Crise du logement à Barcelone: expulsions, squats, narcos et désespoir

par Leslie Singla

À Barcelone et aux alentours, les conséquences de la crise du logement sont nombreuses. Les habitants subissent des expulsions, pressions de mafia ou la cohabitation avec des narco-appartements.

L’accès au logement est devenu l’une des principales préoccupations des Barcelonais. Selon une enquête municipale, elle était la première en octobre 2018, avant de passer en seconde position en décembre. Dans la capitale catalane, les prix des loyers se sont envolés au cours de ces dernières années. En 2017, ils dépassaient ceux de la bulle immobilière. Un an plus tard, ils augmentaient à nouveau pour la cinquième année consécutive, selon les statistiques du secrétariat du logement de la Generalitat. En cinq ans, ils ont subi une hausse de 36,4%, rendant l’accès au logement difficile pour les Barcelonais.

D’un autre côté, la violente crise économique, de 2008 à 2014, laisse encore des traces. Faute de pouvoir payer leur prêt hypothécaire, des habitants se sont fait expulser de leur logement, saisis par les banques. Des expulsions persistent encore aujourd’hui pour loyers impayés. En Catalogne, il y aurait 75.780 appartements vides selon les chiffres du ministère de l’Équipement de 2017. La mairie de Barcelone a révélé l’an dernier qu’il y en aurait 13.000 dans la capitale catalane, appartenant à des banques et des particuliers. Même si ce chiffre s’avère inférieur aux 80.000 comptabilisés en 2011 par l’Institut National de Statistiques, ces logements vides représentent une aubaine pour les mafias ou les trafiquants.

Des habitants vulnérables

Derrière les appartements vides se cachent des milliers de personnes n’ayant pas les revenus suffisants pour accéder au logement. “Les personnes expulsées sont obligées de squatter des appartements, elles n’ont pas le choix, elles préféreraient payer un loyer et vivre dans de meilleures conditions” affirme Santi Más de Xaxás, porte-parole de la Plateforme des victimes du crédit hypothécaire (PAH). Le militant explique à Equinox que le pays manque de logements sociaux “avec seulement 1,5% de parc public contre 15 – 20% en moyenne en Europe. Il faut que les entreprises cèdent des appartements vides.”

Les mafias profitent de la situation à Barcelone et aux alentours. Des bandes organisées vendent des clés de logements vides aux familles vulnérables. À Mataró, Margarita Santos pensait se retrouver à la rue avec son bébé. Elle raconte au journal El Periódico qu’un homme lui a proposé les clés d’un appartement en échange de 400 euros. Désespérée, la femme accepte et y vit depuis quatre ans. Mais la banque BBVA vient de vendre l’appartement à une société, Margarita Santos se fera expulser fin avril. La commune abriterait 182 appartements vides et il y aurait entre deux et quatre expulsions par jour. Les mafias demandent jusqu’à 1.500 euros pour des clés selon la PAH.

La situation engendre d’autres problèmes. “Les personnes expulsées ont des soucis de santé, elles sont très angoissées, certaines finissent par se suicider. Il y a aussi les enfants qui sont contraints de vivre dans des foyers” raconte Santi Más de Xaxás.

L’essor des narco-appartements

Et Barcelone subit un autre phénomène: celui des narco-appartements. Leur présence en masse a été détectée fin 2016 dans le centre-ville et particulièrement dans le Raval. Dans ces logements squattés, les trafiquants vendent de la drogue ou s’en servent comme salles de shoot. Depuis leur apparition, les habitants se plaignent de vivre un enfer, en raison des allées et venues incessantes dans leur immeuble et de l’insécurité dans les rues. En octobre dernier, 700 policiers avaient été déployés dans Ciutat Vella dans le cadre de l’opération Bacar. Les agents avaient démantelé au total 26 appartements et arrêté 55 personnes.

Depuis avril 2014, 170 appartements, dont 104 dans le Raval, ont été fermés. En février dernier, 24 logements avaient été abandonnés par des trafiquants en raison de la présence de policiers. Selon le journal El País, les Mossos d’Esquadra affirmaient fin février que le phénomène était éradiqué. Toutefois, les habitants du Raval n’ont pas dit leur dernier mot. Ils affirment que le problème persiste et ont même comptabilisé 70 appartements occupés par des mafias. Pour éviter une nouvelle expansion, certains s’organisent. Rue Reina Amàlia, les voisins se relaient dans leur hall d’immeuble, pour éviter qu’un logement vide soit occupé par des trafiquants de drogue, un cauchemar qu’ils ont déjà vécu quelques années auparavant.

Face à ces nombreuses dérives, Santi Más de Xaxás voit qu’une solution: considérer le logement comme un bien de première nécessité et non comme un moyen de spéculation. A tout juste deux mois des élections municipales, aucune mesure d’urgence n’a été proposée par les candidats.

Recommandés pour vous

Accepter la politique de confidentialité. Accepter Lire plus

Normes légales