer au pays. Dans le sens inverse, ce sont 20.000 catalans qui vivent en Angleterre avec un flou concernant leur futur.

Tribune des ministres catalan

Les ministres de l’économie et de l’action étrangères Pere Aragones et Alfred Bosch ont publié hier une tribune chez nos confrères de la Vanguardia. Les deux responsables politiques qui appartiennent à la gauche républicaine indépendantiste (ERC) condamnent à la fois les défenseurs du Brexit mais aussi l’Union Européenne.

“La sensibilité catalane contraste avec le sentiment de prévalence, de fierté nationale, qui règne dans les États matriciels impériaux. Un nationalisme d’État que l’on peut retrouver derrière le Brexit mais aussi en Espagne, en France” écrivent les deux ministres. La France amalgamée à l’Espagne n’est pas un compliment dans la bouche des souverainistes. Dans le récit indépendantiste : l’état espagnol est présenté comme imparfait démocratiquement et la France comme un pays qui vient à sa rescousse.

alfred bosch

“La logique communautaire de l’UE, représentée par la Commission européenne et surtout par le Parlement européen, perd de son poids face à la logique intergouvernementale du Conseil européen; c’est-à-dire devant le club des états. Une tendance que le Brexit devrait servir à changer si nous ne voulons pas que ce soit un exemple que d’autres veulent suivre. Le moyen le plus efficace de défendre le projet européen est de le faire avancer et de s’améliorer; et ne pas instruire ceux qui veulent partir. Dans tous les cas, la stratégie catalane consiste à analyser les points faibles de l’UE actuelle et à proposer des solutions de rechange” concluent les deux ministres.

Le parlement britannique votera aujourd’hui ou demain pour savoir quelle orientation va prendre le pays : nouveau référendum, sortie négociée ou divorce sauvage. La Commission européenne annonce être au point pour une sortie sans accord le 12 avril, scénario jugé «de plus en plus probable».

Une option vue par certains en Europe comme une amputation nécessaire.

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