Piéton à Barcelone : la cinquième roue du carrosse

par Colombe Freynet

Traverser la rue ou s’y balader à pied sont parfois synonymes à Barcelone de tous les dangers. Entre les croisements aux véhicules dangereux, les pistes cyclables hasardeuses et la pollution sonore, les habitants se plaignent des risques qu’encourent le simple fait d’être piéton dans la capitale catalane. 

Treize conducteurs de moto, six piétons, un cycliste morts, et 200 blessés graves en 2019. Ce sont les chiffres des victimes d’accidents de la route à Barcelone.  La Guàrdia Urbana, la police municipale de Barcelone, a recensé les secteurs où la concentration d’accidents est la plus forte, la plupart se trouvant dans l’Eixample.

« Le croisement de la mort »

C’est dans ces carrefours où se croisent des axes particulièrement encombrés qu’ont lieu les collisions impliquant des piétons.  De nombreux habitants se plaignent de devoir arrêter les voitures en levant la main alors qu’ils sont sur le point d’être écrasés. C’est que dénonce l’association Prou de Transit dans cette vidéo préoccupante tournée à l’intersection de la rue Aragó avec Independència, rebaptisée le « croisement de la mort » par les habitants du quartier d’El Clot.

« Nous exigeons que le feu passe au rouge quand il est vert pour les piétons, et non au feu clignotant » . Des « intimidations » de la part des voitures qui se terminent parfois en fauchages, klaxons ou coup de freins brutaux pour des piétons aperçus trop tard. « Ils devraient carrément éliminer les passages piétons de Barcelone et assumer qu’on est une ville envahie de voitures » s’agace Guillem Lopez, porte-parole d’Eixample Respira. L’association lutte sans relâche pour l’élimination des voitures sur les grandes artères de Barcelone, comme la rue Aragó ou la Gran via, de véritables « autoroutes urbaines ». Les intersections avec le plus d’accidents sont celles entre l’Avenue Diagonal et Numancia (21 accidents en 2018) ; suivi de Diagonal et Passeig de Gràcia (20), puis le croisement de la Gran Via et la calle Gérone (17).

« Pour résoudre ce problème, abaisser la vitesse des grands axes à 30km/h, c’est bien, mais avec les sanctions qui vont avec, c’est mieux, personne ne respecte cette limitation » poursuit Lopez. Au début du déconfinement, la mairie avait effectivement revu son plan de circulation au sein de la ville. En élargissant les zones piétonnes, en coupant certains axes de circulation le week-end et en abaissant la vitesse de circulation à 30km/h, les mesures ont permis aux passants d’appréhender les rues avec plus de sérénité. En effet, les risques qu’un piéton meure dans une collision à 30 km/h sont cinq fois moindres qu’à 50 km/h, et assure la survie dans la grande majorité des cas.

La course aux obstacles et aux priorités

Les trottinettes et motos garées sur les trottoirs restent des obstacles pour les piétons, auxquels s’ajoutent les pistes cyclables placées devant les trottoirs qui gênent les passants. On se souvient aussi de l’accident très médiatisé de Muriel Casals, l’indépendantiste catalane, qui, en 2016, s’était faite fauchée par un cycliste à l’angle de la rue Provença et Urgell. En effet, l’utilisation des pistes cyclables, bien nombreuses soient-elles dans le quartier quadrillé de l’Eixample, sont conflictuelles. Elles doivent parfois être partagées entre piétons, cyclistes, livreurs et motards sur une même voie. Sans oublier les trottinettes qui doivent circuler « en donnant toujours la priorité aux piétons ».

barcelone rue pieton danger

Piste cyclable dans la rue de Valencia

Aux accidents de la route dans l’espace public s’est aussi ajouté le fléau de la pollution sonore qui atteint souvent des limites intolérables pour les piétons et habitants des rues très passantes (jusqu’à 65 décibels dans certaines rues de l’Eixample, alors que l’OMS recommande de ne pas dépasser les 55 décibels de jour).

Manifestations pro-piétons

Pour lutter contre les désagréments causés par les voitures, qu’ils soient sonores, accidentels, ou atmosphériques, les associations barcelonaises de défense de l’environnement ont donc lancé l’initiative «Confinons les voitures, récupérons la ville»

Le mouvement #recuperemlaciutat manifestera à Barcelone et en Catalogne ce jeudi 11 juin. Objectif: rendre la ville aux piétons et cyclistes, laisser la voiture au parking et privilégier des modes de transport plus durables. Le bon moment sans doute pour prendre de bonnes habitudes puisque suite au confinement, l’Espagne n’a pour l’instant récupéré que 70% de son trafic routier habituel.

Barcelone deconfinement

Pancartes « dehors les voitures » sur les immeubles de la Carrer de Independència, à El Clot ©Jordi Subirana

 

 

Recommandés pour vous

Accepter la politique de confidentialité. Accepter Lire plus

Normes légales