La Barcelone de… Carmen Laforet

Par Clémentine Laurent
Publié le Mis à jour le
La Barcelone de Carmen Laforet

« Nada ». C’est ce que répondait la jeune Carmen Laforet, alors étudiante à l’Université de Barcelone, lorsqu’on lui demandait ce qu’elle écrivait. Ce « rien » est pourtant devenu un incontournable de la littérature espagnole et un authentique portrait de la Barcelone d’après-guerre.

Photo : Clémentine Laurent/Equinox

L’auteure catalane, qui avait seulement 23 ans lors de la publication de son roman, s’est très largement inspirée de sa propre vie pour créer l’héroïne, Andrea. Toutes deux sont nées à Barcelone, parties avec leur famille et y sont revenues pour étudier les lettres. Et pour toutes deux, c’est un désenchantement.

La Barcelone de Carmen Laforet

Photo: ABC

Carmen Laforet raconte donc à travers son reflet Andrea la Barcelone qu’elle a vécue, qu’elle a sentie, d’une manière totalement subjective et pourtant très réaliste. Le lecteur est emmené dans la capitale catalane sous les premières années de la dictature : une ville à deux visages, opulente et désolée, festive et triste, radieuse et sombre.

L’Universitat, lieu de rencontre

Si Andrea arrive de la campagne et s’installe à Barcelone, c’est pour étudier à l’université. Mais le lecteur en apprend peu sur ses études ; ce qui marque la jeune fille, c’est surtout les rencontres qu’elle y fait : de jeunes gens de la bonne société, beaux, riches et en apparence sans problème. Un monde nouveau pour Andrea, dont l’Universitat symbolise la porte d’entrée.

La Barcelone de Carmen Laforet

Adresse : Gran Via de les Corts Catalanes, 585, 08007 Barcelona

Carrer d’Aribau 36, la face sombre de Barcelone

Ce triste appartement est l’incarnation même du désenchantement, pour Andrea, lorsqu’elle arrive de province. Sombre, poussiéreux, empli de vieilleries inutiles et encombrantes et de personnages presque grotesques, il reflète la décadence de Barcelone et la vie pitoyable de sa petite bourgeoisie après la guerre, écrasée par la dictature.

La Barcelone de Carmen Laforet

Adresse : Carrer d’Aribau, 36, 08011 Barcelona

Carrer dels Tallers, rue de la faim

C’est dans cette rue qu’ Andrea, les rares fois où elle mange (car la faim prédomine dans le récit), s’attable dans un café ou un bar sombre et triste où un « serveur distrait » lui sert une soupe faite d’eau bouillante, de paprika, de safran et de miches de pain.

La Barcelone de Carmen Laforet

Adresse : Carrer dels Tallers, 08001 Barcelone

Via Laietana, l’opulence inaccessible

Si la carrer d’Aribau représente le côté sombre, alors la via Laietana constitue la lumière la plus blanche et la plus éclatante. Une rue large, des bâtiments splendides, gigantesques et respirant le luxe, en un mot tout ce qu’Andrea n’a pas. C’est là que vit son amie Ena, le prototype de la jeune bourgeoise parfaite et total opposé de l’héroïne.

La Barcelone de Carmen Laforet

Adresse : Via Laietana, 08003 Barcelone

La catedral, la grandeur irréelle

Andrea découvre la cathédrale de nuit, en se perdant dans les ruelles du Barri Gotic. Une immense structure de pierre qui s’élève vers le ciel noir, qu’elle contemple en laissant son regard se perdre entre les lumières et les ombres créées par les reliefs de l’édifice. À ce moment précis de l’histoire, la cathédrale résume parfaitement la nuit de fête qu’Andrea vient de vivre : la grandeur et le raffinement qu’elle n’aurait même pas imaginés en rêve, aussi irréels que si elle ne les avait pas vécus.

La Barcelone de Carmen Laforet

Adresse : Pla de la Seu, s/n, 08002 Barcelona

Barrio chino, si loin et si proche à la fois

Dans Nada, le barrio chino fait référence à la partie basse du Raval, près du port, où les populations immigrées étaient réputées pour être nombreuses dans les années 1940 notamment. Pour sa famille, conservatrice et sévère, c’est un quartier où jamais elle ne devrait mettre les pieds. Mais Andrea s’y promène la nuit, par curiosité et presque par esprit de contradiction, et y découvre la Barcelone cachée, que personne ne veut voir.

La Barcelone de Carmen Laforet

Adresse : El Raval, 08001 Barcelone

Santa María del Mar, les blessures de la guerre

Andrea s’émerveille de l’architecture de la basilique, ses étranges tours et la petite place qui lui fait face. Mais l’intérieur lui rappelle vite la misère et la souffrance que Barcelone a éprouvées, quelques années auparavant : elle décrit des murs sont noircis par les flammes et des vitraux brisés.

La Barcelone de Carmen Laforet

Adresse : Plaça de Santa Maria, 1, 08003 Barcelona

L’estació de França, où tout commence et tout se termine

C’est le point de départ, mais aussi le point final de l’intrigue : lorsqu’Andrea arrive de province, la première chose qu’elle voit de Barcelone est la Estació de França, véritable symbole de tous ses espoirs et tous ses rêves qu’elle espère voir réalisés à Barcelone. Elle décrit « l’odeur spéciale, le grand brouhaha de la foule, les lumières toujours tristes qui étaient pour [elle] un enchantement, puisqu’ils enveloppaient toutes [ses] impressions d’émerveillement d’être enfin arrivée dans une grande ville, idéalisée dans [ses] rêves car inconnue ».

La Barcelone de Carmen Laforet

Adresse : Av. del Marquès de l’Argentera, s/n, 08003 Barcelona

Si Nada est une œuvre devenue rapidement un classique de la littérature espagnole, c’est aussi et surtout une œuvre qui dépeint la Barcelone des années 1940, après la guerre civile. Une ville inégale et à deux visages, et pourtant synonyme d’espoir pour une jeune fille libre et qui s’affirme face à la société franquiste.

Les cartes d’Equinox : la Barcelone de Carmen Laforet

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