Dr Bosch : « On pourra partir en vacances en Espagne mais uniquement en voiture »

par Aurélie Chamerois
albert bosch

Albert Bosch est président de la Société Espagnole de Virologie et de l’International Society for Food and Environmental Virology. Entretien exclusif pour Equinox. 

Retrouverons-nous le monde tel que nous l’avons connu avant la pandémie ?

Probablement non, rien ne sera plus pareil. Cela fait 40 ans que je travaille sur les virus, et j’ai toujours cru que nous allions vivre une pandémie. Mais je ne m’attendais pas quelque chose d’aussi gros, d’aussi fort, de cette magnitude.

Comment devrait se passer le déconfinement ?

Personne n’a de baguette magique pour gérer le déconfinement. Ça serait terrible de revivre une rechute ou une seconde vague. C’est pour cela qu’il faut déconfiner de manière sérieuse et de façon graduelle. C’est logique que les enfants sortent en premier, mais ils représentent un grand risque pour les autres. Ils sont vecteurs du Covid19, n’ont souvent pas de symptômes mais peuvent contaminer un voisin ou un membre de leur famille. Par ailleurs, après des semaines de confinement, je ne sais pas si permettre aux enfant d’aller dans les supermarchés soit la meilleure des options.

Comment imaginer le déconfinement si on doit garder masque et gants dans les bars ou restaurants ? 

Je ne vois pas les gens aller manger au restaurant ou prendre un verre dans un bar avec un masque ou des gants. Le plus important sera donc de respecter les distances de sécurité qui sont de deux mètres entre les tables. Par exemple dans les restaurants, il vaudra mieux aller chercher son assiette derrière un espace sécurisé que d’avoir un serveur qui s’approche des tables. On devrait également ne plus permettre les buffets de libre service qui posent des problèmes. Les bars et les restaurants vont rouvrir mais la façon dont ils rouvriront reste à ce jour une inconnue totale, ça ne pourra être en aucun cas de la même manière qu’avant la quarantaine. On va devoir réinventer les choses.

Les mêmes problématiques vont se poser partout. Comment faire par exemple pour essayer des vêtements en boutiques ?

Nous allons devoir changer nos habitudes. Les gens, je pense, n’auront plus envie de se serrer la main pour se saluer par exemple. Ça va prendre du temps pour que les personnes retrouvent leurs habitudes et leurs envies d’avant la crise. La vie sera très distincte d’avant la pandémie.

Pourra-t-on partir en vacances cet été ?

Si l’on voyage en voiture, je dirais que oui il sera possible de se déplacer. Il faut éviter les transports collectifs comme le train ou l’avion. Ce qui va provoquer un grave préjudice économique. Personne aujourd’hui ne veut se risquer à réserver des hôtels ou organiser ses vacances car l’on ne peut pas garantir qu’il n’y aura pas des interdictions légales, comme par exemple la fermeture de la frontière.

Pourra-t-on aller à la plage ?

Je pense qu’a partir de juin, un semblant de vie normale pourrait avoir lieu car avec la chaleur le virus pourrait perdre de sa force. Encore plus sur une plage où les rayons du soleil pourraient fragiliser le Covid19. Mais le système dans son ensemble est tellement déstabilisé qu’il est difficile de dire si les mois de juillet et d’août, les secteurs touristiques et d’autres éléments de la société pourront tourner normalement. En tous cas, les moyens de transports doivent être le moins possible collectifs. Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir des agglomérations de voyageurs dans les gares de Sants à Barcelone ou d’Atocha à Madrid. A partir de juin, le problème de circulation du virus peut être résolu, mais uniquement pour la saison. Le risque de rechute en automne est très élevé.

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