Pedro Sanchez au chevet de la monarchie espagnole

par Nico Salvado

Le régime actuel de l’Espagne, la monarchie parlementaire, est en danger. Le Premier ministre Pedro Sanchez demande à la Maison royale d’initier une urgente réforme pour ne pas sombrer dans une crise institutionnelle dont les conséquences pourraient être lourdes. 


Les socialistes espagnols ont un cœur partagé. La membrane gauche émet un battement républicain, tandis que la droite apporte une contraction monarchique. Pedro Sanchez, le Premier ministre équilibriste, doit arbitrer le tout. Si l’on ajoute que les républicains de Podemos font partie de la coalition gouvernementale et que la monarchie traverse un désert sous le soleil de la corruption, l’équation est complexe.

Le roi est nu

Sans véritable colonne idéologique, gouvernant selon l’humeur de la société, Pedro Sanchez est capable de tout, même de remettre en cause le régime monarchique, s’inquiète la Maison royale.

Les proches du Roi craignent en premier lieu de la gauche radicale de Podemos au pouvoir. Pour la première fois depuis 1978, un ministre, de surcroît vice-président du gouvernement, questionne publiquement la légitimité du régime. Pablo Iglesias dispose d’un nombre important de munitions : l’affaire sismique de corruption du roi émérite Juan-Carlos ayant fui le pays pour échapper au fisc et à la justice. Ensuite, l’extrême-droite qui se masse autour du souverain pour le défendre.

Vox depuis les travées du parlement et des militaires franquistes à la retraite depuis les médias. On notera au passage que l’extrême-droite espagnole est la seule en Europe à défendre la Constitution de son pays. Les autres mouvements de la droite ultra prônent en général un changement de régime. A titre d’exemple, en 1995 Jean-Marie Le Pen proposait lors de sa campagne présidentielle le passage à une sixième République. Un concept repris lors du congrès suivant du Front national en 1998.

Vox

Les républicains en ont fait un argument : si Vox soutient la monarchie, c’est bien la preuve que ce régime instauré par Franco est intrinsèquement fascisant. Une théorie certes discutable mais reprise par les régionalistes basques et les  indépendantistes catalans. Un bloc d’une trentaine de députés qui sont indispensables à Pedro Sanchez pour garantir son instable majorité parlementaire.

La République espagnole d’abord, la catalane ensuite

C’est ici la seconde crainte de la Maison royale : l’influence des « nationalismes périphériques » souhaitant liquider le régime de 1978. Certaines voix de la gauche indépendantiste, en privé, expliquent cette théorie : si il n’a pas été possible en Catalogne d’imposer une République catalane en 2017, il faut tenter de faire basculer l’Espagne vers un régime républicain. Nouvelle porte d’accès à l’indépendance de la Catalogne.

La monarchie doit se sauver elle-même

Pedro Sanchez n’est pas, pour le moment, favorable à un changement de régime. Le Premier ministre manœuvre pour que la Maison royale entreprenne un certain nombre de changements pour se sauver elle-même.


En premier lieu, il conviendrait que l’émérite Juan Carlos rembourse les 60 millions d’euros qu’il doit au fisc. Ce qui éviterait un insolite et singulier procès judiciaire avec l’ancien monarque sur le banc des accusés. Une position qui mettrait en porte-à-faux le très modéré ministre de la Justice.

Pedro Sánchez

Deuxièmement, le gouvernement souhaite que Felipe VI en sa qualité de chef de l’État propose une réforme du décret législatif qui régit le fonctionnement quotidien financier du roi, de sa famille et de ses moyens d’existence. Une réforme qui doit être consensuelle et satisfaire à la fois le gouvernement et le principal parti d’opposition, la droite du Partido Popular, soutien sans faille du Roi. Pour le moment, à la Moncloa on s’inquiète de l’immobilisme, pour ne pas dire de l’opposition, de Felipe VI. Le gouvernement verrait dans le traditionnel discours télévisé du Roi, le 24 décembre, un excellent moment pour annoncer cette réforme.

Dans le cas contraire, le gouvernement est très inquiet de l’aggravation de cette crise institutionnelle (conjuguée aux crises sanitaires, économiques et sociales) qui pourrait déboucher sur un scénario inédit renforçant les extrêmes.



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