Bicitaxis à Barcelone : misère et controverses

Par Camélia Balistrou
Publié le Mis à jour le
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Aux abords des plages barcelonaises, difficile de ne pas croiser le chemin de bicitaxis, ces vélos aux allures de tuk-tuk. Ils arpentent les rues à l’affût de touristes à balader. Cependant, leur présence est sujette à controverses. De nouvelles mesures municipales encadrent davantage cette profession. Comment les employés le vivent-ils ? 

“Les réglementations sont très restrictives, cela ne facilite pas notre travail” déplore Qamar, 27 ans. Originaire du Pakistan, le jeune homme vit à Barcelone depuis 3 ans. Il a enchaîné les petits boulots jusqu’à décrocher un contrat à temps partiel en tant que “cycliste” le 27 juillet dernier.

Actuellement, la ville de Barcelone recense 421 bicitaxis enregistrés et 55 autres en cours d’enregistrement. Toutefois, la mairie estime qu’au moins 2.000 bicitaxis circulent dans les rues. Ada Colau reconnaissait même, en 2019, que leur présence ne cessait de croître. Pour exercer cette profession, les conducteurs doivent, en plus de leur contrat de travail, souscrire à une assurance et posséder un véhicule immatriculé. À chaque contrôle, la police municipale vérifie l’intégralité des documents.

Fin juillet, un total de 2.000 signalements à l’encontre des bicitaxis a été déposé par la Guardia Urbana, les plaçant alors à la première place des délits liés à la circulation de véhicules de plus de deux-roues. La principale cause des signalements, une circulation en dehors de leurs zones réservées.

Zone d’activité définie

Depuis un arrêté municipal de 2016, certaines zones où circulent régulièrement les vélos, les scooters et tous les véhicules dits “à usage personnel“, ont un accès réglementé l’été. Cette mesure vise à désengorger la Ciutat Vella et Sant Martí. Ainsi, les bicitaxis peuvent circuler seulement sur l’axe nord-sud de la ville, depuis la place Portal de la Pau, la promenade Colón, la promenade Isabel II, l’avenue Marquès de l’Argentera, la promenade Circumval.lació, et sur l’axe est-ouest qui regroupe la promenade Picasso, la promenade Lluís Companys et la promenade Pujades jusqu’à l’avenue Meridiana.

“La volonté municipale vise à ordonner et à règlementer la circulation de ce type de véhicule” explique la mairie dans un communiqué. “Nous souhaitons protéger les piétons ainsi que réguler et faciliter le partage de l’espace public.” Pour cela, Barcelone et la Guàrdia Urbana ont intensifié depuis juin dernier les contrôles de ces véhicules. Le week-end dernier, 193 sanctions ont été infligées rapporte la chaîne de télévision locale Beteve. Avec tous ces contrôles, comment les conducteurs organisent-ils leur travail ?

Contrôles à répétition et manque de touristes

“Dans la semaine, j’ai dû me faire contrôler 5 fois” estime Muhammad, conducteur autónomo depuis 4 ans. “Comme, j’ai tous les documents nécessaires, ça ne dure pas trop longtemps, mais j’ai vraiment cette sensation qu’on est mal vus. On essaie juste de travailler” s’indigne-t-il. Toute la semaine, le trentenaire sillonne les rues de la ville, dans l’espoir d’éveiller la curiosité des passants.

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Enceintes diffusant les musiques du moment, grand sourire, et phrases d’approche en français ou en anglais, les méthodes des conducteurs sont bien huilées pour attirer le peu de touristes présents. “Avec la pandémie et le manque de touristes, c’est compliqué de gagner de l’argent” raconte Qamar “dans la semaine, je gagne environ une centaine d’euros”. Par chance, son contrat à temps partiel lui permet de cumuler un second emploi en tant que vendeur de fruits sur les plages de la ville.

Pour Muhammad, les recettes s’amenuisent aussi, malgré son temps plein et son expérience. “Par rapport à 2019, il n’y a pas photo, le manque de touristes nous tue vraiment, mais en parallèle, il y a de plus en plus de bicitaxis, qui pour beaucoup ne travaillent pas légalement” constate-t-il, “si cette tendance se poursuit, il sera difficile de continuer.”

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