Coronavirus Barcelone: « Voyager en Espagne n’est pas si dangereux »

Par Camélia Balistrou
Coronavirus Barcelone

Coronavirus Barcelone. Voyager en Espagne, est-ce vraiment prendre un risque ? Magda Campins Martí, épidémiologiste à l’hôpital de Vall d’Hebron de Barcelone répond à nos questions.

Est-ce vraiment dangereux de voyager en Espagne ?

Le taux d’incidence en Espagne est certes légèrement supérieur à celui de d’autres pays européens, comme la France, mais le risque d’être contaminé dépend de la zone et de ses mesures de protection. Le comportement du voyageur est aussi déterminant. S’il porte un masque, s’il évite les lieux trop bondés et s’il respecte les distances de sécurité, le risque restera minime. Donc, l’Espagne n’est pas un lieu si dangereux que ça. Il suffit de suivre les mesures préventives énoncées pour contenir la propagation du virus.

Pourquoi y-a-t-il beaucoup de personnes infectées par le Covid-19 en Catalogne ?

En Catalogne, il y a deux facteurs importants. D’abord, Lérida, la zone la plus infectée est une zone où en été on effectue de nombreuses récoltes de fruits. Beaucoup d’étrangers viennent alors pour travailler. Bien souvent, ces personnes ne vivent pas dans des conditions adéquates pour éviter la transmission du virus. C’est pour cela qu’il y a eu une recrudescence importante de cas, qui a exigé des mesures de confinement et des restrictions importantes.

Néanmoins, dans le reste de l’Espagne, le problème est différent. La population s’est tout simplement relâchée après le confinement qui a été très dur chez nous. Les rassemblements de personnes et l’oubli des gestes barrières se sont multipliés. Cela a malheureusement permis au virus de circuler fortement.

De plus, d’un point de vue de santé publique, nous n’avions pas la capacité d’entreprendre un suivi poussé, de pister les gens contaminés. Donc les chaînes de transmission ont augmenté de façon exponentielle et ont engendré une hausse des cas. Mais, heureusement, nous observons ces dernières semaines, une stabilisation du taux d’incidence.

Pouvez-vous expliquer la notion de « taux de reproduction » ?

C’est le nombre de personnes infectées à partir d’un cas unique. Une maladie très transmissible comme par exemple la rougeole, c’est une maladie où un cas peut contaminer jusqu’à 18 personnes de plus. Dans le cas du Covid-19, le taux de reproduction, lors du pic pandémique, a atteint 4, c’est-à-dire, 1 cas contamine 4 personnes.

En ce moment, le taux de reproduction est en-dessous de 1 (0,93%). Cela indique qu’un cas ne contamine qu’une seule personne. Le taux idéal doit être justement inférieur à 1, donc à ce jour, la pandémie est sous contrôle.

Comment compte-t-on le nombre de cas ?

On compte tous les cas confirmés par le test PCR. Par exemple, depuis une semaine en Catalogne, nous sommes en train de tester massivement la population vivant dans des zones où l’on pense que des chaînes de transmission existent.

Actuellement, nous avons détecté des personnes asymptomatiques. 50 % des cas positifs sont des personnes infectées mais ne présentent aucun symptôme. Donc, logiquement, l’incidence semble augmenter parce qu’avant, il n’y avait pas autant de tests et que l’on comptabilisait uniquement les gens qui avaient des symptômes.

Comment voyez-vous l’évolution de l’épidémie en Catalogne ?

Personnellement, je vois que la population est beaucoup plus consciente du risque de la maladie. Et maintenant, d’un point de vue de santé publique, nous avons beaucoup plus la capacité de contrôler la pandémie. On fait déjà des tests massifs. Donc cela implique un bon contrôle de la crise.

Mais en septembre-octobre, quand les autres virus commenceront à circuler comme le virus respiratoire syncytial ou la grippe, la situation risque d’être plus compliquée. La circulation de nombreux virus différents peut entraîner une confusion car les symptômes qu’a une personne infectée par ces virus sont très similaires à ceux du Covid-19. Et d’un point de vue clinique, le défi sera grand.

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