Ces Français de Barcelone qui manifesteront à la Diada

par Rédac Equinox Radio Barcelone

Comme chaque année le 11 septembre, pour la fête nationale catalane, un million de personnes descendent dans les rues de Barcelone pour demander l’indépendance de la Catalogne. Si les participants sont majoritairement catalans, plus singulièrement, des Français résidents à Barcelone se rendent également à la manifestation pour demander l’indépendance. Equinox a rencontré trois d’entre eux.

indépendance de la Catalogne

Toulousain, Didier Tournon, 50 ans est le créateur de la chaîne d’instituts de beauté “French Kiss“, il vit à Barcelone depuis dix ans. 

Pourquoi te rends-tu à la Diada en tant que Français ?

Vivant en Catalogne depuis environ 15 ans, j’ai toujours eu beaucoup de respect pour les Catalans, si différents des Espagnols, avec une culture, une identité et des traditions bien distinctes, une langue millénaire, des valeurs de tolérance, de respect et d’accueil qui me touchent beaucoup. J’ai donc appris le catalan et non pas le castillan, par respect pour les gens qui m’accueillaient, malgré les remarques de tous ceux qui pensent plus “rentable” d’apprendre l’espagnol, deuxième ou troisième langue mondiale. La notion de rentabilité dans ce cas précis m’importe peu. J’ai participé et je continuerai de participer à toutes les “Diada“, comme d’ailleurs à bon nombre de manifestations indépendantistes ou de soutien aux prisonniers politiques. C’est une “affaire d’honneur”, et bien davantage, parce que je considère que les Français sont attachés (ou devraient l’être) plus que d’autres, à la liberté, à la diversité, au respect et à la démocratie.

Pour moi, il est bien évident que l’Espagne ne fonctionne pas comme une démocratie: amnistie des crimes de la dictature, le dictateur enterré dans un monument à sa gloire, la fondation qui porte son nom et fait son apologie, des milliers de victimes qu’on n’a pas cru bon jusqu’à aujourd’hui d’identifier et de sortir des fosses communes. Mais aussi une justice à deux vitesses, zélée et particulièrement sévère pour certains, laxiste et particulièrement clémente pour d’autres. On peut réellement parler de persécution judiciaire systématique pour les indépendantistes. Sans oublier la presse espagnole, à l’évidence subjective et manipulatrice, à de très rares exceptions. Corruption, injustice, manipulations, populisme, tant que l’Espagne n’aura pas fait son travail de mémoire comme l’ont fait tous les autres pays après la dictature, elle ne sera pas une démocratie. Et elle n’est pas prête de le faire. Pour toutes ces raisons, je suis en faveur de l’indépendance de la Catalogne et j’irai à la Diada. Parce que je considère qu’il n’y a pas d’autre option que celle-ci.

Qu’attends-tu de la Diada de cette année ?

Je dirais que j’attends comme d’habitude, un référendum officiel sur l’indépendance, comme en Écosse ou au Québec, normal dans une démocratie, mais auquel l’Espagne se refuse obstinément. Mais aussi une protestation très forte pour les prisonniers politiques, particulièrement les deux Jordi, en prison préventive depuis deux ans, pour le simple fait d’être montés sur une voiture pour demander aux gens de se disperser ! Mais aussi, que les parlementaires catalans élus démocratiquement par des millions de citoyens puissent exercer leur mandat, ce qui jusqu’à aujourd’hui demeure impossible, en contradiction totale avec toutes les valeurs et règles démocratiques et sous des prétextes fallacieux. Mais encore parce que la Diada est chaque année une démonstration de citoyenneté, de respect et de pacifisme du peuple catalan, avec une incroyable participation d’un million de personnes et plus, pour un pays de sept millions d’habitants. Ce que la presse, y compris française, relève comme exceptionnel à Hong Kong, mais ne semble pas l’apercevoir curieusement pour la Catalogne.

Es-tu démotivé par les divisions indépendantistes politiques ?

Oui et non, je pense que le débat indépendance/non indépendance passe avant les divisions politiques droite/gauche. La société catalane, une fois indépendante, fera ses choix politiques, démocratiquement. Mais là aussi les politiques, comme ailleurs, ont parfois des préoccupations bien éloignées de leurs discours, et ne craignent pas de se contredire, chaque fois que nécessaire. Il faut donc les laisser à leur place et ne pas trop en attendre. Le peuple catalan doit prendre son avenir en main, ce qu’il semble faire, et la Diada en est une démonstration extraordinaire, même si certains pensent qu’il devrait se manifester de façon plus “ferme”.

indépendance catalane

Lyonnaise, Christelle d’Auvergne est traductrice et habite entre Lyon et Barcelone depuis 10 ans.

Pourquoi te rends-tu à la Diada en tant que Française ?

La Diada est la fête nationale des Catalans. Depuis 2010, cette journée s’est convertie en un symbole d’un mouvement pacifique et solidaire en faveur du droit à l’autodétermination et du dialogue avec le gouvernement espagnol.

Qu’attends-tu de la Diada de cette année ?

L’unité au-delà de tout discours politique clivant et futile. L’unité face à la répression dont est victime le mouvement indépendantiste depuis la judiciarisation du processus d’indépendance. L’unité pour dénoncer l’injustice de la détention provisoire depuis presque deux ans d’activistes et de dirigeants politiques pacifiques et démocrates. L’unité face à la violation des droits des électeurs et des élus, injustement privés du droit d’exercer leur mandat. L’unité pour porter haut la voix du mouvement indépendantiste dans le monde entier.

Es-tu démotivée par les divisions indépendantistes politiques ?

La politique ne m’intéresse pas. La défense des libertés et des droits fondamentaux exige moins de discours “creux” et plus d’engagement. Montesquieu a écrit: « Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous. » Cette phrase doit résonner dans l’esprit de tous. Nul ne saurait défendre les valeurs de l’Union européenne sans exiger le respect absolu de ses valeurs fondatrices qui nous engagent tous en tant que citoyens.

indépendance de la Catalogne

Marseillais, Patrick Vedel est journaliste et s’installe à Barcelone à la fin du mois. 

Pourquoi te rends-tu à la Diada en tant que Français ?

J’y vais parce que, bien qu’étant Marseillais sans aucune origine dans les Pays Catalans, je me sens pleinement Catalan. Je parle couramment la langue, j’écoute Catalunya Ràdio et je regarde TV3 tous les jours. Je milite au sein du parti indépendantiste ERC depuis novembre 2012. Je participe à la Diada depuis 2014 (sauf en 2015, je n’ai pu aller à Barcelone qu’au moment des élections du 27-S) et je m’installe à Barcelone d’ici fin septembre.

Qu’attends-tu de la Diada de cette année ?

J’attends une participation massive et une matérialisation de l’unité stratégique de l’indépendantisme.

Es-tu démotivé par les divisions indépendantistes politiques ?

Non, parce que l’indépendantisme catalan est très ample, divers et varié idéologiquement. Ce n’est pas la première fois que cela arrive. Il y a toujours eu une solution pour y remédier, pour ressouder l’unité indépendantiste. Ce ne sont pas quelques tensions ou autres difficultés dans un mouvement ample, divers et varié comme l’indépendantisme catalan, qui vont me démotiver.

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