La réunification des droites: une mauvaise nouvelle pour Madrid

par Nico Salvado

La nouvelle coalition électorale de droite condamne le gouvernement espagnol à une entente avec les indépendantistes catalans. Analyse et décryptage.

Historiquement la droite conservatrice, libérale et nationale a été représentée en Espagne par un seul parti. De la fin de la dictature en 1975 à 2015, les différentes familles cohabitent sous le toit de l’Alianza Popular puis du Partido Popular (PP). En 2015, premier claquement de porte: l’aile centriste libérale obtient de bons résultats avec le parti Ciutadans, né d’abord en Catalogne et implanté par la suite dans tout le pays. En 2018, le Partido Popular s’est retrouvé vidé de son bloc le plus droitier avec la percée de Vox. Le parti de la synthèse se retrouve pris en tenaille entre le centre et l’extrême droite.

D’aucuns prédisait la fin du Partido Popular. Il est cependant difficile d’abattre un parti systémique comme le PP et son implantation territoriale. Ciutadans l’a constaté en disparaissant quasiment de la carte électorale en novembre dernier. Le parti d’Inés Arrimadas est passé d’une soixantaine de députés à une dizaine. Unique option pour les centristes-libéraux: former une coalition avec le Partido Popular. Ça sera le cas lors des régionales du Pays Basque au printemps prochain. Et probablement la même formule pour le scrutin catalan de l’automne 2020. A Madrid et en Andalousie Ciutadans, toujours assis sur le siège du passager, permet au Partido Popular de diriger les régions. Le parti libéral-centriste n’a quasiment plus aucune autonomie. L’ancien Premier ministre conservateur José-María Aznar, matière grise de l’actuel président du PP Pablo Casado, plaide pour la réunification des droites. L’affaire avec Ciutadans semble pliée.

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Le logo officiel de la coalition electorale entre le Partido Popular et Ciutadans

Plan B

Une mauvaise nouvelle pour le gouvernement espagnol. La coalition socialiste/Podemos possède uniquement 155 députés, alors que la majorité se situe à 176 parlementaires. Dès lors, les progressistes madrilènes doivent faire une incursion en Catalogne pour s’assurer du soutien des députés indépendantistes offrant une fragile majorité. En pleine campagne électorale, la gauche indépendantiste catalane, alliée de fortune du gouvernement espagnol, peut tourner casaque, si la concurrence de Carles Puigdemont devient trop forte.

Le gouvernement n’a jamais vraiment fermé la porte au plan B, consistant en une alliance partielle avec Ciutadans en cas de plantage indépendantiste. Une option qui disparaît avec la quasi fusion de Ciutadans et du PP. Une offre politique droitisée par la compétition avec les ultras de Vox, qui n’ont pas d’autres choix qu’une opposition musclée face au gouvernement « socialo-communiste » comme l’appellent les dirigeants du PP. De fait, le gouvernement espagnol est condamné à s’entendre avec les indépendantistes catalans contre vents et marées.

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