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Les livres et rendez-vous littéraires du mois de mai à Barcelone

Sur Equinox, nouvelle rubrique littéraire. Tous les mois, la librairie française Jaimes recommande trois livres, ainsi que des rendez-vous incontournables à Barcelone.

On trouvera bien encore quelqu’un qui ait en mémoire cette scène de 37.2º le matin où Béatrice Dalle balance par la fenêtre meubles et objets appartenant à Jean-Hugues Anglade, stoïque, lointain et accompagné d’un grand-père qui déclare savant, objectif et minimaliste « Ça va être zen chez toi ». Action, contemplation, grand-père en somme. Ce sont les thèmes du jour.

Les inéquitables, Philippe Djian

Philippe Djian, pour y revenir, se situerait plutôt dans l’action. Dans « Les inéquitables », Diana et Marc habitent ensemble. Marc est là pour protéger Diana dont le mari est mort un an auparavant, il était le frère de Marc. La plupart des sorties de ces deux-là « se terminent par des coups de poing dans la gueule. » Qu’on se le dise, cette famille reconstituée vit plutôt border line et « n’a pas le bouton stop ». Il faudra bien y rajouter le frère de Diana, pas plus rangé des voitures, le fils du maire, encore un cas celui-ci, et des sacs de drogue trouvés sur la plage, sans compter que l’état pour le moins fragile de Diana n’arrange rien. Et alors Marc doit faire avec tout ça, la protection c’est sa vocation qu’il le veuille ou non. Et il protège à plein tube, il corrige, il rectifie, il adapte, il efface au besoin et besoin il y a. Il a à peine vingt ans et il n’a fait qu’obéir à feu son grand-frère, le remplacer, il est devenu une fonction. Le beurre, l’argent du beurre ? Pas vraiment, sa place n’est pas là, sa fonction n’est pas celle-ci, c’est de ça qu’il s’agit.

« Les inéquitables ». Philippe Djian. Editions Gallimard.

Marcher jusqu’au soir, Lydie Salvayre

Lydie Salvayre, « Marcher jusqu’au soir », s’enferme une nuit entière au musée Picasso à la demande d’une amie éditrice. La contemplation donc, me direz-vous. Presque. Elle a horreur des musées Lydie Salvayre, on y entasse de œuvres, c’est très beau sans doute mais enfin il faut bien en sortir du fichu musée vers la mocheté du dehors, sans préparation, allez ouste. Argument insuffisant ? Bon d’accord, et les chiures ? Et oui les chiures il y en a plein les musées, on va quand même pas se faire les complices d’une poignée d’illuminés à moitié mafieux qui nous prennent pour des cons. Mais bon, elle n’a jamais vu « l’homme qui marche » de Giacometti, des reproductions oui, à la pelle. Mais l’authentique, le seul, le vrai, jamais.

Elle ira donc la passer sa nuit au musée Picasso. « En ouvrant ses yeux, Picasso nous oblige à notre tour à ouvrir les nôtres ». Les nôtres, je ne sais pas, mais les siens il me semble les avoir vus à ce moment où, un peu effrayée, elle s’enferme dans les toilettes comme elle le faisait, petite, pour fuir son père qu’elle nous raconte en quelques pages qui nous disent d’où elle vient et ce qu’elle est devenue. Elle se revisite elle-même en quelque sorte dans ce lieu qui porte tout ce qui l’a fait grandir. L’effroi, l’ennui, l’admiration, l’intimidation, c’est la nuit des synthèses, des yeux ouverts et de ce besoin de se rapprocher parfois de Bernard, l’homme de sa vie, joint par des coups de fil qui justement n’existe pas ou plus (le fil). Il ne reste (que) celui de l’amour qui les lie depuis trente ans mais qui « parfois faisait mal à leur chair et leur donnait l’envie de le trancher tout net ».

« Marcher jusqu’au soir », Lydie Salvayre. Éditions Stock.

Mon grand-père et moi à Barcelone, Kits Hilaire

« Mon grand-père et moi à Barcelone » de Kits Hilaire, porte un titre efficace conformément auquel Pépé s’installe à Barcelone, chez sa petite fille, Jo. Jo vit dans le Raval. Mal famé le Raval, sans doute mais Jo en a vu d’autres. Les dangers, elle les flaire, elle les voit venir, elle les anticipe, elle avise. Grand-père, qu’il est difficile de nommer vu qu’il a décidé de changer de nom en fonction des circonstances, en a, lui aussi, vu des vertes et des pas mûres, même dans sa cambrouse. Il compte bien profiter de ce séjour et ce Grand-père est un tel phénomène qu’on a envie de le suivre partout. Il va et vient donc, surtout vers la Barceloneta, il parle à qui il veut parler. Il n’en fait qu’à sa tête en somme et surtout il a autre chose à faire que de juger, il a tellement vu de gens laissés sur le côté, il passe là où vous et moi nous arrêterions probablement, allez savoir. Survient alors Toni, un petit caïd de la Barceloneta, 10 ans à peine. Ils n’ont rien en commun ? Peut-être bien, mais ils se sont trouvés.

« Mon grand-père et moi à Barcelone » de Kits Hilaire, Éditions Après La Lune.

Les rendez-vous littéraires

Présentation du livre de Jean-Pierre Marongiu « INQARCÉRÉ » à la librairie Jaimes le mercredi 15 mai à 19 h par Emmanuel Razavi, grand reporter. Ce dernier décrit ce livre comme « un récit de vie inouï qui s’inscrit dans la lignée de Midnight Express» . Mais au Qatar.

L’Institut Français de Barcelone reçoit Dominique Fernandez, de l’Académie Française, le mercredi 22 mai à 19h30 pour son livre Le peintre abandonné, dans le cadre du Festival Fire. Un moment singulier de la vie de Picasso, qui ne peint plus, qui erre, un moment seulement, duquel naît un « tableau sombre et inouï ».

Le coup de cœur de Jaimes :Les mafieuses . La mafia se féminise par héritage et alors que dans ses dernières volontés le parrain a décidé qu’on dessoudât son épouse. À Jaimes, on est intarissable sur ce livre. À tel point que, oui, Montse, je vais le lire.

Et toujours en tête de liste des meilleures ventes Jaimes: Sérotonine de Michel Houellebecq et le Prix Goncourt: Leurs enfants après eux de Nicolas Matthieu.

A ne pas rater: Exposition jusqu’au mercredi 22 mai d’aquarelles originales de Perico Pastor, illustrations du livre Histoires naturelles.