Les Barcelonais à cran face au tourisme low-cost

Par Camélia Balistrou
Commerces de Barcelone

La crise sanitaire a entraîné une baisse des prix des logements touristiques et a amplifié le tourisme low-cost à Barcelone. Les comportements déplacés de ces vacanciers est source de tensions dans plusieurs quartiers de la ville. Reportage. 

“Cet été, les vacanciers présents à Barcelone sont beaucoup plus irrespectueux” s’indigne Mikel Uriondo, habitant du Gòtic et membre l’association de quartier Xarva Veïnal Gòtic. Et pour cause, dans les rues de la ville, il est malheureusement fréquent d’observer des touristes rouler à toute allure sur des trottinettes électriques, s’égosiller dans les rues, jeter leur mégot de cigarettes ou leur bouteille par terre. “Il y a peu, se remémore Mikel, j’ai aperçu un groupe de jeunes touristes uriner sur la façade d’un bâtiment. Se comportent-ils ainsi dans leur ville ?” s’interroge-t-il.

Ce genre de scènes se répète, et l’impuissance des habitants des quartiers se fait grande. “Quand on assiste à ces incivilités, on fulmine, mais on ne peut rien dire car ces touristes sont très agressifs. À la moindre remarque, ils s’en prennent à nous verbalement, et parfois même physiquement” raconte Sebas Huguet, habitant de la Barceloneta.

Manque de moyens policiers

Face à ces nuisances, certaines associations de quartier comptent sur les dispositifs policiers. “Malgré la présence des forces de l’ordre, les actes des touristes sont difficilement condamnables, explique Mikel, soit il est très compliqué de retrouver les individus, soit la police met du temps à rejoindre les lieux de saccage.”

Eugenio Zambrano, porte-parole du syndicat de la Guardia Urbana (CSIF), explique que le manque de moyens policiers rend plus complexe le contrôle et la gestion de ces zones. Aussi, le manque de sanctions renforce le sentiment de “toute puissance” des touristes : “Il se croient tout permis, ils viennent ici pour se divertir et n’ont aucun empathie vis-à-vis des voisins du quartier où ils séjournent”, analyse Eugenio Zambrano. De tels comportements risquent, a fortiori, de faire fuir l’un des tourismes les plus lucratifs de Barcelone, le tourisme familiale. Nombreux commerces de quartier redoutent une désertion des familles au profit de visiteurs attirés par les séjours à bas coût de Barcelone.

Les commerçants en colère

Ce type de tourisme ne fait pas les affaires des commerçants des quartiers touristiques. “La plupart des voyageurs font leurs courses dans de petites supérettes” déplore Juan Carlos Arriaga, membre de l’association des commerçants du Born. Ils délaissent les restaurants et participent, pour la majorité, aux bottellones. “Cette image de Barcelone circule partout sur internet, cela fait fuir le tourisme familiale qui fait davantage tourner l’économie des commerces de quartier” s’insurge Juan Carlos.

tourisme low-costC’est ainsi que les boutiques indépendantes et d’épicerie fine ferment et sont remplacées par d’autres vendant des produits à bas prix comme des casquettes, des tee-shirts à l’effigie de Barcelone, ou encore des lunettes. L’offre s’adapte à la demande, au détriment des établissements locaux. Par exemple, dans le Born, un tiers des magasins a fermé, “soit une moyenne de 90” explique le représentant de l’association de quartier.

Le tourisme low-cost, bête noire des hôtels

Manel Casals, directeur du Gremi d’Hotels, affirme que ces visiteurs ont toujours été présents à Barcelone, mais de manière minoritaire. “Comme les prix à Barcelone ont beaucoup baissé, on les remarque plus. Certains hôtels les acceptaient au début de l’été, mais maintenant certains professionnels du secteur les regrettent. Ils nous disent que les personnes logeant dans les appartements les moins chers de l’hôtel causent quelques ennuis aux autres clients” rapporte Manel Casals.

À l’heure actuelle, seule la moitié des 440 hôtels de Barcelone sont ouverts et leur taux d’occupation est d’environ 45 %, soit seulement 22 % du nombre total de lits de la ville.

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