Puigdemont : son meeting à Perpignan agite les municipales

par Camelia Balistrou
independance de la Catalogne

À Perpignan, la venue de Carles Puigdemont prévue le 29 février donne l’opportunité à la Catalogne Nord de se faire entendre. Cependant, en pleines élections municipales, comment les candidats perçoivent-ils ce meeting ? 

« Je me sentirai à la maison, marchant sur les terres catalanes de la Catalogne Nord »  confiait Carles Puigdemont à la mi-janvier. Pour la première fois depuis la déclaration d’indépendance du 27 octobre 2017, l’ancien président catalan foulera le sol de la Catalogne historique.

Depuis le mandat d’arrêt international lancé à son encontre par le Tribunal suprême espagnol, Carles Puigdemont évitait de se rendre en France. Le risque d’arrestation était important. Désormais, son statut d’eurodéputé lui confère une immunité parlementaire. L’ex-président catalan en profite alors pour organiser un meeting à Perpignan, deux semaines seulement avant les municipales françaises. Entre 50.000 et 100.000 personnes sont attendues à cet événement.

Un meeting controversé

À l’aulne des élections de mars 2020, les candidats en lice pour le premier tour n’avaient pas prévu la venue de Carles Puigdemont en pleine campagne. Car la course à la mairie de Perpignan est très serrée. D’après le dernier sondage en date de l’Ifop, le candidat d’extrême droite, Louis Aliot, serait en tête au premier tour des élections. Le maire sortant ainsi que Romain Grau, candidat La République en Marche, suivent de près le représentant RN.

Louis Aliot et Jean-Marc Pujol

Louis Aliot, candidat Rassemblement National (à gauche) et Jean-Marc Pujol, maire sortant Les Républicains (à droite)

Les candidats appréhendent la venue de Carles Puigdemont. Pour Jean-Marc Pujol, le maire sortant de droite, l’ex-président catalan sera présent surtout en tant que député européen. « Il souhaite avant tout faire respecter son droit » analyse le maire de Perpignan.

Son principal opposant, Louis Aliot, candidat du Rassemblement National, déplore quant à lui le mauvais timing de ce meeting. « En pleine élection municipale, sa venue risque d’exacerber les tensions entre la France et les Catalans du Sud. »
« Sa venue est légitime, affirme Clotilde Ripoull, il jouit d’une immunité européenne pour mettre en lumière la difficulté que rencontre son mouvement ainsi que tous ceux qui soutiennent ses idées ».

Récupération politique en vue

La mairie a indiqué avoir autorisé la tenue du meeting. Une décision qui a évidemment fait réagir l’opposition. Pour Louis Aliot, Jean-Marc Pujol est en campagne électorale, et autoriser ce meeting serait une stratégie pour gagner des voix.

L’indépendantiste de La République en Marche et conseiller municipal, Brice Lafontaine, évoque également un « positionnement de façade » du maire sortant. Connu pour son soutien au gouvernement espagnol, Jean-Marc Pujol n’hésite plus, désormais, à arborer le ruban jaune indépendantiste. « Il a perdu le vote identitaire catalan local. Il essaie de le récupérer en autorisant ce rassemblement » commente Brice Lafontaine.

Néanmoins, malgré l’accord de la mairie perpignanaise, la tenue de ce meeting dépend principalement de la Préfecture. Elle représente le gouvernement français qui aura le dernier mot. Nicolas Caudeville, journaliste à Perpignan, redoute d’ailleurs une interdiction de ce rassemblement par la Préfecture.

Tous les partis politiques français présents? 

D’après Júlia Taurinyà, présidente du Conseil Pour la République, l’association s’attend à accueillir tous les représentants des partis politiques français, de la France Insoumise aux Républicains en passant par La République en Marche. Il y aura entre autres les forces indépendantistes, les élus soutenant les exilés catalans et les 86 maires des Pyrénées Orientales qui ont signé le manifeste pour la Catalogne. « Ici, explique Júlia Taurinyà, il y a un consensus important vis-à-vis de la position de Carles Puigdemont ».

Toutefois, les représentants des différents partis nuancent. À ce jour, le maire de Perpignan ainsi que Frédérique Lis, porte-parole de la République en Marche des Pyrénées Orientales, affirment ne pas avoir reçu d’invitation de l’entourage de Carles Puigdemont. Cependant, les deux partis n’excluent pas leur présence au rassemblement.

A contrario, le favori de l’élection, Louis Aliot, est ferme: « je ne viendrai pas au meeting. Beaucoup de Perpignanais ne souhaitent pas envenimer la situation en France ». Toujours d’après le candidat RN, « il y aura sans doute beaucoup plus de Catalans venus de Barcelone et de sa région que de Catalans français. »

Depuis Barcelone, ce rassemblement public est le premier grand événement de l’année politique 2020. Des élections sont également programmées avant l’été pour choisir le prochain président de la Catalogne. La venue de Carles Puigdemont fera donc office de premier meeting de campagne pour cette élection avec un objectif: que son parti indépendantiste garde le contrôle de la Catalogne.

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