Urgence climatique: Victoria, barcelonaise et éco-anxieuse

par Auriane Duroch
Femme restaurant

Victoria souffre d’angoisses lorsqu’elle pense au réchauffement climatique. On appelle cela l’éco-anxiété. Témoignage.

Réchauffement climatique, fonte des glaces ou encore pollution de l’air : autant de mots qui éveillent la conscience collective mais qui animent chez certains une anxiété incontrôlable. C’est le cas de Victoria, 34 ans, qui souffre d’éco-anxiété. Depuis un an et demi, la jeune femme d’origine catalane se rend une fois par semaine chez une psychologue pour tenter d’apaiser ses crises d’angoisses en lien avec l’urgence climatique.

Ne pas pouvoir changer les choses

Attablée dans un restaurant à proximité de la Barceloneta, Victoria opte naturellement pour un plat avec des légumes de saison en vérifiant soigneusement  qu’il n’y ait pas d’avocats dans son assiette, un des aliments les plus polluants au monde. Le sourire aux lèvres, elle est prête à se confier sur son anxiété liée au réchauffement climatique. Comme si le fait de se livrer lui permettait de prendre un peu de distance avec cette angoisse intériorisée qu’elle vit au quotidien.

La jeune femme a vécu dans de nombreux pays mais c’est en Espagne, sa terre natale, et plus particulièrement à Barcelone qu’elle a décidé de s’installer pour occuper le poste de ses rêves : designeuse. Ce choix cornélien n’a pas été facile : “Dans ma tête c’est un dilemme constant, il y a une opposition entre ce qui est bien pour ma vie professionnelle et ce qui l’est pour la planète. Je culpabilise énormément de faire un métier qui correspond à ma passion c’est-à-dire l’art mais qui ne répond pas aux idéaux écologiques que je défends. Je me dis que je n’en fais jamais assez pour la planète.”

Aussi loin qu’elle se souvienne, Victoria a toujours été préoccupée par le réchauffement climatique : ”je suis née comme ca” plaisante-t-elle. A 12 ans, alors que le sort de la planète n’était pas la préoccupation première de ses camarades de classe elle passe l’année à fabriquer des bracelets pour les vendre et pouvoir financer une action de recyclage du papier dans son collège.

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“Ma mère ne comprenait pas pourquoi j’étais obnubilée par le sujet. Elle trouvait ça pénible que je demande sans cesse d’où provenaient les produits. Je me souviens que lorsque j’étais en voyage en Australie elle m’avait envoyé une veste de la marque Mango et avait coupé l’étiquette pour que je ne puisse pas la retourner. Mais c’est impossible pour moi de porter ce genre d’articles au vue des conditions de fabrication” raconte la jeune femme.

En accord avec ses idées et pour réduire son anxiété, Victoria a adapté son mode de vie à ses convictions. Bien que férue de mode, elle a claqué la porte des enseignes de fast-fashion contre des marques locales et éthiques. Un comportement qui a parfois tendance à agacer son entourage et mettre en péril ses relations sociales.

femme, rue

Victoria a adapté sa vie à ses convictions

“C’est difficile de me faire comprendre, beaucoup considère que mon attitude est extrême. Je suis un peu la personne lourde qui demande d’où vient tel ou tel ingrédient lorsque je mange avec mes amis” rit nerveusement la jeune femme en tortillant une mèche de cheveux entre ses doigts .

Une incompréhension qui se ressent également dans sa vie de couple : “J’ai plusieurs expériences qui n’ont pas pu durer  à cause de mon anxiété et de mon obsession pour l’environnement. Je me souviens être allée au supermarché avec un de mes copains de l’époque et il a acheté plein de produits emballés dans du plastique. On en a discuté mais je n’ai pas pu continuer avec lui”.

Une angoisse à prendre au sérieux

En plus d’être un obstacle en société,  l’éco-anxiété peut véritablement miner le moral.  Mais faute de chiffres sur le sujet, difficile de savoir combien de personnes sont concernées par ce phénomène également appelé “dépression verte” ou encore “solastalgie” (contraction en anglais solace “réconfort”, et algie “douleur”). Cette anxiété n’est pour l’instant pas reconnue officiellement comme une maladie.

“Les personnes éco-anxieuses sont dans un contrôle permanent des situations. Elles sont très dures envers elles-mêmes et envers les autres. Elles ressentent beaucoup de frustrations et n’arrivent pas à prendre sur elles” explique Caroline Gourdier, psychologue française installée à Barcelone depuis plusieurs années.

En octobre 2018, un sondage de l’Ifop (Institut français d’opinion Publique) indiquait que 85 % des Français étaient inquiets du réchauffement climatique. Ce taux grimpait même à 93 % chez les 18-24 ans. Une proportion en hausse de 8 points par rapport à 2015.

“Il ne faut pas hésiter à aller voir un psychologue ou faire des exercices de relaxation. L’anxiété est à prendre au sérieux et peut avoir des répercussions plus graves comme la dépression” explique Caroline Gourdier.

Victoria pour sa part vit de mieux en mieux avec cette anxiété, qu’elle essaie d’apprivoiser : “ La société commence à prendre conscience de la crise écologique. Mon inquiétude est de moins en moins marginale et on commence à mieux me comprendre. Même si ce n’est pas tout à fait gagné ,je suis plutôt optimiste.”

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