La chronique littéraire d’avril: spécial confinement à Barcelone

par Christian Vigne

Tous les premiers mercredis du mois, la librairie française Jaimes à Barcelone nous recommande les lectures du moment.

LAO TSEU, LE CONFINEMENT ET MOI.

Chers amis, le confinement est un art improbable dans nos sociétés agitées.

Existe la possibilité de se centrer sur la pensée taoïste pour peu que, à un moment ou à un autre, on décide de renoncer à cet esprit occidental détestable selon lequel « il nous fait chier Lao Tseu avec sa sagesse à la mords-moi-le-nœud ». C’est un point de vue. Je l’ai partagé lors d’un diner avec deux amis, leurs enfants et leur chien. Je me trouvais dans ma cuisine à peaufiner un admirable tajine de lotte quand un des morpions me déclara tout de go que quant à lui il aurait préféré des frites alors que leur clébard montrait à l’endroit de mon toutou une hostilité rugissante totalement injustifiée vu que mon chien se fiche pas mal de cette saucisse sur patte. Quant au dernier enfant, il avait exigé de regarder des dessins animés dont le volume sonore m’obligeait à quasi hurler pour parler à ses parents, regrettant le temps béni de leur légèreté amoureuse, leur absence de descendance, leur amour de la nature.

C’est alors que je me suis dit « Mais comment qu’il fait Lao Tseu ? »

Je n’ai pas trouvé de réponse à cause de ma difficulté à l’imaginer dans sa cuisine à tirer sur un clope et à se siffler un verre de pif en jacquetant avec ses potes. Ce qu’on peut avoir comme a priori tout de même.

Je suis donc allé, dès le lendemain, chercher dans ma bibliothèque un ouvrage que m’avait offert un de mes amis lors d’un autre dîner où il m’avait abreuvé de son amour du silence après un voyage en Asie. Je n’avais pas pu en caser une et n’avais pu m’empêcher de penser que du silence il n’avait d’amour que du mien.

Ainsi donc, me doutant bien que ledit Lao Tseu avait un avis sur tout, il me fut assez facile de trouver cette pensée :

Sans sortir de la maison
On peut tout savoir dans le monde.

Sans regarder par la fenêtre
On peut connaître la voie (Tao) du Ciel.

Plus on va loin
Moins on connaît.

C’est pourquoi le Sage connaît sans sortir
Et comprend tout sans regarder.

Réussit sans engager d’action.

(chapitre 47)

J’ai bien vérifié que Lao Tseu n’ait pas eu accès à Internet à cause la première phrase et j’ai immédiatement confronté cette pensée à notre maxime occidentale selon laquelle « Et ta sœur, elle bat le beurre ? », mais cela m’a paru insuffisant.
« Un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche » m’est aussi passé par l’esprit, je l’avoue mais je l’ai immédiatement occulté à cause de son évident côté farce.

Or donc, le confinement n’est pas aisé, mais grossièrement, ça n’est pas mieux.

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