Complotisme, Edgar Morin et roman noir : la chronique littéraire de juillet

Par Christian Vigne

Photos : Josep Miron

Tous les mois, la librairie française Jaimes nous recommande les dernières nouveautés, sous la plume du libraire Christian Vigne.

La revue ZADIG s’intéresse dans son numéro 10 aux théories du complot qui semblent fleurir dans notre monde contemporain comme le chiendent se propagerait partout où le vide de la nature lui permettrait une expansion. Le point commun de ces deux catégories serait justement ce vide dont naîtraient la colère et l’indignation, engendrant la nécessité de la réparation. S’ouvriraient alors les portes les plus invraisemblables dont les poignées seraient tenues par les groupes les plus radicaux manipulant l’opinion publique. Le dossier ouvert par Gérald Bronner, sociologue, passe en revue l’histoire du phénomène, des chasses aux sorcières du XVIème siècle à l’affaire Dreyfus en arrivant aux récents refus de la vaccination. Il s’intéresse aussi aux catégories plus ou moins susceptibles de foncer tête baissée dans les croyances les plus complotistes.

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Autre phénomène du genre, « Enquête sur un virus » de Philippe AIMAR aux éditions Le jardin des livres. Un thriller ce livre. Il paraît qu’on va (enfin) y découvrir d’où est sorti le virus, ce qui va nous faire une belle jambe, encore embellie par la description de « toute la mise en scène » mise en place pour enfermer des millions de personnes chez elles pendant des mois. Pour les amateurs.

Edgar Morin a 100 ans et nous propose « Leçons d’un siècle de vie » aux éditions Denoël. La tentation est grande de le considérer comme un vieillard débonnaire, bon pied bon œil. Seulement Edgar Morin ne regarde pas les évènements de notre siècle exactement comme tout le monde. Être né en 1921, avoir traversé les événements qui ont fait de ce XXème siècle un des plus guerriers et des plus sanglants de l’Histoire pourrait presque suffire à donner un intérêt à ce livre. Mais, et par exemple, il avait 17 ans lors de la nuit de cristal en 1938, a dû endurer la montée fulgurante de l’antisémitisme, est entré en résistance et n’a pris conscience de sa circoncision qu’en ayant recours aux services d’un prostituée sous l’occupation, le conduisant à la question permanente et persistante de l’identité. La sienne « une et multiple », est questionnée dans le premier chapitre et la tentative de réponse nous fait rapidement entrer dans cette dimension que seul peut proposer un intellectuel illustrant le propos d’Alain selon lequel « Penser, c’est dire non ».

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« Bonne nuit maman », cette phrase si douce est devenue le titre d’un des thrillers les plus noirs qu’il m’ait été donné de lire. Seon-geyong est sollicitée par l’auteur des meurtres de treize femmes, pas question qu’il parle à quelqu’un d’autre, c’est elle qu’il veut. Sans doute, et croit-on, à cause de sa qualité plus que reconnue de professeure de criminologie. Ce qui pourrait bien entendu constituer une raison suffisante … si dans le même temps le mari de la criminologue en question n’avait pas été contraint de recueillir au domicile conjugal la fille d’un précédent mariage. Or la gamine, qui passe son temps à serrer son nounours en peluche contre elle ne se défait évidemment pas du décès de sa mère et de ses grands-parents. À bien y regarder, du reste, ces morts-là sont tout ce qu’on voudra sauf naturelles.

Nadège animera le club de lecture « JAIME LE NOIR » autour de ce livre le 22 juillet à 19 heures.

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