A Barcelone, le danger invisible de la pollution sonore

par Leslie Singla
barcelone

Cette semaine, Barcelone a déclaré l’urgence climatique. Si la pollution de l’air est devenu un enjeu de taille, celle acoustique inquiète également les spécialistes en raison des conséquences néfastes sur la santé.

« Le bruit est une torture ». Àngels Córcoles Pàmies, psychothérapeute spécialisée dans le bien-être émotionnel à Barcelone, dresse un constat sans appel. Circulation, travaux, voisins, métro, avion, les nuisances sont partout. Dans la capitale catalane, plus de la moitié des habitants supportent une pollution sonore supérieure aux limites imposées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Selon l’annuaire de la pollution de l’association Contaminació Barcelona, 55% des Barcelonais vivent dans des zones où les niveaux de bruit dépassent les recommandations de l’OMS en journée et 57% la nuit. L’organisation recommande de ne pas être exposé à plus de 65 décibels le jour et 55 la nuit. Selon les limites fixées par la norme municipale, 34% des habitants supportent une pollution sonore supérieure de jour et 33% de nuit.

De multiples conséquences

Pour Àngels Córcoles Pàmies, les conséquences sont à la fois physiques et psychologiques. Être exposé à des niveaux de bruit trop élevés engendre une perte de l’audition en vieillissant, mais aussi de l’hypertension et d’autres maladies cardiovasculaires. « Le corps reçoit le bruit comme un danger » explique la professionnelle. Par exemple, la croissance des enfants risque d’être fortement perturbée « une surexposition sonore empêche un sommeil profond. Or c’est durant cette phase que l’hormone de croissance est sécrétée ». Les conséquences seraient également dramatiques chez la femme enceinte, avec le fœtus directement touché.

Côté psychologie, le bruit entraîne de la « paranoïa, de l’angoisse, une hausse de l’anxiété et des difficultés de concentration. Les sons élevés étant vus comme une menace, les personnes ressentent également une sensation de vulnérabilité importante. » La psychothérapeute précise que les habitants n’ont pas conscience que le bruit est la source de leurs problèmes. Les perturbations peuvent même aller plus loin « l’absence de calme empêche de faire une introspection. Sauf que nous en avons tous besoin pour penser et avancer dans la vie. Sans une introspection, on ne peut pas évoluer » ajoute la professionnelle.

Le bruit, un problème silencieux

À travers ces nouveaux chiffres publiés, Miquel Ortega écologiste et coordinateur de Contaminació Barcelona, espère alerter l’opinion publique. Conformément à la directive européenne 2002/49/CE, les villes doivent réaliser une carte du bruit, en actualisant les données tous les cinq ans. En indiquant une adresse, les internautes découvrent le nombre de décibels le matin, l’après-midi et le soir sur celle publiée par la mairie de Barcelone. Or, les chiffres remontent à 2012. La carte du bruit aurait du être approuvée à nouveau en 2017, mais l’actualisation n’a pas été effectuée.

À l’heure actuelle, aucune mesure concrète n’a été prise pour lutter contre les nuisances, bien que la municipalité a conscience du danger depuis au moins 2012. Pour notre psychothérapeute, les normes municipales s’avèrent trop laxistes. « Pour les changer, les habitants doivent sortir dans les rues. Mais en Espagne c’est mal vu de protester, les gens ont peur de le faire. Aujourd’hui la mairie prend des décisions en fonction des lobbies. Les Barcelonais doivent montrer qu’ils sont concernés par la pollution sonore ».


Lire aussi le reportage: A Barcelone, l’enfer c’est (le bruit) des autres


 

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