Y a-t-il plus d’immigrés en Espagne qu’en France ?

Par Nico Salvado
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Grand remplacement, regroupement familial, visas, expulsions. Il n’y a pas un jour où le débat politique français ne soit secoué par la question migratoire. En Espagne, le sujet est beaucoup moins sulfureux. Comparatif entre les deux pays. 

« Le grand remplacement »

Le « grand remplacement » est une théorie développée par l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus au milieu des années 2010. Selon les défenseurs de cette thèse, dont Eric Zemmour est le héraut, il s’opère en France un processus délibéré de substitution de la population blanche par une population musulmane, originaire d’Afrique noire et du Maghreb.

Si l’on en croit un sondage d’Harris Interactive, 61 % des Français croient à la théorie du  « grand remplacement ». En Espagne, en revanche, le sujet n’existe tout simplement pas. L’extrême-droite locale de Vox, qui dénonce surtout l’arrivée de mineurs non accompagnés, ne s’est pas emparée de cette thèse.

Deux raisons expliquent ce débat franco-français. Premièrement, les intellectuels à l’origine de cette théorie sont français. Renaud Camus n’a fait que reprendre la trame sulfureuse du livre Le camp des saints. Dans cet ouvrage paru en 1973, l’écrivain conservateur français Jean Raspail explique l’invasion des pays occidentaux par des hordes de migrants venus de ce qu’on appelait à l’époque le tiers-monde.



La seconde explication réside dans le fait que la France est un pays d’immigration de longue date, mais où l’immigration récente a tendance à se tarir.

La part des entrées légales dans la population totale en 2018 est largement plus élevée en Espagne qu’en France. Les arrivées en Espagne représentaient 0,9 % de la population totale, soit plus du double de la France (0,4 %). Ce qui représente 255.000 personnes arrivées légalement dans l’Hexagone durant l’année 2018 par rapport à 559.590 en Espagne.

En revanche, si l’on additionne la part cumulée des immigrés et leurs descendants désormais établis dans le pays d’arrivée, la France est au-dessus de l’Espagne. En 2017, les immigrés sur différentes générations représentent 27% de la population totale. En Espagne, le chiffre est de 14%.

Les immigrés illégaux

Par nature, le calcul de l’entrée des illégaux est complexe à tracer.

Pour tenter de « chiffrer » l’impact de l’immigration illégale, il est possible de consulter les données de l’aide médicale de l’État (AME), un dispositif permettant aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d’un accès aux soins. En France, il y a 335.483 personnes inscrites.

emergencies 061 1211201En Espagne, impossible de disposer de chiffre récents. Contacté par Equinox, le ministère de la Santé affirme ne disposer d’aucune donnée officielle. Le dernier chiffres en date est celui qui avait été communiqué par la droite au pouvoir en 2012. Le ministère de la Santé dirigé à l’époque par la conservatrice Ana Mato a pratiqué une exclusion sanitaire de 800.000 étrangers en situation irrégulière alors présents dans le pays. Le gouvernement a justifié cette mesure arguant qu’elle mettrait un terme  au « tourisme sanitaire » évalué à « plus de 500 millions d’euros ».

Les immigrés et le chômage

« 3 millions de chômeurs, ce sont 3 millions d’immigrés en trop ! » fut l’un des premiers slogans chocs du Front National dans les années 90. A la lumière des chiffres, la réalité est plus nuancée, mais il apparaît une sur-représentation de personnes étrangères se retrouvant en France sans emploi. Le taux de chômage des immigrés atteignait 13,6 % en 2019 selon l’Insee.



La même contre-dynamique s’opère en Espagne. Sur les nouveaux chômeurs inscrits en 2020, 4 sur 10 étaient des étrangers. Le taux de chômage des immigrés en Espagne s’élève à 27%, soit le double de celui des Espagnols (14%).

Le manque d’études supérieures, une faible maîtrise de la langue, des difficultés dans la reconnaissance des diplômes et les barrières administratives liées à la nationalité peuvent, dans le cas des deux pays, être un début d’explication au phénomène.

Immigration et délinquance

Amalgamer immigration et délinquance est un classique de l’extrême-droite française et d’une partie de la droite. En Espagne aussi. Ignacio Garriga, leader de l’extrême-droite de Vox en Catalogne, risque d’ailleurs une amende entre 600 et 12.000 euros, un blâme et une suspension de ses droits parlementaires pour avoir lié immigration et délinquance lors d’un débat parlementaire.

vox vueDans les prisons françaises, 24% des détenus sont étrangers.  En Espagne, ils représentent 28% de la population carcérale. Le chiffre est beaucoup plus haut dans les prisons de Catalogne où les étrangers représentent 46% des détenus.

En Catalogne, le débat sécuritaire en lien avec l’immigration s’articule surtout autour des mineurs non accompagnés. 18% des 5.622 mineurs isolés se trouvant sur le territoire catalan ont déjà commis un délit et sont multi-récidivistes. Chaque mineur arrêté commet en moyenne 3,9 délits en Catalogne.



Le phénomène de l’immigration est mondial. Selon l’ONU, le nombre d’immigrants autour de la planète
s’élevait en 2020 à 281 millions de personnes, soit 3,6% de la population du globe. Un chiffre qui a triplé depuis 1970.  Si l’on entend souvent le discours d’un déplacement des masses de l’Afrique ou du Maghreb vers l’occident, il faut  relative ce chiffre au regard des statistiques. Seules 37% des migrations ont lieu d’un pays en développement vers un pays développé. La majorité d’entre elles s’effectue entre pays de même niveau économique.



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