Grégoire Polet : « J’adore la poésie catalane, elle est chantante »

Par Nico Salvado
Grégoire polet

Grégoire Polet sort son nouvel ouvrage « Soucoupes Volantes » chez Gallimard. À l’occasion de la Sant Jordi de Barcelone, l’auteur belge répond à nos questions.

Vous avez vécu un temps à Barcelone, vous en avez même fait un roman, Barcelona ! , pourquoi en être parti ?

Après huit années passés dans le quartier de l’Eixample, des raisons familiales et mon envie de voyager ont fait que je devais bouger.

Est-ce que Barcelone vous manque ?

Bien sûr, d’autant plus que depuis la crise du Covid-19, je ne peux plus venir.

Que vous a apporté Barcelone dans votre parcours d’écrivain ?

C’est une ville où l’on rencontre beaucoup de créateurs. Il y a des créateurs partout, sur le palier de l’immeuble, au coin de la rue, parmi les parents d’élèves. A Barcelone, entreprendre semble très naturel. Quand on démarre un projet, on trouve toujours des soutiens, tout le monde est positif. À Barcelone, on ne dit jamais « il ne faut pas rêver, ça ne va pas marcher ».

Y aura-t-il un autre roman dédié à Barcelone ?

Oui, car mes livres sont connectés. Barcelona ! n’est pas directement la suite de mon livre Chucho, mais l’histoire se passait déjà dans la capitale catalane. Chucho est une petite histoire de trois personnages et Barcelona ! un long roman avec cinquante personnages. Mais on découvre la vie des premiers personnages de Chucho six ans plus tard. Et j’ai dans ma tête la suite de l’histoire du roman Barcelona! . Je prévois de la publier dans le futur.

C’est la Sant Jordi aujourd’hui, qu’évoque cette fête pour vous ?

C’est une ambiance incroyable, une tradition touchante. Partout dans le monde, les fêtes du livre sont confinées dans un endroit clos, comme par exemple le Palais des Expos de Paris, et le reste de la ville est indifférent à l’événement. Au contraire, à Barcelone le livre est dans la rue et la ville devient une librairie.

Quels sont vos auteurs catalans ou espagnols préférés ?

Albert Mestres est devenu un ami, c’est d’ailleurs lui qui m’a appris le catalan. Je recommande Breu tractat sobre la mort i la bellesa (bref traité sur la mort et la beauté). Mestres est un grand poète. Tout comme Antonina Canyelles que j’ai rencontré. Une grande auteure d’une poésie intense, transparente. Mais aussi une grande dame possédant un humour cynique et un regard en lame de couteau que rien n’impressionne. J’adore la poésie catalane, car la langue est chantante. Cinq lignes de poésie catalane peuvent nous accompagner toute une vie.

Votre dernier ouvrage est un recueil de nouvelles. Le format de nouvelle permet-il davantage de créativité, de fantaisie, voire de folie, que le roman, comme on en a l’impression dans les Soucoupes Volantes ?

En effet, le format court, c’est un grand galop, on fonce, on ne garde que les pépites. Il y a beaucoup de nettoyage (rires).

Beaucoup ont trouvé que Soucoupes Volantes était un livre grinçant, personnellement je le trouve plutôt ironique, mais ça dépend comme on le lit. Il y a toujours une dimension réjouissante même dans le grinçant.

Dernière question, celle du journaliste qui couvre le temps court à l’écrivain qui décrit son époque sur le temps long : quel regard portez-vous sur nos sociétés européennes passées par la crise du Covid ?

Ma vision du monde n’a pas changé sur l’essentiel, nos sociétés sont confrontés à l’ennui. La société est dans l’angoisse de l’ennui, elle se divertit avec des âneries ou s’obsède avec sa sécurité.

Quand on a 18 ans, on s’amuse sans limite, on prend des risques. Quand on prend de l’âge, on a de l’argent en banque, on s’assure, on met des clôtures, des portes blindées et au final la paix et prospérité génèrent l’ennui. Cet ennui est l’ennemi invisible qui pourrit la société de l’intérieur. Face à la pandémie, nous voyons la réaction de sociétés gangrenées par l’ennui et la peur de perdre.

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