Pourquoi y a-t-il du chorizo dans les manifs en Espagne ?

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Saucisson phare de la charcuterie espagnole, le chorizo a aussi une toute autre signification, assez surprenante. 

Photo : CadenaSer

Deux mille brochettes de chorizo installées sur la place principale d’une petite ville basque début septembre pour dénoncer les coupes budgétaires décidées par la mairie. « El Borbon por chorizo y por ladrén »(le roi est un escroc et un voleur) pouvait-on entendre dans les rues de Madrid en mai dernier lors du retour en Espagne du roi émérite Juan Carlos. 90 brouettes de chorizo installées devant le ministère de l’intérieur en 2017 pour protester contre l’abandon des prisons espagnoles.

Depuis 2011 et le slogan des Indignés « No hay pan para tanto chorizo » (littéralement : « il n’y a pas assez de pain pour autant de chorizo »), le mot « chorizo » utilisé dans le sens de « voleur » est revenu massivement dans l’usage courant. Il fallait donc comprendre : « il n’y a pas assez d’argent pour autant de voleurs/corrompus ».

No hay pan para tanto chorizo

Photo : Acido Zitrico

Un dérivé du dialecte gitan

Mais l’origine de cette utilisation du mot « chorizo! est bien plus ancienne, et trouverait ses racines dans la langue gitane, plus précisément dans le calo, un mélange entre la langue des Roms et le castillan. Dans ce dialecte, « chorar » signifie « robar », à savoir voler. Avec le temps, plusieurs mots utilisés par le peuple gitan se sont popularisés, et sont entrés dans le langage courant, si bien que le mot « chorizo », très proche phonétiquement de « chorar » et ses dérivés « chori, choraro, choribar », en a vu son sens transformé.

De manière générale, un « chorizo », utilisé pour parler d’une personne, désigne un voleur. Mais à l’aune du mouvement des indignés, son sens s’est précisé pour qualifier d’escrocs et de corrompus les personnalités politiques et les fonctionnaires impliqués dans des activités illégales. Et depuis, il continue d’être utilisé dans ce sens. On peut citer également les mots « chaval » (gamin) ou encore « molar » (aimer, apprécier) aujourd’hui rentrés dans le langage courant qui proviennent également du calo.

Si le chorizo est l’un des symboles de la charcuterie espagnole, particulièrement consommé en tapas, il semblerait que le système politique et institutionnel en soit également rempli. Hors de la cuisine, si un « chaval » utilise le mot « chorizo », pas sûr que ça « mola »…

medecin français à Barcelone

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